Comme vous le savez peut-être, frères et sœurs, il y a déjà un certain nombre d’années que, quand je ne suis pas avec vous dans une église ou par la télévision, j’essaie de transmettre la foi à des adolescents.
Ce n’est pas facile. Les adolescents sont une espèce extrêmement attachante et très, très ergoteuse. Vous déployez vos arguments les plus intelligents : ils ont toujours une réponse. Vous essayez la morale : ils haussent les épaules. La logique : la leur est plus forte. L’autorité : ils pouffent de rire. Vous sortez Abraham, Moïse et les prophètes. Chou blanc. Cela ne les persuade nullement. Alors quoi ? L’enseignement de Jésus ? Les miracles ? — Ils doutent toujours. Ils ne sont pas forcément contre, mais ils ne sont pas convaincus non plus…
C’est ce qui rend si étonnant et si véridique l’avertissement de Jésus à la fin de la parabole du pauvre Lazare que nous venons d’entendre. La parabole elle-même, nous la connaissons assez bien ; l’innocent est récompensé, le méchant est puni. Mais la fin ! « S’ils n’écoutent pas Moïse et les prophètes, quelqu’un pourra bien ressusciter d’entre les morts : ils ne seront pas convaincus. » Et c’est Jésus lui-même qui dit cela !
Voilà une prophétie adressée à tous les prédicateurs, tous les catéchistes, tous les parents, tous les parrains et marraines : chers amis, chers courageux amis, la Résurrection elle-même ne suffira pas. Aucun de vos arguments, aucune de vos paroles ne suffira. Vous n’y arriverez pas. Vos têtes de bois de quinze ans — dans mon expérience, mais elles pourraient aussi bien en avoir quarante ou soixante-dix — ne seront pas convaincues par tout ce que vous pourrez dire. 

C’est ainsi. Ce ne sont pas les mots qui transmettent la Parole. Ce n’est pas la rhétorique. La rhétorique peut parler au cerveau, mais elle glisse sur le cœur comme l’eau sur les plumes du canard.
Or si la foi, le fait de choisir de croire, est une décision, c’est une décision du cœur. La raison peut aider et elle doit réguler, mais ce n’est pas elle qui emporte le choix. C’est le cœur.
Particulièrement pour les adolescents auxquels je m’attache, mais cette vérité vaut aussi bien pour tous, nous les adultes, nous qui sommes ou tentons d’être des témoins de l’Évangile. Nous ne convaincrons que par le cœur et nous ne convaincrons pas par nos seules forces.
Nous ne convaincrons que par le cœur, par l’amour que nous portons à ceux à qui nous prêchons, par la douceur, par le rire, par l’espoir et par la consolation ; nous ne convaincrons que parce que nous aimons. Et à cela il importe très peu que nous ayons du talent ou de l’autorité, parce que le cœur n’en a pas besoin.
Et nous ne convaincrons pas tout seuls, parce que notre cœur, si sincère que soit notre désir de témoigner, n’est pas assez généreux ni profond pour l’ampleur du message à faire passer. Ni Moïse, ni les prophètes, ni l’Évangile ne passeront si l’Esprit saint ne les fait passer. Voilà pourquoi le Seigneur nous a donné, à nous, les baptisés, ses témoins, son Esprit. Pour que sa vérité, qui est plus grande que notre cœur, passe à d’autres cœurs. Avec ou sans mots, avec ou sans arguments, peu importe.
Père Abraham, que faudra-t-il pour qu’ils écoutent ? — Il faudra ton amour et celui qui est l’Amour, celui qui fait couler le fleuve de la vérité de ton cœur à d’autres cœurs, l’Esprit du Christ vivant.

Vous trouverez le texte de l'homélie ICI.

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