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La fête du Christ Roi est la fête du témoignage et de la mission. Elle nous oriente vers le but de notre vie. Elle nous révèle la puissance imprévisible de notre Roi, serviteur crucifié. Elle nous invite à recevoir, dans l’Église, les moyens adaptés à la construction du royaume.

Le but est important pour le voyage. Saint Paul, en route vers Damas, pensait que la violence pouvait être une bonne chose. Sur le chemin, Jésus le rejoint :

« – Pourquoi me persécuter ?

Qui es-tu ?

Jésus, que toi tu persécutes. »

Jésus ressuscité révèle à Paul qu’il est présent là où sont ses disciples.

Devenu l’Apôtre des Nations, il partage aux Colossiens une découverte encore plus étonnante. Dieu le Père nous a fait entrer dans le royaume de son Fils. « En lui tout a été créé dans les cieux et sur la terre : tout vient de lui. Tout va vers Lui. Tout tient debout en lui. Il apporte la paix. »

Il est présent dans tout l’univers. Voilà la mission de l’Église. Jésus nous envoie annoncer qu’il agit partout, qu’on peut devenir ses compagnons, et vivre en enfants de Dieu dans la vérité, la justice, la paix.

Voilà le but qui oriente et attire l’univers entier.

Le père Marie-Eugène de l’Enfant-Jésus l’exprimait ainsi, le jour de sa mort : « La perfection, il n’y en a qu’une, c’est celle du Père et du Fils qui s’aiment, c’est l’amour en personne, c’est l’Esprit Saint. Ne l’oubliez pas, dites-le. » (1)

Pour hâter la venue du royaume de Dieu, il nous faut vivre en union avec Jésus ressuscité, devenir des amis de l’Esprit Saint. Entrer dans ses sentiments, dans ses pensées, marcher avec lui, voilà toute notre vie chrétienne.

Mais cela semble bien éloigné de notre vie quotidienne. Nous avons des responsabilités complexes. Comme il nous est difficile de nous tourner vers Dieu avec confiance, d’aimer en vérité notre semblable, de le servir sans l’asservir, sans l’utiliser. C’est en nous-mêmes que nous sommes divisés.

Mais nos refus ne lassent jamais Dieu. Jésus a passé au milieu de son peuple en faisant le bien (Ac 10, 38), en discernant le mal. Le voici maintenant au bout de son chemin. Il est cloué, assoiffé, il s’étouffe. Devant sa mère, qui va devenir pour nous mère de la Vie nouvelle. Devant nous, aussi. Nous entendons les ricanements, les moqueries. Un roi sans armée, puissant pour les autres, impuissant pour lui-même, est-ce vraiment un roi ?

À ses côtés, deux malfaiteurs. Les trois souffrent. Dialogue entre crucifiés : la rage de l’un lui vaut le reproche de l’autre, fondée sur la vérité. Le malfaiteur ose nommer le bien qu’il n’a pas fait, le mal qu’il a fait. Sa conscience, en cet instant, le rend libre de se tourner vers Jésus, l’Innocent. Une bouleversante prière jaillit alors : « Souviens-toi de moi quand tu viendras dans ta royauté ». Promesse de Jésus : À lui, à l’autre, à toi, à tous. « Amen, aujourd’hui, tu seras avec moi dans le paradis ».

L’aujourd’hui de l’Évangile, c’est aujourd’hui.Jésus règne en pardonnant.

Puis Jésus meurt. Il remet l’Esprit. Ressuscité au matin de Pâques, Jésus rassemble son Église, qui est son corps. Il se tient à la porte de notre conscience, avec la puissance de sa miséricorde. Il nous rend capables de reconnaître et de choisir le bien, il nous offre le pardon, pour nous rétablir dans la dignité à laquelle nous sommes appelés. Il nous donne les moyens de répondre à cet appel.

Le royaume de Jésus, source du bonheur, se construit avec les moyens que Jésus nous donne.

Il révèle sa présence créatrice au plus profond de notre conscience. Nous pouvons oser nommer le bien et le mal.

Il vient à nous avec sa grâce pour nous réconcilier avec nous-mêmes et nous entraîner ensemble vers Dieu. Entrons dans la prière.

Il nous rejoint par le don de sa Parole. Ouvrons les évangiles

Il vient à nous dans la force des sacrements. Devenons familiers de la réconciliation sacramentelle et de la vie eucharistique.

Il nous révèle sa présence en toute personne qu’il aime. Engageons-nous dans la société pour construire cette culture de vie, cette civilisation de l’amour vrai dont notre monde a tant besoin.

Enfin il nous dévoile le secret de sa toute-puissance. C’est la miséricorde. Alors n’ayons pas peur de nous présenter devant lui tels que nous sommes, avec notre misère, parce, disait le père Marie-Eugène, « elle appelle la miséricorde de Dieu. N’ayons pas peur de la mettre à contribution ! ».

« Approchons-nous du bon larron. Que la lumière de Dieu, passant par notre misère, par nos crimes peut-être, apporte au monde un témoignage de la puissance sa miséricorde. Que ce témoignage attire tous les pauvres, tous les faibles, tous les misérables comme nous sous les feux de l’amour et de la lumière de Dieu. »(2)

« Nous sommes en pèlerinage à travers le désert. Notre but, c’est le ciel, c’est la Trinité sainte. »(3)

Oui, soyons dans la joie de la foi. Nous allons vers la maison du Seigneur, le Christ ressuscité qui vient à nous . Quelle espérance !

Amen.

 (1) Cf. Guy Gaucher, la vie du père Marie-Eugène, "Je veux voir Dieu", Cerf/Editions du Carmel, 2007, 201.

(2) Cf. Marie-Eugène de l’E.J. Jean de la Croix, présence de lumière. Éditions du Carmel, 1991, p. 45.

(3)Marie-Eugène de l’E.J, homélie 1956 (inédit).

Références bibliques : 2 S 5, 1-3 ; Col 1, 12-20 ; Lc 23, 35-43

Référence des chants :