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Prononcer des paroles le jour de la fête du Corps et du sang du Christ nous met toujours en danger de parler trop légèrement. Les mots sont infirmes pour rendre compte de ce que vous vivez chaque dimanche à la messe, dans cette église de Palogneux. Dans les textes de ce dimanche, les mots se bousculent, ainsi que les images et les récits pour nous aider à y réfléchir, de même qu’au cours des siècles, on a additionné les mots pour désigner la messe : le Repas du Seigneur, la Cène, le Saint-Sacrifice, l’Eucharistie, la Communion…Chacun de ces mots révèlent un aspect du Mystère. Impossible, ce matin d’en faire le tour. Il faut choisir. J’ai choisi, tenez, sur le ton de la conversation de répondre, de tenter de répondre à deux questions :
 La première : vous vous la posez. La "présence réelle du Christ", comment le croire, comment le dire ?
 La deuxième : vous l’entendez souvent. La messe, à quoi ça sert ?.. Aller à la messe, à quoi ça vous avance ?

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La première :  la "présence réelle du Christ" à la messe, comment le croire, comment le dire ?

"Comment cet homme peut-il nous donner sa chair à manger ?". Qui a prononcé cette phrase ? Ce sont les premiers auditeurs de Jésus quand il a tenté de leur parler du Pain Vivant. C’est St Jean qui nous le rapporte dans son évangile.

Oui, mais, parmi nous, qui a prononcé cette phrase ? ou plutôt, qui, parmi nous, n’a pas un jour ou l’autre prononcé cette phrase ? Comment cet homme peut-il nous donner sa chair à manger ? C’est vrai que ce langage sanglant nous choque :  "manger la chair, boire le sang" La question est de taille. Il s’agit de la présence réelle du Christ à la messe.

La parole de l’Église est claire, pas question de la minimiser. La foi de l’Église est formelle. Les chrétiens sont convaincus que c’est le Christ qu’ils reçoivent quand ils communient à la messe. Si cette affirmation continue de nous étonner, tant mieux, parce que l’Eucharistie est une réalité étonnante, merveilleusement étonnante.

Nous n’avons pas attendu ce dimanche pour le croire. Vous, les enfants qui êtes en CM1 ou en CM2, vous avez communié pour la première fois il y a quelques semaines, vous savez bien qu’en recevant l’hostie, c’est Jésus lui-même que vous avez accueilli. Et nous, les familiers de cette église, nous croyons de toutes nos forces à la présence réelle du Christ dans l’Eucharistie. C’est merveilleux et étonnant.

Étonnant mais pas incompréhensible, mystérieux mais pas absurde. Il ne nous est pas demandé de croire des absurdités. "Manger la chair, boire le sang", certaines phrases prises au pied de la lettre auraient des relents de ” cannibalisme” ! C’est absurde de croire cela, comme sont naïves ces réflexions d’enfant :

"Dis papa, comment Jésus peut-il se cacher tout entier dans une petite hostie ?"… "Quand on croque l’hostie, est-ce que ça lui fait mal ?"

Et puis, nous avons tous en commun, n’est-ce pas, chrétiens de ma génération, un souvenir d’enfance : nous avons été terrorisés à la pensée de mordre dans l’hostie !

Heureusement que notre foi en l’Eucharistie est autre chose et que nous n’avons pas à croire ces invraisemblances.

Mais, comment se fait-il que ces mots-là sont dans l’Évangile ? Les exégètes nous éclairent : l’expression corps et sang, dans la langue Hébraïque, n’ont pas la même signification qu’en français. Le corps, c’est la personne tout entière, le sang, c’est le symbole de la vie. Lorsque Jésus dit :  "C’est mon corps, c’est mon sang", c’est comme s’il disait : "C’est ma vie, c’est moi tout entier".

Quand on communie, on communie à sa personne vivante. Nos dents ne croquent pas sa chair, mais nos coeurs accueillent sa vie, Sa présence n’est pas comme une présence matérielle, chimique. C’est la présence vivante du Christ ressuscité, la présence vivante d’un amour qui se propose à une rencontre. Il se fait notre nourriture. Oui, les chrétiens choisissent de s’alimenter à ce Pain -là. Mais, pourquoi ?

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C’est la deuxième question. Celle que votre fille vous a posée. Elle a cessé de vous accompagner à la messe, le jour de ses 15 ans. Elle vous a dit :  "La messe, à quoi çà sert ? Aller à la messe, à quoi çà vous avance ?"

Bonne question ! Que faisons-nous à la messe ? Comment vivons-nous la messe ? Quelle présence avons-nous à la messe ? Avons-nous une présence réelle ? Pas question pour moi de donner une leçon à quiconque. Nous nous interrogeons tous, moi le premier. Avouons que nous demeurons parfois comme à la porte de ce Mystère. Des mots répétés mais qui ne brûlent plus personne. Des rites ponctuellement exécutés mais un peu vides de sens, au point qu’il n’y a guère d’incroyants qui, pénétrant à l’improviste dans l’une ou l’autre de nos assemblées dominicales, devineraient que le Christ est réellement au milieu de nous. Un ronron dominical entre nous avec un langage convenu, où la vie est absente, notre vie et la vie du monde.

Une présence réelle, donc une présence active. La messe n’est pas une dévotion. C’est une action. L’Action eucharistique doit nous rendre actifs, acteurs dans le monde. C’est une banalité de rappeler cela. La phrase de Jésus : "Faites ceci en mémoire de moi" ne signifie pas seulement : "Faites ce repas en mémoire de moi" mais, "dans ce repas, j’offre ma vie par amour, faites-en autant". A la Cène, le Jeudi-Saint, Jésus a donné sa vie, nous refaisons ce repas pour apprendre à donner la nôtre.

L’Eucharistie ne peut pas être seulement une communauté de table rituelle, à nous de dresser une communauté de table réelle . Je veux dire : comment se nourrir réellement de la vie du Christ si nous prenons notre parti des inégalités et des injustices ? Un monde où les uns sont repus et les autres se retrouvent chaque année devant un grenier vide.

Ou encore, si nous communions chaque dimanche à la messe, pas question de nous excommunier après la messe . Pas question de dresser des barrières entre les races, les cultures, les religions, ou tout simplement les divisions dans nos familles. Nous l’avons bien compris : c’est après la messe que l’on sait si la messe a été vraiment vivante.

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Sommes-nous devenus plus croyants encore à l’Eucharistie ?… Je le souhaite. Encore faut-il être croyable ! Et qu’autour de nous, cette semaine, on ne se demande plus ce que nous sommes venus faire ce dimanche à la messe.

Références bibliques :

Référence des chants :