Courons, les yeux fixés sur Jésus !
Chers frères et sœurs,
Dans cette parabole, Jésus nous révèle le visage d'un Dieu patient, qui laisse à la graine le temps de mûrir, fût-ce au milieu des mauvaises herbes. Cette image résonne d'une façon toute particulière aujourd’hui, alors que le Tour de France va bientôt s'élancer des rues de Champagnole pour traverser le Haut-Jura et rejoindre les Alpes !
Tout coureur sait combien le sport est une école de patience : il y a dans la vie d'un sportif, comme dans la vie de chacun d’entre nous, du bon grain et de l'ivraie, des jours de grâce et des jours de doute, des étapes de lumière et des passages à vide. Les grandes victoires ne se construisent pas en un jour.
C'est précisément ce qu’exprime le verset biblique que l’association Holygames a choisi de faire figurer sur la représentations des cyclistes : « Courons avec endurance l'épreuve qui nous est proposée, les yeux fixés sur Jésus. » Méditons ensemble ce verset.
Courons ! Non pas marchons, non pas avançons prudemment, mais courons ! Un vélo tombe s'il s'arrête : il ne tient debout que lorsqu’il est en mouvement. Depuis notre père Abraham, nous savons que la foi est cette force intérieure qui nous met en route et nous pousse en avant.
Courons, oui, mais avec endurance. Pas un sprint de cent mètres, mais une course de fond, qui demande engagement, régularité, avec cette capacité de tenir même quand le corps veut s'arrêter. La victoire ne se gagne pas seulement dans les jambes, elle se gagne aussi dans la tête et dans le cœur.
Courons l'épreuve. Le mot peut étonner, mais on parle bien d’« épreuves sportives » ! Les sportifs et leurs familles connaissent le prix à payer pour remporter la victoire : les renoncements, les sacrifices silencieux, la discipline quotidienne qui exige de remettre sans cesse son confort au second plan. La foi fonctionne de la même façon : comme le cycliste qui ne devient pas champion sans des mois d'efforts assidus et invisibles, le chrétien ne grandit pas sur le chemin de la sainteté sans consentir à un long et patient chemin de conversion.
Mais l'épreuve nous est proposée, elle n’est jamais imposée ! Personne n'oblige un cycliste à prendre le départ d'une course difficile. Il choisit d'y aller, en connaissance de cause, avec tout ce que cela comporte. Dans la foi, il en va de même : c'est une invitation à laquelle chacun répond librement, c’est à chacun de décider de prendre le départ.
Dans une course, l'objectif est clair : franchir la ligne d'arrivée le premier. Mais dans la course de la foi, le but n'est ni une ligne blanche à franchir, ni un record à battre. Nous courons, non pas la tête dans le guidon, mais les yeux fixés sur Jésus. Pourquoi ? parce que Jésus a déjà franchi la ligne d’arrivée ! Il a déjà remporté la victoire, et c'est cette victoire-là qu'il nous invite à partager.
Dans la seconde lecture, saint Paul nous assure que « l'Esprit lui-même vient au secours de notre faiblesse ». La seconde phrase déposée sur les effigies des cyclistes exprime cette même conviction : « Je peux tout par celui qui me fortifie. » Ce verset n'est pas un slogan pour un champion. C'est la confession humble d'un homme qui a appris, épreuve après épreuve, que le Seigneur était toujours là pour le relever, le fortifier.
Cette expérience personnelle de l’apôtre Paul m'a rappelé un événement sportif qui m'a profondément touché il y a quelques semaines. Un célèbre cycliste avait fait une chute violente dans une descente prise à trop vive allure. Il était à terre, les mains en sang, se demandant s'il allait pouvoir repartir, avec ce sentiment douloureux d'avoir mis en danger les autres coureurs autant que lui-même. Il était bouleversant d'entendre ce cycliste parler de ses coéquipiers : ils s'étaient arrêtés, l'avaient attendu, l’avaient aidé à se relever, à remonter en selle. Puis ils sont repartis ensemble, coude à coude, dans une longue et rude ascension, le soutenant dans l'effort alors qu'il souffrait le martyre, tenant à l'accompagner, à le ramener dans le groupe jusqu'à la ligne d'arrivée. C'est avec émotion que ce cycliste exprimait sa reconnaissance pour ses coéquipiers, sans lesquels il n'aurait jamais eu le courage de se relever et de terminer l'étape. Ce témoignage montre que la beauté du sport se trouve aussi dans la solidarité et la cohésion entre les membres d’une même équipe.
Le cyclisme est un sport individuel que l'on vit en équipe. Et la foi, c'est exactement la même chose ! C'est un chemin personnel, intime, mais on ne le fait jamais seul. L'Église, la communauté, les frères et sœurs : tous sont là pour attendre celui qui est tombé, pour l'aider à se relever et à reprendre la route.
En ce jour où des champions s'élancent pour une nouvelle étape du Tour de France, rappelons-nous que la course dont parle la Bible n'est pas réservée aux meilleurs. Elle est ouverte à tous : aux rapides comme aux lents, à ceux qui se portent bien comme à ceux qui sont éprouvés dans leur santé, à ceux qui sont tombés et qui se demandent s'il est encore possible pour eux de repartir.
L'expérience du sport éclaire le chemin de la foi, comme la foi nourrit le chemin de beaucoup de sportifs. Alors, frères et sœurs, quelle que soit l'étape de la vie que nous traversons en ce moment, facile ou pénible, gardons les yeux fixés sur Jésus : il est, sur notre chemin, le meilleur des coéquipiers, celui qui ne nous lâche jamais, qui relève, qui fortifie, celui qui nous attend les bras ouverts au bout de la course.
