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"C’est pas une fille pour toi … tu vas faire une bêtise". Dans le bourg aussi on jasait. La fille avait fait parler d’elle. Le jour des noces, les anciens disaient tout bas : " Ca ne durera pas longtemps". Ils eurent trois enfants. Le ménage marchait tant bien que mal. Mais, un beau jour, elle a filé. Elle a repris le trottoir dans la ville voisine. L’homme est entré en furie. Cet homme s’appelait Osée et sa femme Gomer. Mais, savez-vous ce qui est arrivé ? C’est à peine croyable. Un jour, il a annoncé à ses amis, une fois sa colère passée :  "Mon épouse infidèle, je vais la séduire, je vais l’entourer. Je lui parlerai au coeur pour qu’elle revienne".

Plus stupéfiant encore, voilà qu’il s’est mis à raconter son aventure en prétendant que cette histoire était arrivée à Dieu. Ses compatriotes étaient éberlués. Il leur disait que Dieu était cet amoureux téméraire qui avait voulu faire alliance avec une femme infidèle et qu’il était allé lui faire la cour quand elle l’avait abandonné. La fille légère, c’était… le peuple choisi, plus largement, c’était… l’humanité.

Vous reconnaissez le texte qu’on vient de lire. Il est du prophète Osée. Il a été écrit 800 ans avant Jésus-Christ.

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Pourquoi a-t-on lu aujourd’hui ce texte écrit il y a 2800 ans ? Tout simplement pour nous aider à comprendre l’évangile de ce dimanche et pour lui donner tout son poids.

C’est vrai, vous avez peut-être eu de la peine à comprendre les paroles énigmatiques de Jésus, vous les avez trouvées bizarres, mystérieuses. A des pharisiens purs et durs qui demandent à Jésus :  "Pourquoi tes disciples ne jeûnent-ils pas comme les disciples de Jean-Baptiste ?", il répond : "Les invités à la noce pourraient-ils jeûner quand l’époux est avec eux ?"

Ces paroles qui nous déroutaient s’éclairent à la lumière du texte d’Osée. Jésus se déclare donc l’"Epoux" qui vient renouer l’alliance avec le peuple infidèle.

La signification de cette petite phrase est immense. Jésus est là pour rendre visible le Dieu ”amoureux’ dont parlait le prophète Osée, cet ”Epoux” qui veut faire confiance encore et encore, malgré les infidélités de son peuple. Cet ”Epoux” qui veut qu’au banquet de noce tous soient invités, y compris les boiteux, les infirmes et les pécheurs.

Ceux qui attendaient le Royaume de Dieu au temps de Jésus en excluaient, bien sûr, païens, publicains, pécheurs. Jésus, lui, les invite en priorité, parce qu’il sait qu’ils peuvent se convertir, comme Zachée qui a complètement changé sa vie, il s’invite chez eux, il mange avec eux, pendant que les Juifs pieux jeûnaient.

Quelle audace ! et surtout quelle nouveauté ! Quelque chose de neuf était là, tellement neuf que cela ne pouvait que scandaliser les contemporains de Jésus enfermés dans leurs pratiques et leurs règlements.

Alors, Jésus conclut, sur un ton mi-affligé, mi-humoristique :  "Personne ne met du vin nouveau dans de vieilles outres. La fermentation ferait éclater les outres, à vin nouveau outres neuves !"

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Assez parlé des pharisiens d’autrefois. Rien n’est plus facile que de lire l’évangile au passé. C’est oublier que Jésus parle toujours au présent…Alors, et nous … et nous ? A la lecture de cet évangile, acceptons de nous poser ces deux questions :

  • Est-ce bien à ce Dieu amoureux que nous croyons ?
  • Disposons-nous d’un nombre suffisant d’outres neuves, pour porter ce message à nos frères ?

 

A quel Dieu croyons-nous ? un Dieu Amour, un Dieu ”amoureux” ou un Dieu comptable ? Non, non, la question n’est pas déplacée. Sommes-nous complètement débarrassés de ces images, où l’on plaçait St Pierre à l’entrée du paradis, un trousseau de clés à la main, l’exécuteur, en somme, des décisions prises par un Dieu comptable. Cessons de croire à un Dieu de la rétribution, un Dieu qui punit et même un Dieu qui récompense, pour retrouver le Dieu amoureux du prophète Osée, incarné par le Christ Jésus, un Dieu qui pardonne et qui sauve !

C’est vrai que les mots sont toujours trop courts pour dire qui est Dieu, mais le peu que nous savons grâce à l’évangile, pourquoi le taire ? Ne croyez-vous pas que ce serait une nouveauté, une bonne nouvelle pour tant d’hommes et de femmes qui en sont restés au Dieu comptable ?

Mais, disposons-nous d’un nombre suffisant d’outres neuves pour porter au monde ce message de vie. C’est la deuxième question. C’est une question qui est posée à l’Eglise, c’est-à-dire à nous tous.

Il me semble que notre Eglise a un problème d’image, un problème de langage, un problème d’audace.

Un problème d’image. Quand un homme politique a un problème d’image, son conseiller en communication lui suggère ce qu’il devrait modifier dans son ”look”. Acceptons la question. La façade de l’Eglise en fait parfois, il faut l’avouer, une maison trop vieille, défraîchie. La façade de l’Eglise : les vieilles habitudes, les coutumes, les costumes… Pas très actuel, tout cela ! Vous me direz, c’est le revêtement extérieur, passager, comme les peintures que les générations successives impriment sur les murs de certains édifices. Justement, les peintures, on peut, on doit les faire disparaître, l’essentiel, c’est la pierre.
  "A vin nouveau outres neuves… Il ne faut pas rapiécer, il faut faire du neuf !"

Un problème de langage. Nous sommes nombreux à reconnaître l’énorme responsabilité de toute l’Eglise pour trouver la manière d’exprimer la foi dans le langage d’aujourd’hui. Parler de Dieu aujourd’hui, en utilisant seulement les mots d’hier, les mots des premiers siècles, c’est se condamner à n’être pas compris, c’est faire courir à Dieu le risque d’apparaître comme un mythe à reléguer au musée des antiquités. "A vin nouveau, outres neuves… Il ne faut pas rapiécer, il faut faire du neuf !"

Un problème d’audace. Nous ne répondrons aux défis de notre temps que si nous sommes des gens de courage, qui osent prendre de nouvelles initiatives, qui ont l’audace de faire des expériences nouvelles C’est Timothy Radcliffe, ( l’ancien Maître général de l’Ordre des Dominicains ) qui a bien trouvé les mots pour décrire cette audace indispensable : "Non pas, dit-il, que devons-nous supprimer mais que devons-nous inventer ?… non pas que devons-nous fermer mais que devons-nous ouvrir ?…Après, nous saurons ce que nous ne pouvons plus assurer. Rien de neuf ne pourra jamais naître si nous restons prisonniers de notre passé". … "A vin nouveau, outres neuves…Il ne faut pas rapiécer, il faut faire du neuf !"

Donne-nous, Seigneur, un coeur nouveau, mets en nous Seigneur un esprit nouveau.

Références bibliques :

Référence des chants :