Les paraboles gravent en nous des mots ineffaçables : un homme avait deux fils, le semeur sortit pour semer, il était une fois un propriétaire qui planta une vigne, un homme descendait de Jérusalem à Jéricho…
Mais les paraboles laissent aussi en nous des images. Des images qui nous habitent, nous marquent, nous imprègnent. La force des images parfois plus forte que les mots.
Aujourd’hui c’est l’image d’une vigne, d’ouvriers, d’un maître du domaine. Et c’est lui qui est au centre de l’image.
Un maître qui ne cesse de sortir, de se porter à la rencontre, d’engager, d’embaucher, de faire entrer dans sa vigne. Image d’un Dieu en quête de l’homme, un Dieu chercheur d’humanité. Un Dieu qui ne cesse de sortir de lui, un Dieu en sortie, un Dieu en extase, un Dieu qui n’a d’autre désir que de rencontrer les êtres humains que nous sommes. Et ce Dieu s’étonne et peut-être se scandalise lorsqu’il voit des gens au bord du chemin, laissés-là et que personne n’a engagés.
Nos philosophes anciens, nos sages avaient imaginé un Dieu en repos, d’un calme absolu, habitant le grand silence, premier moteur immobile a-t-on parfois dit. Et voilà que Jésus nous montre l’image d’un Dieu qui bouge, qui ne tient pas en place, qui se porte aux croisées de chemins pour inviter à sa vigne.
Et ce n’est pas nouveau, déjà dans la Genèse, Dieu arpentait le jardin des origines en quête d’Adam et d’Eve : « Où es-tu donc ? »
Dans le meilleur des cas, l’homme est un chercheur de Dieu. Dans la société actuelle, la question des identités est récurrente et souvent polémique. La foi nous propose une identité par le haut : être chercheur de Dieu. Etre chercheur de sens, voilà sûrement le plus bel ADN de l’être humain. De nombreuses spiritualités, de nombreuses sagesses nous y invitent. C’est cela déjà que le prophète Isaïe nous proposait dans la première lecture : « Cherchez le Seigneur tant qu’il se laisse trouver », invitation pressante à revenir vers lui. Isaïe précise que cette démarche peut être vécue dans la confiance : Dieu se laissera trouver, même au terme d’un pardon. Et même si ses pensées sont autres et ses chemins différents, Dieu n’est pas en dehors de notre désir, hors de notre portée.
Mais avant tout, c’est Dieu qui est chercheur de l’homme.
Que vont faire les ouvriers dans la vigne ? Travailler sans doute. L’Evangile ne dit rien de leur travail. Planter, émonder, nettoyer la vigne, récolter, presser le raisin… Qu’importe, il s’agit surtout d’être avec ce Dieu tellement autre, tellement passionné de l’homme. Et c’est bien pourquoi il n’y a pas, à proprement parler de salaire. Le maître rétribue non pas un travail, non pas des mérites ni même des dispositions intérieures mais assure sa présence et son amour. Et cela seul suffit. Ils devraient être heureux les premiers venus, eux qui sont aimés depuis plus longtemps. Bonheur égal à celui des derniers venus pour lesquels il n’a pas été trop tard. Il n’est jamais trop tard lorsque l’amour s’invite.
Si le maître de la vigne occupe le centre de l’image, il y a aussi ces gens que personne n’a embauchés, restés-là au bord du chemin, tous ceux sans qui s’écrit l’histoire. Les abandonnés du système.
Et ils sont nombreux aujourd’hui celles et ceux qui sont au bord du chemin, à regarder la vie des autres. Ils sont nombreux ceux qui matériellement se trouvent privés du minimum ou qui spirituellement sont vides de sens, privés de vraie joie, confrontés à une grande misère relationnelle, confrontés à l’ennui du monde et à l’absence d’avenir.
On ne peut que mettre en œuvre cette espérance : « Allez-vous aussi travailler à ma vigne ».
