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Une fois encore, la Parole de Dieu est pour nous tous un don merveilleux qui vient orienter et illuminer notre vie quotidienne ! Et cela d’autant plus que l’Évangile de ce jour nous met en face de ce qui tourmente le plus notre existence : « l’ivraie », la présence du mal sous toutes ses formes ; « l’ivraie », cette mauvaise herbe qui envahit le champ de notre cœur, de notre vie, le champ de nos familles, de nos communautés.
Chers frères et sœurs, que faire, comment réagir, lorsque la présence de l’ivraie se manifeste dans notre champ ? Jésus, dans l’Évangile de ce jour, répond à cette question en nous offrant un triple trésor de sagesse divine.
En premier lieu, Jésus nous rappelle l’essentiel : son œuvre merveilleuse de semeur (cf. Mathieu XIII, 3). Avec une générosité inouïe, et inlassablement, Jésus sème en nous le bon grain qui est sa Parole de vie. Jour après jour, si nos cœurs se laissent visiter et ensemencer, l’Évangile déploie en nous toute sa fécondité, et quelle fécondité !
Si, par sa Parole, Dieu a créé « des galaxies de galaxies », que de merveilles ne peut-il pas faire en nous ! En chacun de nous, quelles que soient nos limites et nos faiblesses, peut mûrir la plus grande sainteté, c’est-à-dire le plus grand amour. Dieu n’est-il pas capable de « faire bien au-delà, infiniment au-delà de ce que nous pouvons demander ou concevoir » (cf. Éphésiens III, 20) ? Tous ceux qui savent s’arrêter, ne serait-ce que dix minutes chaque jour, pour méditer la Parole de Dieu, savent cela. Oui, Jésus est bien celui qui sème en nos cœurs la joie de son Évangile.

En second lieu, Jésus nous avertit que le champ de notre cœur, aussi riche qu’il soit du bon grain de l’Évangile, sera toujours confronté à la présence de l’ivraie, à la présence du mal. Voilà une vérité qui nous évite de tomber dans le découragement quand nous rencontrons notre propre misère : pauvres, pêcheurs, nous le sommes tous !
Ce mal, l’Évangile nous invite à le discerner, et à en reconnaître l’origine. D’où vient le mal ? L’Évangile est très clair : il vient du diable, qui est l’ennemi de Jésus (cf. Mathieu XIII,18), « l’ennemi de la nature humaine » (saint Ignace). Celui-ci sème dans la nuit ses paroles – il faudrait dire ses anti-paroles – qui peuvent paraître innocentes au premier abord, mais qui conduisent toujours au trouble, à l’agitation et au découragement. Tout cela il nous faut le nommer à la lumière de la Parole de Dieu et de la sagesse de l’Église, mais sans jamais céder ni à la tristesse ni à la honte. N’est-il pas vrai que seuls les pêcheurs deviennent des saints ?

Le troisième trésor de sagesse évangélique que nous offre Jésus répond à la question que sans cesse nous nous posons : mais que faire en face de l’ivraie ? Notre réponse spontanée est celle des serviteurs de la parabole : « veux-tu donc que nous allions la ramasser ? » (Mathieu XIII, 28). Combien de fois ne voudrions-nous pas à tout prix extirper et éliminer le mal ? Mais que de désastres ne compte pas l’histoire qui ont été provoqués par le zèle dangereux de ceux qui prétendent éliminer l’ivraie ?

Soyons clairs : vouloir pourfendre et arracher le mal à tout prix, c’est tourner le dos au pardon et à la miséricorde. En voulant extirper l’ivraie, nous déracinons le bon grain du pardon et de la patience. « Non ! » dit clairement Jésus, « laissez l’un et l’autre croître ensemble jusqu’à la moisson » (Mathieu XIII, 30).
Il s’agirait alors de laisser croître le mal dans nos cœurs et dans le monde ? Jésus nous inviterait à l’indifférence face au mal et à la souffrance qu’il provoque ? Certes non !
Car si notre part n’est pas de guerroyer contre le mal, elle est de le vaincre par l’amour et par la miséricorde ! « Là où il n’y a pas d’amour, écrit saint Jean de la Croix, sème de l’amour et tu récolteras de l’amour. »
N’est-ce pas là le cœur de l’Évangile ? « Ne te laisse pas vaincre par le mal, écrit l’Apôtre, sois vainqueur du mal par le bien. » (Romains XII, 21)

Nous pensons trop souvent que le pardon est une forme de défaitisme face au mal. Non ! Le pardon que suscite en nous l’Esprit Saint est une victoire sur le mal ! Mieux : il est LA victoire sur le mal !
Et comment y parvenir ? En laissant croître quotidiennement en nous la semence de l’Évangile. Et combien la prière est précieuse pour cela, la prière animée par l’Esprit Saint « qui vient en aide à notre faiblesse » (Romains VIII, 26). « La prière, dit le Livre de Vie de nos Fraternités Monastiques, sera source de ton amour et force de ta vie. »

Frères et sœurs, voilà donc le triple trésor de sagesse divine que nous pouvons mettre en pratique dans le concret de nos vies.
Mais ne se heurtera-t-il pas à nos peurs et à nos doutes quand le mal semblera prendre le dessus ? Oui, reconnaissons-le !
Et c’est pour cela que l’Évangile de ce dimanche nous invite aussi à jeter dans le ciel l’ancre de notre espérance : au dernier jour, l’ivraie ne sera pas vainqueur ! Il sera ramassé et jeté au feu !
Quant aux justes, « ils resplendiront comme le soleil dans le Royaume de leur Père ! » (Mathieu XIII, 43).
Oui, tel est bien l’horizon ultime de notre vie. Lavés, justifiés, sanctifiés par l’Amour, nous resplendirons de joie dans l’éternelle béatitude ! Voilà ce qui anime toute vie chrétienne ; voilà ce que veut chanter, et même anticiper, la vie monastique.
« La perspective finale de la Béatitude qui nous sera donnée doit chaque jour éclairer notre vie et soutenir notre combat », nous rappelle notre Livre de Vie.
« Les souffrances du temps présent ne sont pas à comparer à la gloire qui doit se révéler en nous.» (Romains VIII, 18)
« Toute notre vie est une marche vers un bonheur d’éternité ! ».

Frères et sœurs, ne perdons pas notre temps et notre vie à vouloir nous éplucher et à pourfendre le mal ! Ce n’est pas l’ivraie qui doit nous passionner, mais l’Évangile…
L’Évangile qui ouvre à tous les hommes les portes du ciel !
Je ne sais comment le crier : il est urgent que tous nous devenions, dans le monde d’aujourd’hui, des semeurs d’Évangile !
C’est pour cela que Jésus se sème lui-même en nous par sa Parole et, maintenant, par son Eucharistie.

Références bibliques : Sagesse XII, 13…19 – Romains VIII, 26-27 – Mathieu XIII, 24-43-

Référence des chants :