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Comment ne pas comprendre ce lépreux ? Il est plein d’enthousiasme ! Guéri, purifié de sa lèpre, il saute de joie ! Comment garder un tel bonheur pour soi ? Bien sûr, il est prêt à faire ce que lui demande Jésus, se présenter aux prêtres et accomplir le rite de la purification et de sa réintégration dans le peuple… Mais, se taire, comme Jésus l’exige ? Impossible ! Il proclame partout que Jésus l’a guéri. Il veut ainsi montrer sa reconnaissance à Jésus. Devant un tel bonheur, le silence est impossible.

Je le comprends. Pourtant, Jésus lui demande de ne pas parler de lui. Jésus préfère agir dans la discrétion, comme s’il avait un secret à garder. Pourquoi cette attitude de sa part ? Pourquoi cette discrétion ?

Jésus n’aime pas que l’on parle de lui sous le seul effet de l’enthousiasme … sentiment pourtant bien compréhensible après une telle guérison. Jésus craint une méprise sur ce qu’il est en vérité, que l’on s’arrête en chemin dans la découverte de son mystère. Dans l’enthousiasme, on dira de lui qu’il est guérisseur, sauveur, maître des esprits mauvais… Il est tout cela, mais il est encore bien davantage ! Seigneur et notre frère, il vient purifier les profondeurs de nos coeurs pour nous conduire au Royaume de son Père ! Il y faut du temps et du silence !

Dans toute conversion, beaucoup en ont l’expérience, il y a toujours, dans un premier temps, enthousiasme, joie de parler du Christ, de celui qui a libéré notre âme de la mort, qui a brisé nos chaînes… Ces sentiments sont justes mais pas encore suffisamment solides. Vient vite un second temps où il s’agit de découvrir plus en profondeur qui est Jésus. Oui, les convertis le savent : après l’éblouissement, vient le temps où il faut creuser, approfondir. Jésus le dit à ses disciples : " J’aurais encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l’instant vous n’avez pas la force de les porter " (Jean XVI, 12). Ce n’est pas là un reproche de la part de Jésus. Non, il le sait : il faut du temps pour que notre foi trouve sa force et sa vigueur et puisse aller plus avant dans la découverte du mystère de Dieu. Pour l’instant, nous avons la fragilité des commençants.

Jésus est souvent discret à notre égard. Il aime attendre pour en dire davantage sur lui-même. Trop de lumière nous aveuglerait. Il préfère nous laisser progressivement nous accoutumer à lui. Après la fragilité de la naissance à la vie de Dieu, la foi trouve peu à peu sa fermeté. Le Seigneur veut se révéler à nous tous dans sa splendeur, mais notre intelligence, notre sensibilité, notre volonté, notre manière de vivre avec les autres, tout cela doit s’acclimater aux moeurs de Dieu. Il y faut du temps et beaucoup de vrai silence.

Le Christ aussi, en toute pauvreté et humilité, confie à l’Esprit Saint cette tâche de nous révéler son mystère au plus intime de nous-mêmes. L’Esprit est le témoin du Fils. Seul l’Esprit révèle à nos coeurs qui est le Fils de Dieu. Grâce à lui, nous connaissons ces heures où il semble qu’enfin nous comprenons : une lumière se fait sur notre vie, sur la vie de Dieu en nous. Moment de plénitude et de bonheur au milieu des ombres de cette vie. Oui, l’Esprit nous conduit de lumière en lumière, il élargit notre horizon, il nous fait entrer dans la vie de Dieu.

Le lépreux est parti guéri. Il n’a pas gardé le silence ; il a parlé trop vite, il n’a pas attendu que l’heure soit venue, l’heure de l’Esprit. Nous ne reprocherons rien à son élan de joie et de reconnaissance… Mais nous devons entendre la demande du Seigneur de ne pas parler trop vite. Le silence, le temps et surtout l’Esprit Saint, sont maîtres de vie. C’est ainsi que notre maturité, notre liberté, notre amour se développent. Viendra alors le temps de parler ! Permettez-moi de vous confier une de mes paroles favorites, à mes moments d’impatience. C’est le dernier vers du Cid : " Laisse faire le temps, ta vaillance et ton roi ! " Le roi, qui nous révèlera sa pleine lumière, à l’heure qui lui plaît et qui sera le meilleur moment pour nous, c’est Dieu, notre Père !

Références bibliques :

Référence des chants :