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"Que vais-je devenir ? Combien de temps vais-je vivre encore ? Qu’y a-t-il après la mort ?"
 Voilà des questions universelles et inéluctables. Et il n’y a pas que deux manières d’y répondre : celle, certaine, de la foi et celle de l’incrédulité, pas moins péremptoire dans son affirmation qu’il n’y a rien après la mort. Nous avons, en Europe, des contacts toujours plus nombreux avec les différentes religions et philosophies du monde. Le lien avec l’Église se fait plus distant pour beaucoup : on n’est plus vraiment certain des réponses données par le catéchisme. Ce qui reste en commun, cependant, c’est l’aspiration au bonheur, l’affection envers ses propres défunts et, souvent, la même perception de la brièveté de la vie et des souffrances que nous allons rencontrer. Tout cela nous invite à plus de solidarité.
 La fête de la Toussaint ne réduit pas l’ouverture d’esprit et les aspirations du coeur. Elle propose une autre vision des choses, invite à la louange, incite à l’engagement. Cet autre regard est celui de la première lecture. Une foule immense que nul ne peut dénombrer acclame Dieu, avec les 144 000 bienheureux du peuple élu. C’est une liturgie, une fête avec les palmes de la victoire et les vêtements blancs, lavés dans le sang de l’Agneau. Cette vision de l’Apocalypse nous inspire. Nous, qui sommes avides d’images et spectateurs quotidiens de films dans lesquels le sang coule sans purifier les mains de celui qui le répand. Nous, spectateurs de fictions qui cherchent notre adhésion en nous rendant complices de scènes de violence. Nous, plus sensibles aux symboles qu’aux paroles… Oui, cette vision de l’Apocalypse nous inspire, elle appelle notre respect et fonde notre espérance.
 La foule, en fête dans le ciel, chante : "Louange, honneur, action de grâce à notre Dieu". Croyons aussi à ce que nous promet la seconde lecture : "Voyez quel grand amour ! Nous serons semblables à lui parce que nous le verrons tel qu’il est". Certes, nous ne le voyons pas encore tel qu’il est, mais -parce que l’espérance ne déçoit pas- nous lui disons déjà merci et nous le louons. Sans dimension communautaire, il n’y a pas de liturgie. La chorale vient de chanter : "Nous te louons, nous te bénissons, nous t’adorons !"
 Chers téléspectateurs, chaque fois que vous le pouvez, associez-vous à la communauté qui loue et rend grâce. Car, c’est à la lumière de cette expérience communautaire chacun se connaît soi-même et connaît sa relation à Dieu. Loin d’y nier sa propre responsabilité, on y vérifie la justesse de son chant. On y entend aussi la réponse de Dieu -dans le lieu et le temps qu’il choisit- réponse au chant de la terre rejoignant le chant du ciel.
 Chanter ensemble… Certains y renoncent parce qu’ils croient chanter faux. Chanteurs ou non, la fête d’aujourd’hui invite tout le monde à s’engager. Ils sont déjà bienheureux sur la terre ceux que Jésus cite dans l’Évangile de la Toussaint ; ils seront bienheureux dans l’éternité, quand s’accompliront les promesses de chaque béatitude. Bienheureuses les personnes, si nombreuses, béatifiées et canonisées par notre pape, la dernière étant Mère Teresa. Bienheureuse aussi chaque personne créée par amour en vue de cette plénitude de félicité ! Mais pas les uns sans les autres. La foi qui a guidés les saints et les saintes anonymes que nous fêtons aujourd’hui, ils l’ont reçue de l’Église. En elle, ils ont entendu l’appel à la sainteté et découvert le visage des saints. Ils sont l’Église dans la gloire du ciel.

Les saints deviennent la grande espérance pour l’humanité : la béatification de Mère Teresa de Calcutta a admirablement révélé que son langage -le langage de l’amour total et universel- a aussi été compris par les non chrétiens. En effet Mère Teresa s’est penchée sur tous les souffrants, sans aucune distinction. Elles les a recueillis le long des routes, les a soignés sans leur demander leur appartenance. Elle voulait tout simplement leur témoigner – de manière très concrète – l’amour de Jésus. Et beaucoup ont compris. Mais le Christ n’avait-il pas fait de même ? La sainteté, quand elle est authentique, ne connaît aucune frontières. On dirait même que la fantaisie de Dieu – peut-être serait-il plus approprié de dire la tendresse de Dieu – s’amuse à la susciter partout : parmi les jeunes et parmi les vieux ; chez les hommes et les femmes ; chez les évêques, les prêtres et chez les gens anonymes du peuple de Dieu ; parmi les mystiques des monastères et parmi ceux qui sont engagés dans le quotidien. La sainteté ignore aussi les frontières géographiques : chaque pays, chaque continent et chaque peuple a désormais ses saints et ses saintes qui disent leur génie et leur originalité ; la vision de l’Apocalypse devient une joyeuse réalité. La sainteté s’étend sur la terre entière.

Le message d’aujourd’hui est pour tous. Dieu appelle tout le monde. La sainteté est synonyme d’une vie féconde.
 Frères et soeurs, croyons-le de tout coeur et annonçons-le autour de nous.
 Amen.

Références bibliques :

Référence des chants :