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Frères et s?urs,

"Mon modèle à moi, c?est le Christ." Voilà qui est clair. Telle est bien l?originalité chrétienne : prendre pour modèle d?humanité réussie cet humble prophète de Nazareth. Contemplons donc le Christ dans l?Évangile d?aujourd?hui et demandons-nous en quoi nous pouvons l?imiter.

Les transgressions de Jésus

Saint Marc n?hésite pas à nous présenter jésus comme transgresseur de la Loi de Moïse. Que l?on se rappelle aussi les discussions à propos du Sabbat. Ce qui est premier pour le Christ, c?est la communion entre les hommes. Qu?il n?y ait plus d?exclusion. N?est-il pas venu pour rassembler dans l?unité les enfants de Dieu dispersés, ainsi que commente saint Jean après la résurrection de Lazare (XI, 52) ?

Au nom de la communion entre tous, Jésus n?hésite donc pas à transgresser les lois les mieux établies. Non que la loi soit inutile, mais elle produit parfois des exclusions. Celle du Lévitique un excellent exemple. Le lépreux devait crier "Impur ! Impur !" et se tenir à l?écart, en dehors du camp, privé de communion avec ses semblables.

Face à ce qu?il faut bien appeler une injustice, Jésus se met "hors la loi". Il réagit de manière responsable. Il nous arrive aussi de transgresser des lois, mais en général à notre avantage. Le but de Jésus est autre et c?est en cela que saint Paul veut l?imiter : "En toute circonstance, je tâche de m?adapter à tout le monde, dit saint Paul. Je ne cherche pas mon intérêt personnel, mais celui de la multitude des hommes."

Regardez Jésus : il se laisse approcher par celui qui devrait de lui-même se tenir à l?écart. Les causes des exclusions sont en effet parfois tellement fortes qu?elles ont été intériorisées par les exclus eux-mêmes ! Et Jésus va plus loin : il le touche ! Jésus transgresse la loi, mais il sait pour quoi, il sait pour qui.

Lorsque Jésus transgresse une loi, il se retrouve de l?autre côté de la barrière d?exclusion. L?Évangile nous montre le prix qu?il paiera pour avoir rejoint les exclus. Comme les lépreux devaient se tenir à l?écart du campement et connaissaient ainsi une véritable mort sociale, Jésus mourra au Golgotha, cette colline en dehors de la ville. Il sera mis avec les malfaiteurs. Et sur cette croix, il sera défiguré comme un lépreux et tous se détourneront de lui?

Aujourd?hui

Aujourd?hui, les exclusions ne sont-elles pas multiples ? La lèpre n?en est plus une, elle est même devenue une cause de générosité. Mais n?y a-t-il pas multitude d?exclusions économiques, culturelles, politiques, morales ? Les frontières changent, mais il y en a toujours. Et elles ne sont pas toutes visibles. Cela semble aller de soi qu?il y ait des exclus. Cela ne nous choque même plus, comme cela ne contrariait pas les bien-pensants d?alors. Qu?est-ce qui nous tient à l?écart les uns des autres ? Quelles sont donc les lèpres d?aujourd?hui ? Pour les découvrir, il faut faire un effort, car elles ne sautent pas aux yeux. Nous nous y sommes si bien habitués.

En ces temps où l?on parle de mondialisation, il est urgent de nous rappeler qu?il y a une frontière à laquelle nous nous sommes hélas trop habitués, celle entre le Nord et le Sud. Tout le monde, en effet, ne profite pas de la même façon de cette société de consommation? Des peuples entiers, et ils sont majoritaires, sont exclus du club de la chance. Ils ne doivent pas crier "Impur ! Impur !", mais ils n?ont aucune place dans les cénacles où se décident les prix des matières premières de chez eux et ceux de la technologie de pointe de chez nous.

Peut-être direz-vous qu?il y a aussi des pauvres chez nous. Et vous avez raison. La frontière d?exclusion traverse toutes nos sociétés. Saurons-nous les transgresser et, comme Jésus, choisir nos solidarités avec les rejetés de nos systèmes économiques, ethniques, culturels, religieux et moraux ?

Visage de Dieu

Quel visage saisissant de Dieu nous révèle l?Évangile d?aujourd?hui ! "Qui m?a vu a vu le Père", disait Jésus. Peut-être connaissez-vous cette magnifique fresque de Michel-Ange sur le plafond de la Chapelle Sixtine à Rome. On y voit Dieu tendant la main vers Adam qui tend la sienne. Entre les deux index, un espace. Il demeure une distance. Mais lorsqu?on contemple Jésus qui étend la main et touche le lépreux, on comprend que désormais, il n?y a plus de distance entre Dieu et l?homme. Même celui qui peut apparaître le plus lointain est rejoint par le Dieu fait homme. Jésus, en effet, a touché les lépreux, rencontré les possédés ; il s?est assis à la table des pécheurs et il est mort entre deux malfaiteurs. Il n?y a pas une détresse, aussi désespérée soit-elle, dont Jésus n?ait voulu partager la nuit? Et à partir du moment où quelqu?un nous rejoint dans notre solitude, celle-ci s?efface?

Écoutez cette histoire de Noël racontée avec un peu de retard?

En ce temps-là, on disait que celui qui faisait un v?u en adorant l?enfant Jésus à Noël était exaucé. Un lépreux donc vint à la crèche. "Seigneur Jésus, dit-il, je ne te demande pas de me guérir, non, sauf si cela sert ta gloire. Je ne te demande pas non plus de garder mon mal? Je voudrais poser ma main sur ta main qui sera percée du clou de la croix !" Alors il posa sa main lépreuse sur la main de l?enfant de la crèche, paume contre paume.

Le lépreux repartit avec sa lèpre. Les jours suivants, on le retrouva au bord du chemin où il était auparavant. Mais sur son visage, on pouvait voir une lumière qui n?était pas d?ici, car même sa laideur de lépreux en devenait belle.

Un jour, un enfant passa par-là. Il sanglotait. "Tu pleures, dit le lépreux. Tu as mal ?" L?enfant répondit par un silence puis vint se blottir tout contre le lépreux. Et le lépreux, en silence lui aussi, pleurait avec l?enfant. Sans un mot, il posa sa main, celle qui avait touché la main de Jésus, sur celle de l?enfant, paume contre paume. Aussitôt le jeune visage se trouva éclairé de la joie qui illuminait le visage du lépreux.

Peut-être êtes-vous, dans cette église ou derrière votre écran de télévision, quelqu?un qui se croit abandonné. Entendez cette bonne nouvelle : le Christ vous rejoint là où vous êtes. N?hésitez pas à tendre la main vers lui, à vous laisser toucher et demandez-lui de ne pas la lâcher.

Références bibliques :

Référence des chants :