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Chers amis, ici dans cette église Notre-Dame, et vous tous en France et dans le monde qui vous associez à cette célébration par la télévision,

Je suis heureux tout d’abord de vous décrire une particularité de Pontoise, ville ancienne et célèbre déjà au Moyen-Âge. À l’entrée de la ville, à plusieurs endroits, une statue de la Vierge accueille les habitants et les visiteurs. Ceci souligne le pèlerinage à Notre Dame, Notre Dame de Pontoise. Parmi les pèlerins, un roi qui aimait à venir ici, à l’emplacement de l’actuelle église : saint Louis, roi de France au XIIIe siècle, lui qui a fait construire un des lieux célèbres du Val d’Oise, Royaumont.

Et si je cite saint Louis, c’est aussi à cause de son attention et de sa délicatesse envers les pauvres. Lui, le roi de France, se faisait serviteur et, le Jeudi Saint, souhaitait se mettre à genoux devant ses frères pour le rite liturgique du lavement des pieds. Il était généreux pour les lépreux nombreux à cette époque, pour les malades. Il servait lui-même le repas des pauvres, enlevant de ses doigts les arrêtes du poisson s’ils sont aveugles. Quel bel exemple de foi chrétienne mise en actes.

Or, c’est à son époque que fut terminée la grande cathédrale Notre-Dame de Paris. Et, dans la tradition de l’époque, à côté du lieu de prières et de rencontres, on construisit aussi sur l’île de la Cité, l’Hôtel-Dieu pour les malades. Un lieu de prières et toujours, à côté, un lieu de charité avec ce beau nom riche de signification : l’Hôtel-Dieu.

Frères et sœurs dans le Christ, si je vous raconte ces faits historiques en cette belle circonstance, c’est aussi pour vous dire ce qu’a fait et ce que fait l’Église depuis ses débuts, dans la fidélité à l’enseignement du Christ. Oui, avec la prière et en même temps que la prière : la charité, l’action auprès des plus pauvres.

Le pape Benoît XVI, dans sa première encyclique sur la charité et dans son message pour le Carême 2008 nous l’a rappelé en disant l’importance de l’aumône et de la charité comme tâche de l’Église. « L’amour du prochain, écrit-il, enraciné dans l’amour de Dieu, est avant tout une tâche pour chaque fidèle et pour la communauté des chrétiens. » (Deus Caritas Est 20).

Et c’est le sens de cette maison d’accueil de jour et d’accueil de nuit, comme nous venons de la voir dans le reportage « SDF jusqu’au bout de la nuit ».

Ainsi, à Pontoise, près de cette église Notre-Dame, il existe un lieu d’amitié et de charité, c’est la maison Hervé-Renaudin, du nom de mon prédécesseur, évêque de Pontoise, qui venait régulièrement pour être avec les personnes accueillies.

Et les voici ceux qui sont accueillis et ceux qui accueillent, tous rassemblés en cette messe en ce troisième dimanche de Carême et unis en cette eucharistie.

Vous l’avez remarqué, les lectures de ce dimanche nous parlent de nourriture et d’eau, c’est-à-dire de faim et de soif. Soif du peuple dans le désert, récriminant contre Moïse. Et, répondant à leur demande, Moïse donne l’eau qui jaillit du rocher, préfigurant cette eau jaillissant du cœur du Christ sur la Croix et cette eau vive dont parle Jésus à la Samaritaine.

Jésus, lui aussi, a soif et l’Évangile nous dit qu’il est fatigué par la route. Il s’assoit au bord du puits. « Donne-moi à boire ». Et sa demande en reste là puisque la scène évangélique se poursuit par ce dialogue et permet à Jésus de dire « l’eau que je donnerai deviendra source jaillissante en vie éternelle » et il ajoute « j’ai de quoi manger, c’est une nourriture que vous ne connaissez pas » et encore « ma nourriture c’est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé. »

Faim et Soif. Vous connaissez un autre passage de l’Évangile, celui de Matthieu : « J’ai eu faim et vous m’avez donné à manger. J’ai eu soif et vous m’avez donné à boire. » (Matthieu 25)

Jésus, lui, a surtout faim et soif de nous rencontrer, de nous faire connaître le don de Dieu en nous invitant à donner à manger et à boire à ceux qui ont faim et soif. En leur donnant bien sûr le pain qui nourrit et l’eau qui étanche la soif ; mais donnons-leur aussi le pain de la Parole de Dieu et l’eau vive. « Si tu savais le don de Dieu et si tu connaissais celui qui te dit : "donne-moi à boire", c’est toi qui lui aurais demandé et il t’aurait donné de l’eau vive. »

Chers amis, qui que nous soyons, riches ou pauvres, bien portants ou malades, nous n’aurons jamais fini de donner. Donner du pain et de l’eau pour combler faim et soif. Donner de notre temps, donner un sourire ou un geste d’amitié, donner généreusement.

J’ai commencé par saint Louis au XIIIe siècle, familier de cette ville de Pontoise. Je termine par saint Laurent, martyr, diacre à Rome au IIIe siècle.

L’histoire de cet ami de Jésus est célèbre. Laurent avait les clefs des finances des chrétiens. L’empereur veut prendre possession de cet argent et de ces richesses. Et Laurent de répondre en lui présentant une troupe de blessés de la vie : « Tiens, les voilà nos richesses. Recommande à l’empereur d’en avoir soin, puisque nous ne serons plus là pour veiller sur eux. »

Voilà la véritable richesse, c’est celle de ceux qui sont accueillis par le Secours Catholique ici à Pontoise comme dans de nombreux lieux en France. Et ceux qui accueillent savent combien ils reçoivent bien au-delà même de ce qu’ils donnent.

Frères et sœurs, voici le temps favorable, comme nous l’entendions au début de ce Carême. Oui, voici le temps de la charité. Heureux sommes-nous de donner à ceux qui ont faim et soif.

Heureux sommes-nous car pour combler notre soif et notre faim, le Seigneur lui-même nous rassemble, nous offre sa vie et nous donne son corps et son sang à la table de l’eucharistie.

Références bibliques : Ex 17, 3-7 ; Ps 94 ; Rm 5, 1-2.5-8 ; Jn 4, 5-42

Référence des chants :