Trente ans après l’assassinat de dix-neuf religieux et religieuses catholiques pendant la guerre civile algérienne, l’Église rend hommage aux martyrs d’Algérie, témoins de paix, de fraternité et de dialogue au cœur de la violence. Cette mémoire sera particulièrement mise à l’honneur le dimanche 10 mai 2026, avec une émission spéciale du Jour du Seigneur en direct de l’abbaye Notre-Dame d’Aiguebelle.
Les martyrs d’Algérie dans le contexte de la guerre civile
Entre 1994 et 1996, l’Algérie fut plongée dans la guerre civile qui marqua durablement son histoire. En pleine « décennie noire », le Groupe islamique armé (GIA) sema la terreur, frappant sans distinction civils, intellectuels, responsables politiques et figures religieuses. C’est dans ce contexte que dix-neuf religieux et religieuses catholiques de différentes congrégations furent assassinés. Trente ans après, l’Église rend hommage à ces Martyrs d’Algérie, témoins d’une fidélité radicale à la paix et au dialogue.
Pourquoi les religieux catholiques sont restés en Algérie malgré les menaces
Prêtres, moines, religieuses, évêque : tous avaient fait le choix de rester aux côtés du peuple algérien malgré les menaces. Bruno de Chergé, secrétaire de l’association des Moines de Tibhirine, rappelle que, « rester était une décision communautaire ; Ils ont voulu demeurer dans ce lieu pour l’Eglise d’Algérie et pour le monde ! ». Leur présence n’était ni prosélyte ni militante. Elle s’inscrivait dans une proximité quotidienne faite de prière, de relations fraternelles, de service, d’écoute et de respect. Ils partageaient la vie de leurs voisins musulmans, convaincus que la rencontre et l’amitié entre croyants de différentes religions étaient non seulement possibles, mais nécessaires.
Mgr Pierre Claverie, figure du dialogue islamo-chrétien en Algérie
Parmi eux, la figure de Mgr Pierre Claverie, évêque d’Oran, demeure emblématique. Artisan infatigable du dialogue islamo-chrétien, il croyait profondément que la paix passait par la prière, la connaissance mutuelle et la fraternité. Le 1er août 1996, il est assassiné par un attentat à la bombe à la sortie de son évêché, en même temps que son chauffeur et ami Mohamed Bouchikhi, un jeune musulman. Leur mort conjointe est devenue un symbole puissant de cette fraternité vécue jusqu’au bout, au-delà des appartenances religieuses.
La prophétie de Pierre Claverie
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Les moines de Tibhirine et le témoignage spirituel des martyrs d’Algérie
Les sept moines trappistes de Tibhirine, enlevés puis assassinés en 1996, incarnent eux aussi cette fidélité sans compromis. Le testament spirituel de frère Christian de Chergé, appel vibrant au pardon à son bourreau et à l’espérance, continue de toucher croyants et non-croyants à travers le monde. À leurs côtés, des religieuses engagées dans l’éducation, la santé ou l’aide aux plus démunis ont payé de leur vie leur choix de rester.
La béatification des martyrs d’Algérie
La béatification des Martyrs d’Algérie, célébrée le 8 décembre 2018 à Oran, fut un moment historique. Première béatification célébrée sur le sol algérien, elle fut vécue comme un signe de respect envers le peuple algérien, lui aussi profondément meurtri par ces années de violence. L’Église y reconnaissait non des héros, mais des témoins de l’Évangile, artisans de paix et de dialogue. Le pape François dévoilait ce message : « Nous croyons que cet événement inédit dessinera un grand signe de fraternité dans le ciel algérien à destination du monde entier. »
30e anniversaire des martyrs d’Algérie : une messe télévisée à l’abbaye d’Aiguebelle
À l’occasion du 30ᵉ anniversaire de leur martyr, une messe télévisée sera présidée par Monseigneur Vesco, cardinal archevêque d’Alger, le 10 mai à l’Abbaye d’Aiguebelle, et retransmise sur France 2. Pour Frère Alexis, Supérieur de Notre Dame d'Aiguebelle : « le monastère de Tibhirine était une fille du monastère d'Aiguebelle où le Père Christian de Chergé est entré en 1969. Cette filiation se perpétue avec Notre Dame de l'Atlas à Midelt (Maroc). Je suis heureux et honoré, ajoute-t-il, que la mémoire du trentième anniversaire de la mort de tous les martyrs d'Algérie, et pas seulement celle de nos sept frères de l'Atlas, se déroule à l'Abbaye d'Aiguebelle le 10 mai. » Maison fondatrice de Tibhirine, ce lieu date du XIIe siècle et est situé dans la Drôme provençale ; une communauté de moines cisterciens-trappistes (ordre militaire) y vit. De nombreuses communautés seront présentes. D’après Bruno de Chergé, « La musique et les chants seront de Frère Célestin, mort lui aussi à Tibhirine. L’ancien titulaire de Notre-Dame-de-Paris y orchestrera. »
Se souvenir des martyrs d’Algérie, c’est croire avant tout que la prière, la fidélité, le dialogue et la fraternité sont plus forts que la peur et la haine. C’est refuser l’oubli et choisir, aujourd’hui encore, le chemin exigeant de la paix.
Mathilde Huyghues-Despointes
La Passion selon Tibhirine
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