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Dans l’histoire de notre humanité certaines rencontres ne s’effacent pas et restent gravées dans la mémoire des hommes.

Parmi elles, il y a ce face-à-face entre Jésus et Pilate. Deux hommes : Pilate, le gouverneur romain, dans son palais et Jésus, cet homme surprenant qui enthousiasme les foules mais qui déplaît aux dignitaires de son époque.

Jésus a été arrêté, ses disciples se sont enfuis, il est seul face à Pilate qui l’interroge. « Es-tu le roi des juifs ?… » Pilate pourtant « s’y connaît en rois », lui le représentant de l’empereur. Les rois comme les grands de ce monde commandent en maître, gouvernent sans contestation, font sentir leur puissance et leur force. Les rois sont libres de faire ce qu’ils veulent. Quoi de semblable avec cet étrange prisonnier que l’on vient de lui amener, ligoté et condamné à mort par les chefs du peuple ?

Et pourtant Pilate insiste et lui demande à nouveau : « Alors, tu es roi ? » Mais l’homme du pouvoir peut-il comprendre une royauté qui ne vient pas d’ici ? Cette royauté est tellement surprenante : ce roi, comme un esclave, lave les pieds de ses disciples et les sert même à table. Ce roi prend ses repas avec les pécheurs, les exclus, les pauvres. Il refuse d’être le roi rêvé par les foules : un roi qui les nourrirait à bon compte ou apporterait la solution politique : il leur parle d’un autre royaume mais elles n’écoutent plus, cela ne les intéresse pas et elles approuveront sa mise à mort. Ce roi n’utilise ni la force, ni la violence quand on vient l’arrêter, il n’a pas besoin de gardes pour le défendre car il est venu rendre témoignage à la vérité. Et la vérité ne s’impose ni par la force, ni par les armes. La vérité s’expose comme ce prisonnier aux mains nues qui, quelques heures plus tard, ouvrira ses bras sur la croix.

Mais Pilate ne comprend pas. Il sent bien la fausseté des accusations face à l’homme qui se tient devant lui. Mais il cède aux pressions de l’opinion publique et laisse crucifier l’innocent.

Le doute ou la dérision, lui feront cependant écrire en haut de la croix, « I.N.R.I. », inscription qui signifie « Jésus le Nazaréen, Roi des Juifs ».

Cette inscription qui se trouve sur les crucifix dans nos églises ou à la croisée des chemins, est le dernier écho de cette rencontre manquée entre le gouverneur romain et Jésus.

Finalement, cette rencontre que l’histoire n’a pas oubliée nous invite, deux mille ans plus tard, à ne pas nous tromper à notre tour sur ce que signifie la royauté du Christ et peut-être à ne pas la confondre avec les images que nous nous faisons du pouvoir.

Quelle représentation avons-nous de l’exercice du pouvoir : service ou domination ? Dans notre société moderne, qu’est-ce qui règne en maître ? Qu’est-ce qui domine ? Chacun d’entre nous voit bien qu’il nous faut interroger les logiques économiques actuelles, chacun d’entre nous voit bien qu’il nous faut questionner les rapports de force entre les pays, et plus particulièrement les pays pauvres et les pays riches. Chacun d’entre nous voit bien que, dans le fond, ce qui règne aujourd’hui n’est guère différent de ce qui régnait du temps de Pilate. Le royaume dont parle Jésus demeurerait toujours aussi étrange à des « Pilates modernes ».

Et si nous avions aussi demandé à des enfants de nous dessiner Jésus comme roi, sans doute son trône aurait-il été d’or, son manteau de pourpre et sa couronne de pierres précieuses. Eh bien, en cette grande fête du Christ Roi, du Christ Roi de l’univers, la couronne est d’épines, il n’y a pas de manteau et, surtout, le premier trône qui nous est donné à voir, c’est le bois de la croix, le seul trône, aussi surprenant soit-il.

Saint Paul dira que la croix est un scandale et une folie. Et aujourd’hui encore, reconnaître dans la mort et la résurrection du crucifié, la royauté de celui que nous confessons comme le Roi de l’univers demeure d’une manière ou d’une autre folie et scandale pour beaucoup.

Pourtant la seule chose dont ait voulu témoigner ce Jésus de Nazareth, « le témoin fidèle, le premier-né d’entre les morts, le souverain des rois de la terre » comme le nomme l’auteur de la lettre aux Hébreux, c’est de l’amour : l’amour de Dieu pour tous, l’amour dont est capable chaque être humain, l’amour qui finalement, seul, donne la valeur de l’existence humaine.

Ce royaume d’amour qu’inaugure la venue de Jésus dérange et ne ressemble à aucun autre, parce qu’il rejoint tout homme, au-delà des frontières, dans sa vérité et ses aspirations les plus profondes : il est un royaume de justice, de paix, de pardon… un royaume qui ne s’établit pas par la force, qui ne s’impose pas, mais en qui chacun reconnaît en l’autre un frère. Ce royaume nous entraîne dans une autre logique que celle de la domination, de la puissance et du profit, elle nous engage, à la suite du Christ, dans celle du service et du don de soi.

La bonne nouvelle aujourd’hui c’est que le roi s’est fait serviteur et nous dit que l’amour que nous portons au plus petit et au plus pauvre d’entre nous, c’est à lui que nous le portons. Quiconque appartient à la vérité, écoute les paroles de ce roi.

Références bibliques :

Référence des chants :