Célèbre lieu de pèlerinage, la chapelle Notre-Dame-de-la-Médaille-Miraculeuse à Paris (VIIe) est une sentinelle de lumière pour prier pour la paix. Quelle est l'histoire et la symbolique de cette célèbre petite médaille ?

« Il y a 193 ans, la Vierge est apparue à Paris. Les événements passés sur la rive gauche de la Seine, en 1830, impactent encore le monde entier ! » Le père Alexis poursuit. « C’est ici que la Sainte Vierge est venue dire à chacun la proximité de Dieu face à la souffrance – spécialement à travers le don d’une petite médaille qui a fait le tour du monde ! » précise ce Colombien nommé recteur de la chapelle de la Médaille-Miraculeuse, rue du Bac, à Paris.
 

La Vierge apparaît à Catherine Labouré

L’origine de cette médaille parisienne plonge dans un cœur à cœur entre la Vierge et une toute jeune Fille de la Charité de Saint Vincent de Paul. À la tombée du soir, la novice reçoit la visite de la reine du ciel en juillet puis en novembre 1830. Elle s’appelle Catherine Labouré. Autour, la révolte gronde. Une seconde révolution se prépare. Elle provoque l’abdication de Charles X. Ces apparitions de la Vierge, dans un moment de trouble, ne seront connues du public que bien après la diffusion de la médaille frappée pour la première fois en 1832 tandis que sévit une meurtrière épidémie de choléra. Deux millions de médailles plus tard selon l’estimation du joaillier du quai des orfèvres qui en est le fournisseur officiel, le surnom de « miraculeuse » est attribué à la petite effigie mariale révélée à Catherine Labouré. En effet, les gens qui la portent avec foi racontent de surprenantes guérisons, conversions, protections…
 
La chapelle du monde - La Médaille miraculeuse  

La médaille de lumière et d’amour

Cet ovale parle de lumière et d’amour. Rehaussé d’une invocation « Ô Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous », l’avers représente une Vierge aux mains rayonnantes écrasant un serpent. Au revers, la lettre M est surmontée d’une croix. Autour de l’initiale, deux cœurs et douze étoiles. « Venue sur terre offrir ce cadeau, la Sainte Vierge en a révélé le mode d’emploi, explique le père Alexis. C’est une invitation à tout remettre à la bonté de Dieu qui prend soin de chacun. Il faut savoir oser demander à Dieu avec audace et confiance. »

« La médaille est plus connue que la chapelle », s’amuse son recteur qui reçoit chaque année 2 à 3 millions de pèlerins du monde entier attirés à Paris par cette petite médaille virale. Les visiteurs découvrent alors Catherine Labouré, la maison mère des Filles de la Charité et la lignée française d’une grande œuvre hospitalière « allant et venant ». La médaille fleurit en effet dans les frondaisons d’une congrégation de femmes dévouées au service des plus démunis. Sœur Anne-Marie, coordinatrice de la chapelle est l’une d’elles. Si elle s’étonne toujours de l’impact de la médaille, la religieuse aime surtout servir et accueillir les assoiffés qui se présentent rue du Bac. Héritière des Filles de la Charité fondées au XVIIe siècle par Vincent de Paul et Louise de Marillac, sœur Anne-Marie a consacré soixante ans de sa vie au service des enfants handicapés d’abord puis des plus pauvres, à Madagascar. Nommée « pour son plus grand bonheur » à la Maison Mère des Filles de la Charité, rue du Bac, elle se souvient de l’audace des débuts.


Louise de Marillac et les Filles de la Charité

Avec « la rue pour cloître », les Filles de la Charité ont été des pionnières. « Défiant le Aut maritus, aut murus du concile de Trente, ces dévotes n’étaient en effet ni mariées ni cloîtrées, mais situées à la croisée des œuvres apostoliques des mouvements religieux et des besoins des populations pauvres et souvent déchristianisées des villes et des campagnes françaises », précise l’historien Mattieu Brejon. L’impulsion de départ date de 1623. Cette année-là, le jour de Pentecôte, Louise de Marillac vit une expérience intérieure décisive. Elle en consigne le souvenir sur un petit papier qu’elle conserve, plié, sur elle le reste de sa vie. Quatre cents ans plus tard, cette émouvante archive est de retour rue du Bac dans la maison mère de la congrégation des Filles de la Charité. L’anniversaire permet d’apprécier la postérité de cette intuition.
 
Sainte Louise de Marillac
Quatre siècles après leur fondation, les Filles de la Charité s’activent dans le monde entier auprès des pauvres et accueillent à Paris les foules touchées par la médaille qui fut révélée en 1830, à l’une d’elles. Elles portent dans leur prière les demandes déposées là. Dans leur chapelle, une corbeille recueille ces supplications. « Une invitation pour un mariage, les petits chaussons d’un bébé, la photocopie de documents judiciaires, de demandes d’asile ou de travail... On y découvre aussi des photos ou des dessins d’enfants, racontent-elles. On a même récupéré, dans un paquet, la dernière cigarette laissée par quelqu’un qui avait décidé d’arrêter de fumer. Tout cela témoigne de la foi forte et simple de nos pèlerins qui avec beaucoup de confiance demandent l’intercession de la Vierge Marie pour leurs grandes et petites affaires » témoigne sœur Anne-Marie, frappée par « la présence de la Vierge Marie dans ce lieu qui rassérène le cœur ».

Magali Michel