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Homélie de la messe célébrée en la cathédrale Saints-Pierre, Paul et Quirin à Malmedy.

Frères et soeurs, présents en notre cathédrale de Malmedy,
Frères et soeurs qui nous rejoignez par la télévision,

Les saints sont des hommes et des femmes qui n’ont plus peur… Ces paroles, je les ai entendues naguère de la bouche d’un ami prêtre. Aujourd’hui, quand je m’arrête à ces paroles, me remontent à la mémoire des beaux visages de sainteté paisible et sereine. Me remontent le visage d’un patriarche Athénagoras, le visage d’un Charles de Foucauld, le visage d’un Frère Roger, Prieur de Taizé, et tant de visages lumineux rencontrés au fil du quotidien…

Les saints sont des hommes et des femmes qui n’ont plus peur… Frères et soeurs, vous le savez, il est arrivé souvent que, parlant de sainteté, on ait pensé surtout à l’extraordinaire : l’extraordinaire de la vertu, l’extraordinaire de l’héroïsme, l’extraordinaire des miracles…
Frères et soeurs, est-ce là d’abord qu’il faut rechercher la sainteté ?

Les saints sont des hommes et des femmes qui n’ont plus peur, disait mon ami prêtre. Ne serait-ce pas d’abord dans la confiance qu’il faudrait la reconnaître ?
La confiance… L’invitation à la confiance, plus précisément l’invitation à ne pas avoir peur, revient tout au long de la Bible, comme un refrain. Elle reviendrait même 365 fois : une fois pour chaque jour de l’année… Vraiment, la confiance n’est-elle pas la première vertu du saint, la première vertu de celui qui veut marcher avec son Dieu ? La confiance est la vertu propre de l’enfant, de l’enfant qui attend sécurité de la main d’un plus grand : l’enfant fragile, démuni, pauvre de toute suffisance…

Heureux les pauvres, venons-nous d’entendre.
Heureux les pauvres… Frères et soeurs, le saint, il ne faut pas le voir d’abord du côté des géants, du côté des gagnants, du côté des vainqueurs. Victorieux, le saint l’est sûrement, mais pas d’abord. Il l’est « après coup ». Toutes les promesses victorieuses des béatitudes viennent après coup : le Royaume des cieux, la terre promise, la consolation…

La victoire vient « après coup ». Le saint n’est un vainqueur qu’ « après coup ». De manière peut-être un peu provocante, je vous dirai que le saint, avant d’être un gagnant, un vainqueur, est d’abord un perdant, un vaincu, oui, quelqu’un qui s’est laissé vaincre… Mais attention, il ne s’agit en aucun cas d’une défaite qui abîmerait, qui anéantirait, ainsi qu’il en est lorsque les hommes se font la guerre.

Le saint est celui qui s’est laissé vaincre par Dieu, par l’amour de Dieu. Vous savez comme moi que pour vivre un amour, que pour accueillir un grand amour, il faut, d’une manière ou d’une autre, lâcher prise, « se laisser aller », s’abandonner, s’abandonner au coeur de l’autre, se laisser tomber sans retenue dans la tendresse. Me revient cette belle formule de Roger Schutz : « se jeter en Dieu comme dans un abîme ».

Oui, tel est le saint. Un jour, il a reconnu l’amour que Dieu a pour lui. Et devant cet amour tout à fait unique, personnel, devant cet amour éperdu de Dieu pour lui, il n’a pu que dire : Tu m’aimais à ce point, et je ne le savais pas… Tu étais là dans ma vie, et je ne le savais pas… Nous venons d’entendre dans la Première lettre de Jean : « Voyez comme il est grand, l’amour dont le Père nous a comblés : il a voulu que nous soyons appelés enfants de Dieu. Et nous le sommes ! ».

Frères et soeurs, il faut le dire, le saint est toujours quelqu’un qui a « fondu » devant l’amour du Père, ou devant l’amour de Jésus qui ne fait qu’un avec celui du Père. Oui, par cet amour, le saint s’est laissé vaincre.
Se laisser vaincre par l’amour de Dieu. Frères et soeurs, c’est là que tout commence. C’est là que commence la sainteté. C’est là que commence la victoire des saints.
Heureux – victorieux ! – les pauvres de coeur, le Royaume des cieux est à eux.
Oui, heureux, victorieux, les saints. Pauvres d’eux-mêmes, vaincus par l’amour en lequel ils ont osé croire, ils ne peuvent qu’être libérés de la peur et accéder à la paix : Les saints sont des hommes et des femmes qui n’ont plus peur… Oui, c’est là que tout commence… C’est de là que les saints vont pouvoir aller de hauteur en hauteur, comme dit le psaume.

Vaincus par un tel amour, que feront-ils d’autre que laisser cet amour passer à travers eux vers leurs frères ? Vaincus et transfigurés par un tel amour, que deviendront-ils, sinon autant de visages par lesquels passera cet amour vers le monde : visages de la douceur, visages de la passion pour la justice, visages de la miséricorde, visages de la réconciliation, visages de la transparence… Visages des béatitudes. Visages de bonheur pour eux-mêmes, pour le monde, et pour Dieu. Heureux, victorieux après avoir commencé par se laisser aimer. Les saints sont des hommes et des femmes qui n’ont plus peur, disait mon ami prêtre. Et ce chant du jour de Toussaint le dit bien mieux encore : « Il vient en chantant, le peuple des sauvés, immense fresque de joie, amour aux cent visages qui forment ensemble, dans la lumière, la seule icône de gloire : Jésus Christ ».
Heureux, victorieux, en commençant par se laisser aimer, en commençant par être perdants devant l’amour, en commençant par se laisser vaincre par l’amour de Dieu.
Commencer par être perdants, commencer par être vaincus. Cela n’est-il pas à la portée de tous ? La sainteté n’est-elle pas à la portée de tous ? Frères et soeurs, puissions-nous y croire et puissions-nous en recevoir un surcroît de goût aujourd’hui, dans nos retrouvailles avec tous ces frères et soeurs aînés qui nous ont précédés sur le chemin de la sainteté – les saints illustres et les saints connus de Dieu seul. Ne pensez-vous pas qu’aujourd’hui, ils nous invitent à l’apéritif de la table du Royaume ?

Heureux les pauvres de coeur, le Royaume des cieux est à eux.
Amen.

Références bibliques :

Référence des chants :