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Voici un aveugle de naissance et ses parents, en face Jésus et ses disciples, puis encore des témoins de la scène, parmi lesquels des pharisiens, des hommes prompts à mordre pour dénoncer ce qui ne paraît pas respecter la tradition.

Progressivement seulement, des remarques montrent que l’enjeu de cette rencontre va bien au-delà de la guérison d’un handicap. Cet homme aveugle de naissance, des soupçons pèsent sur lui, de la part même des disciples de Jésus, qui demandent : " Pourquoi est-il né aveugle, est-ce lui qui a péché, ou bien ses parents ?" Au fil du récit, on apprend que l’homme n’est pas seulement aveugle, mais mendiant : sans doute le soupçon qui pèse sur lui le met-il en marge ! Plus tard, nous comprenons que Jésus a guéri cet homme un jour de sabbat, ce qui pour les pharisiens constitue une double provocation : Au nom de quelle autorité Jésus guérit-il, et comment s’autorise-t-il à opérer cette guérison un jour où l’on ne doit pas travailler ?

Mais qui donc est Jésus ? Lui-même se définit comme " la lumière du monde ", comme celui qui est envoyé, affirmation redoublée lorsqu’il dit à l’aveugle de se rendre à la piscine de Siloé, ce qui comme par hasard signifie " envoyé ". L’aveugle une fois guéri, lorsqu’il est interrogé, parle de Jésus comme d’un prophète. Nous apprenons par ailleurs que les pharisiens sont bien décidés à écarter ceux qui déclareraient que Jésus est le Messie. Enfin dans le dernier dialogue avec l’ex-aveugle, Jésus se déclare ouvertement comme le " Fils de l’Homme ", ce qui pointe bien l’attente d’un Sauveur par tout le peuple. Est-ce que vous vous rappelez qu’un jour Jésus demande à ses disciples : " Et vous, qui dites-vous que je suis ? " Cette question est en filigrane dans tout notre récit !

Rappelons-nous l’ironie savamment distillée au long des rencontres ! Ironie de l’aveugle guéri, lorsque lassé des interrogatoires, il lance aux pharisiens : " Pourquoi tout ce débat sur Jésus, voudriez vous devenir ses disciples, vous aussi’ ? " Ironie du Christ également : Il lâche aux pharisiens incapables de voir le bien : " si vous étiez des aveugles, vous n’auriez pas de péché ! Du moment que vous dites " nous voyons ", votre péché demeure ! " L’apôtre Jean ne rapporte pas l’ironie seulement pour faire sourire, il souligne les contradictions de ceux qui sont aveugles à la nouveauté de Dieu en Jésus Christ !

Pour aller plus avant dans ce texte foisonnant, posons-nous simplement la question : dans le fond, qui cherche quoi ? Quelle est la quête de chacun ? Tenez, l’aveugle tout d’abord : il n’a rien dit, il fait la manche comme à l’accoutumée, il est sur le passage de Jésus. Lorsqu’il est rendu à la vue, il cherche seulement à voir, au sens de comprendre, qui est Jésus : un homme extraordinaire, certes, un prophète, oui. Et plus encore, poussé par la mauvaise foi des adversaires du Christ, il contre-attaque : " Si Jésus ne venait pas de Dieu, il ne pourrait rien faire " Provoqué par Jésus, qui vient le trouver, il se prosterne devant lui : " Je crois, Seigneur ". Cet homme apprend à voir dans sa vie la grâce de Dieu et cela le conduit à proclamer ouvertement son adhésion à Jésus.

Et les pharisiens, que cherchent-Ils ? Ils cherchent à préserver leur système de pensée : si un homme est aveugle, c’est qu’il y a du péché là dessous ! Toujours cette affreuse arrière-pensée, dont nous ne sommes pas toujours exempts, qui fait penser lorsqu’arrive un malheur : "c’est le bon Dieu qui t’a puni ! " Et si le handicapé vient à être guéri, a fortiori un jour de sabbat, c’est que cela doit nécessairement aller à l’encontre de l’oeuvre de Dieu. Une sorte de fossilisation mentale rend aveugles aux bienfaits de Dieu ces pharisiens qui s’efforcent pourtant d’être des justes !

Et Jésus, le Christ, que cherche-t-il ? Il affirme que Dieu est du côté de la vie ! Aux disciples cherchant l’origine du handicap dans le péché de cet homme aveugle ou de ses parents, Jésus donne tort. Puis il affirme lui-même qu’il est venu pour une remise en question : Dieu n’est pas un juge qui distribue récompenses et punitions selon que nous accumulons des bons ou des mauvais points. Et puis, extraordinaire ! Jésus retourne lui-même vers l’aveugle guéri pour lui demander de se prononcer. La connaissance de Dieu n’est pas enfermée dans le temple que Jésus vient de quitter. Elle n’est pas détenue par les zélés de la loi. Elle est à chercher dans toute rencontre où l’Esprit du Christ fait venir les êtres à la vérité.

Au terme de cette lecture, que nous reste-t-il d’utile pour notre vie quotidienne ? D’abord une immense remise en question de l’image que nous nous faisons de Dieu. L’image de Dieu comptabilisant dans son grand livre nos bonnes ou mauvaises oeuvres pour nous rétribuer ensuite selon nos mérites est une fausse image ! Nous prétendons nous en libérer, mais elle nous hante parfois, malgré toutes les rencontres de l’Évangile : malgré la Samaritaine : " va et ne pèche plus ! " … Malgré saint Pierre : " m’aimes-tu, m’aimes-tu, m’aimes-tu ? et pourtant tu m’as renié trois fois… Sois le gardien de mon peuple ! " Malgré celui qu’on nomme le bon larron, en croix au côté de Jésus : in extremis, il s’ouvre au salut : " aujourd’hui, tu seras avec moi au paradis ! "

Il y a une deuxième chose que nous apprend ce texte d’Évangile : il convient de jeter en Dieu tous nos aveuglements, de lui faire confiance, de nous en remettre à lui et nous pouvons être guéris ! Je me demande: ne suis-je pas moi-même en quelque sorte un aveugle-né ? Ne sommes-nous pas nous tous, certains jours, des aveugles-nés ? Aveuglés par nos manques d’amour, notre péché. Ne soyons pas de ceux auxquels le Christ peut dire : " du moment que vous dites : " nous voyons ! ", votre péché demeure ! " Parfois nous croyons que parce que nous nous éloignons de Dieu, Dieu s’éloigne de nous. Il n’en est rien, puisque Dieu est le Dieu riche en miséricorde dont nous parlait Paul dans la lecture que nous écoutions il y a un instant. Lorsque nous reconnaissons nos aveuglements, notre péché, alors se fait de la place pour Jésus, venu non pour juger le monde, mais pour le sauver. Il n’est pas de péché que Jésus ne puisse venir éclairer de sa présence. Tout à l’heure, autour de cet autel nous allons dire une phrase extraordinaire. Puissions nous la dire de tout notre coeur " Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir, mais dis seulement une parole, et nous serons guéris ! "

 

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Prière lue pendant la communion

Dieu seul

" Dieu seul peut donner la foi.
 Mais tu peux donner ton témoignage.

Dieu seul peut donner l’espérance.
 Mais tu peux rendre confiance à tes frères.

Dieu seul peut donner l’amour.
 Mais tu peux apprendre à l’autre à aimer.

Dieu seul peut donner la paix.
 Mais tu peux semer l’union.

Dieu seul peut donner la force.
 Mais tu peux soutenir un découragé.

Dieu seul est le chemin.
 Mais tu peux l’indiquer aux autres.

Dieu seul est la Lumière.
 Mais tu peux la faire briller aux yeux de tous.

Dieu seul est la Vie.
 Mais tu peux rendre aux autres leur désir de vie.

Dieu seul peut faire ce qui paraît impossible.
 Mais tu pourras faire le possible.

Dieu seul se suffit à lui-même.
 Mais Il préfère compter sur toi ".

 

Auteur anonyme d’une Communauté de Base d’Amérique Latine

Références bibliques :

Référence des chants :