Trois années de jubilé 2023-2024-2025 pour découvrir saint Thomas d'Aquin, l’homme, le dominicain, le penseur et son génie.

Vers 1225, Thomas naît au château de Roccasecca au sud de l’Italie : c’est un enfant de l’âge féodal avec ses châteaux et ses villes disputés par le pape et l’empereur et aussi ses puissantes abbayes, comme celle du Mont-Cassin où il reçoit sa première éducation. C’est un lieu culturel et spirituel important, mais aussi un lieu politique et économique significatif. Ses parents espèrent bien qu’il en sera un jour l’abbé. Une des sœurs de Thomas sera d’ailleurs mère abbesse à Capoue.
 
  Le saint du jour - Saint Thomas d'Aquin


Les débuts de saint Thomas d'Aquin : le chemin de la conversion et l'épanouissement intellectuel à Paris

À Naples où il étudie, il découvre les Prêcheurs de saint Dominique. Cette manière nouvelle de vivre en disciple vivant de la prédication comme les Apôtres, touche le jeune étudiant. Il en reçoit l’habit, démontrant par là un choix radical, en rupture avec le monde d’où il vient. Il est décidé de l’envoyer à Paris pour étudier. Mais en cours de route, après Rome, ses frères l’enlèvent et le séquestrent dans des châteaux de la famille. Thomas reste inflexible : un an plus tard, il peut rejoindre l’Ordre dominicain : il sera frère prêcheur.
A Paris, il étudie au couvent Saint-Jacques, situé à la porte Saint-Jacques (entre le Panthéon et le jardin du Luxembourg aujourd’hui). Paris est à cette époque, une des villes les plus importantes par son activité intellectuelle et en particulier dans le Quartier latin sur la Montagne Sainte-Geneviève. Thomas y est l’élève d’Albert le Grand. Il le suit à Cologne et en devient l’assistant. Des manuscrits portent les annotations de la main de Thomas et est conservé un cours d’Albert que Thomas met au propre pour le faire ensuite copier.
 
Thomas d'Aquin
Quand des frères chahutent ce jeune homme corpulent et silencieux, son maitre saint Albert dit  : « Ses mugissements empliront le monde ». Thomas fera entendre sa voix dans le monde des villes, lieux de circulation des biens et des idées, là où naissent les corporations et parmi elles l’Université qui à Paris regroupe maîtres et élèves, mais aussi dans des lieux moins célèbres où l’occupent l’enseignement et l’écriture.

Thomas commente toute sa vie la Bible, il la rumine et la médite avec ses frères et ses étudiants. Les recherches sur Thomas montrent que c’est vraiment là le socle de sa pensée et de sa foi. Son intelligence puissante s’ouvre aussi  aux réflexions des penseurs d’autrefois ou d’ailleurs, car il recherche tout ce qu’il y a de vrai. Il est sans cesse en contact avec les autres professeurs et ses étudiants, leurs questions, leurs interrogations et leurs contestations.
Thomas est attentif et engagé, libre aussi : « Il ne se troublait jamais s’il était contredit dans ses opinions ; bien plus il lui est même arrivé de dire à l’un de ses disciples, frère Rémi de Florence, qui le contredisait : Dis sans crainte ce qui te paraît bon ; Dieu t’a donné l’intelligence aussi bien qu’à moi, et il t’a peut-être montré des choses qu’il ne m’a pas montrées à moi. »
 

Thomas d'Aquin : Défenseur ardent de la vie religieuse et maître érudit à Paris et Orvieto

Quand il s’agit de la défense des nouvelles formes de vie religieuse et de leur présence à l’université, alors saint Thomas d'Aquin se fait vigoureux et puissant : c’est dans ses écrits en faveur de la vie religieuse mendiante que l’engagement personnel de Thomas se fait le plus sentir au lecteur. Le risque est en effet tel que lors de sa première leçon comme maître à Paris en 1256, les archers du roi saint Louis prennent position autour de la salle pour le protéger !
Son expérience d’enseignant à Paris (1256-1259) le conduit au chapitre général de Valenciennes en 1259 où s’organise pour la première un programme d’études pour les jeunes frères. Thomas part en Italie, à Naples sans doute et en 1260, il devient lecteur au couvent d’Orvieto. « Lecteur » est une mission d’animation de la vie intellectuelle d’une communauté dominicaine. Pour Thomas, il s’agit, dans ce grand couvent, de s’occuper à la fois de former des jeunes frères, mais aussi des frères qui ont déjà des ministères et de l’expérience. Donc les frères n’ont pas tous les mêmes attentes ni les mêmes besoins. Mission délicate donc pour leur formateur !

Orvieto est aussi la ville où réside alors le pape et la curie pontificale. De nombreuses personnalités passent dans cette ville et consultent Thomas ou lui demandent des travaux d’expertise. Le pape Urbain IV lui-même lui demande par exemple d’évaluer un dossier de textes qui concerne les rapports avec les chrétiens d’Orient. Il lui demande également de composer un nouvel office pour la fête du Saint-Sacrement dont la célébration se généralise alors progressivement dans l’Église d’Occident.

À Rome (1265-1268), il est chargé du centre d’études qui se trouve au couvent de Sainte-Sabine. Sa riche expérience d’enseignement à Paris et à Orvieto le conduit à écrire la Somme de théologie pour la formation permanente des frères. Plutôt que de donner ses propres réponses, Thomas invite le lecteur à réfléchir avec lui, sur les questions posées par la foi à notre intelligence. Cet ouvrage est le livre le plus connu, au moins de nom, de Thomas d’Aquin. Son titre vient du fait que Thomas tente d’organiser la réflexion de façon complète, mais non pas en accumulant les données ou en les résumant, mais en les traitant progressivement et en les articulant les unes avec les autres.
Rappelé à Paris (1268-1272) pour défendre encore la vie religieuse, s’ouvre pour Thomas une période très intense d’enseignements et d’écrits. Cette période est d’autant plus riche que même temps qu’il commençait à écrire la Somme de Théologie, il a débuté des commentaires d’Aristote dont de plus en plus d’œuvres sont traduites et diffusées en Occident.
 

Thomas d'Aquin à Naples : entre engagement, prédication et quête spirituelle profonde

En 1272, il rejoint Naples où il tente d’organiser un lieu d’études pour les jeunes frères. Il est mêlé aussi à des affaires familiales et retrouve certains de ses amis. Il est assez frappant que malgré l’importance de son travail et aussi de son engagement dans la vie religieuse, Thomas est aussi un homme resté en lien fidèle à ses origines et ses amis. Pendant cette période, il prêche sur les éléments fondamentaux de la vie chrétienne : le Credo, le Notre Père, les Commandements de Dieu. Thomas, frère prêcheur, est en effet aussi un prédicateur : ses prédications à Paris sont belles et amples, très proches de l’Écriture qu’elles commentent. Il est aussi proche de ses auditeurs : un de ses sermons à Paris est le seul sermon où un maître de l’Université donne des conseils à ses étudiants pour mener leur vie d’étude. Il livre ainsi, en quelque sorte, le secret de sa vie : sa vie unifiée par l’étude a été sa manière de vivre en disciple et en ami de la vérité, cette étude qui se trouve au cœur de l’idéal qui lui tenait tellement à cœur, celui des Prêcheurs nourrissant par l’étude leur contemplation et leur prédication.
 

Les derniers moments de saint Thomas d'Aquin

À la fin de 1273, il rend ses instruments d’écriture à son secrétaire : « Ce que j’ai écrit me semble de la paille par rapport à ce que j’ai vu. » Il montre ainsi à la fois la valeur de sa recherche et de son travail, mais aussi l’intensité de sa quête de Dieu et de la vérité. Thomas sait que si l’esprit de l’homme peut dire des choses vraies de Dieu, l’homme ne peut l’enfermer dans des idées. Le pape Grégoire X le convoque au concile de Lyon alors qu’il vient de passer quelques temps chez sa nièce pour se reposer. En cours de route, il passe au pied du Mont Cassin, mais n’a pas la force d’y monter. Le père abbé le consulte toutefois sur l’interprétation d’un passage de Grégoire le grand. Une dernière fois, simplement et en toute lucidité, Thomas répond à cette demande et dicte à son fidèle secrétaire, Raynald de Piperno, sa réponse. Quelques jours plus tard, il tombe malade et demande à rejoindre une communauté. Il meurt dans sa région natale, à l’abbaye cistercienne de Fossanova, le 7 mars 1274.
 

Canonisation de saint Thomas d’Aquin

Après sa mort, l’Université de Paris réclame ses écrits philosophiques commencés à Paris continués à Naples, et aussi son corps, dès le mois de mai 1274. Sa pensée et ses écrits sont l’objet de nombreux enjeux dans les décennies qui suivent sa mort. La famille d’Anjou qui a pris le contrôle du sud de l’Italie et dont le pape Jean XXII est proche, encourage sa canonisation. Le 18 juin 1323, ce pape le déclare saint en présence du roi Robert de Naples. Les reliques iront, par la suite, de Fossanova à Toulouse, sur ordre du pape Urbain V en 1368.

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Son corps véritable, ses écrits riches de pensée et de foi, passionnent et interpellent chercheurs, philosophes et théologiens jusqu’à aujourd’hui. Le risque est de figer Thomas dans une doctrine passée. À celui qui s’attache à le lire dans son contexte et lui laisse la liberté de parler, Thomas révèle quelque chose de l’extraordinaire vitalité de pensée et de foi de ce dernier moyen âge. Thomas devient alors un compagnon sur la voie vers Dieu dans le Christ Jésus.
« Tu as bien écrit sur moi, Thomas. Que recevras-tu de moi comme récompense de ton labeur ? » aurait dit le Crucifié et lui de répondre : « Rien d’autre que toi, Seigneur ! »

Frère Marc Millais, op, de la Commission léonine pour l’édition critique des œuvres complètes de Thomas d’Aquin (Paris XXIIIe)

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