Quand les hommes aiment Dieu
« Quand les hommes aiment Dieu, lui-même fait tout contribuer à leur bien », affirme saint Paul.
Chers amis de Saint-Etienne du Rouvray, nous pensons tous à vous. L’assassinat du Père Jacques Hamel a touché bien au-delà de votre commune, comme en témoignent les très hautes autorités présentes. Mais, ce que vous avez vécu ici, alors que votre prêtre était revêtu de l’aube et de l’étole, il n’y a que vous qui pouvez le mesurer. Nous pouvons tous dire que c’est un crime affreux. Mais, pour vous, il est inscrit dans votre chair, dans vos tripes, il vous a bouleversé, et c’est peu de le dire. J’en suis témoin.
Mais voilà, je voudrais vous rendre hommage car vous êtes des hommes et des femmes qui aimez Dieu : « Quand les hommes aiment Dieu, lui-même fait tout contribuer à leur bien ». Vous êtes des hommes et des femmes qui préférez Dieu aux querelles, celles de nos jalousies, de nos égos surdimensionnés, et surtout celles qui dégénèrent en crime. Je suis témoin qu’ici la douceur évangélique a droit de cité. Je peux ajouter pour ceux qui hésitent à nommer Dieu, vous aimez l’amour. Ici, les citoyens préfèrent l’amour. C’est la vraie source du vivre ensemble, chère à la commune.
Alors, « Dieu lui-même fait tout contribuer à votre bien ». Dans la foi, le don de sa vie fait par le Père Hamel, ce que nous appelons martyre, n’a pas augmenté la spirale de la violence terroriste qui hantait notre pays en 2015 et 2016. Au contraire, la spirale s’est arrêtée. Ce fut le dernier attentat de la série, comme si Dieu avait entendu l’ultime cri de la victime : « Va t’en Satan », non comme une prière magique mais comme un acte de foi auquel les efforts de sécurité de notre pays contribuaient sans le savoir.
Dans la communauté catholique – mais j’ose le penser plus largement – par grâce, ce qui s’est passé il y a 10 ans, contribue à votre bien. Monsieur le Maire, votre prédécesseur a pu craindre que la réputation de Saint-Etienne serait à jamais entachée. En fait, votre ville devient le lieu d’une victoire de l’amour sur le mal dont des centaines de milliers de téléspectateurs sont aujourd’hui témoins. Plusieurs journalistes me disent être frappés par la gentillesse de vos citoyens et par l’absence totale d’idée de vengeance. Oserais-je dire que c’est l’honneur de votre ville ? « Quand les hommes aiment Dieu, lui-même fait tout contribuer à leur bien ». Merci à vous les filles de la charité qui portaient bien votre nom, merci à vous familles de Guy et de Jacques d’être comme les citoyens d’honneur de ce côté-là de la ville de Saint-Etienne du Rouvray.
Chers amis de Saint-Etienne, les épreuves n’épargnent ni votre ville ni sa communauté catholique. Mais vous expérimentez l’amour et l’amitié. Ils passent par la justice et vont jusqu’au pardon. Puissions-nous, quelle que soit notre responsabilité ou celle à laquelle nous aspirons, ne jamais nous séparer de ce chemin, de l’avoir toujours comme horizon de nos vies.
Chers amis, vous auriez préféré que l’étole ensanglantée ne soit pas là, car son sang versé est dans votre cœur à jamais. Mais nous avions besoin de la voir sur la croix proche de l’unique Croix, où se trouvent réunis l’innocent mis à mort et l’amour donné pour tous. Vous auriez peut-être aussi préféré vivre cette anniversaire de manière plus intime. Mais vous l’acceptez de bon cœur, préparant ces journées, votre église, vos chants, vos esprits de la meilleure des manières, au fond par amour. Merci.
« Quand les hommes aiment Dieu, lui-même fait tout contribuer à leur bien ». Mais qu’est-ce qu’« aimer Dieu » ? La réponse de Jésus, nous la connaissons : aimer Dieu et aimer son prochain est une seule et même chose. C’est aussi et peut-être d’abord le chercher, selon les paroles de Jésus entendus aujourd’hui. Aimer Dieu, c’est déjà le chercher au fond de soi, comme on cherche un trésor enfoui ; le chercher en discernant la perle qui vaut le coup, et laisser tomber d’autres apparemment plus faciles ; le chercher honnêtement en sachant qu’un jour nous serons débarrassés de nos mauvais poissons, nos mauvaises passions, qui pourrissent nos vies et la vie sociale.
Frères et sœurs, chers amis, tous, cherchons Dieu … et aujourd’hui rendons grâce car il visite son petit peuple de Saint-Etienne et chacun d’entre nous.
+ DL
