Chers amis, aujourd’hui nous fêtons l’Ascension de notre Seigneur. Dans le récit des Actes des Apôtres, nous avons entendu comment Jésus quitte ses disciples et prend congé d’eux. Encore faut-il se demander s’il s’agit bien ici d’un adieu ? Il ne peut être question pour Jésus d’abandonner ses disciples, de se retirer au ciel et de s’en remettre à eux. L’évangéliste Luc s’empresse de dire qu’après l’Ascension, les disciples retournèrent en grande joie à Jérusalem. Ce n’est pas à quoi on s’attend de la part de personnes qui ont le sentiment d’être livrées à leur sort et d’être réduites à la solitude. Si les disciples sont remplis de joie, c’est précisément parce que l’Ascension ne signifie pas une rupture, une séparation, mais que bien au contraire, elle crée une toute nouvelle forme de présence, une présence qui se prolonge dans le temps. Jésus n’a pas disparu. Il est élevé à la droite du Père et c’est précisément pourquoi il peut être, tout comme Dieu lui-même, si proche de nous. Le texte dit que les disciples le virent s’élever et disparaître à leurs yeux dans une nuée. Dans les Écritures, une nuée est toujours le signe d’une présence mystérieuse de Dieu. Jésus ne les quitte pas. Dans ce sens, il n’y a guère d’adieu ni de séparation. Saint Augustin nous le dit si bien en ces quelques mots : « Bien qu’il soit là-bas, il est tout proche de nous ; et tandis que nous sommes ici, nous sommes également tout proches de Lui. »

Il est écrit qu’il fut « élevé » : élevé à la droite du Père. « Élevé », on dit cela de quelqu’un qui fut d’abord abaissé, humilié. Quand Jésus mourut, il n’était plus rien ni personne, « méprisé et rejeté par les hommes ». Dans la foi chrétienne en la résurrection, il y a une part de révolte. Lui qui n’était plus rien ni personne, condamné à mourir sur la croix, est réhabilité par Dieu lui-même. Il y a plus : Il est promu Seigneur et juge de nous tous. Lui, à qui on avait imposé le silence. Lui, dont personne n’entendrait plus parler. Mais dorénavant, alors qu’il est élevé, les disciples seront ses témoins « à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. »

Aujourd’hui, en la fête de son élévation, à Bruges, nous commémorons également son humiliation. Son sang en est le signe si précieux. La crucifixion de Jésus n’est pas qu’un épisode douloureux qui, par bonheur, est rapidement réparé par la résurrection et que nous sommes appelés à oublier au plus vite. Dans la crucifixion, même l’évangéliste Jean entrevoit l’élévation. Là, sur la croix, Jésus a exprimé de la façon la plus poignante qui il était et quel prix nous avons à ses yeux. Son humiliation, authentifiée en son sang, est le signe de son amour poussé à l’extrême, dans la fidélité à son Père et la solidarité avec les hommes, en particulier avec ceux qui sont appelés les moindres des siens : ceux qui ne comptent pas, que l’on ne voit ni que l’on écoute, brisés qu’ils sont, rejetés, humiliés, abusés, maltraités.

Chers amis, si l’Église commémore aujourd’hui, avec joie et gratitude, l’élévation de Jésus, nous ne devons jamais perdre de vue son abaissement et son humiliation. Sinon, nous nous élèverions nous-mêmes. Comme le dit saint Paul : « Menez une vie digne de l’appel que vous avez reçu : en toute humilité, douceur et patience, supportez-vous les uns les autres avec charité. » Maintenant qu’il est élevé à la droite du Père, Jésus n’indique à l’Église aucun autre chemin que celui qu’il a lui-même franchi, non pas en dominateur, mais en serviteur, attentif et compatissant aux misères humaines. Le sang versé par lui en est le durable souvenir. C’est cet amour, le don de son corps et de son sang, que maintenant, dans l’eucharistie, nous commémorerons et que nous recevrons. C’est ce précieux sang que nous vénérons aujourd’hui, avec une ferveur toute particulière.

Références bibliques : Ac 1, 1-11 ; Ps. 46 ; Eph. 1, 17-23 ; Mc. 16, 15-20

Référence des chants :