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Combien d’hommes et de femmes n’auront-ils pas pleuré à l’écoute de ce texte ? Combien de fois le chemin du prodigue n’aura-t-il pas été parcouru au long des siècles par des pécheurs repentants ? Combien de fois les bras d’un père ou d’une mère ne se sont-ils pas ouverts pour accueillir l’enfant qui revient, après si longtemps parfois ?

J’imagine le fils, à son retour : « Avant même de voir la maison familiale, j’ai aperçu mon père, à l’entrée de la propriété. Il scrutait l’horizon. C’est moi qu’il attendait. Mon cœur s’est mis à battre. J’ai préparé les mots que j’allais lui dire. Mais lui a couru vers moi, oubliant sa dignité, il m’a pris dans ses bras et ne m’a pas laissé terminer ma ritournelle. Il a appelé ses serviteurs pour m’apporter des vêtements neufs, l’anneau familial et des sandales d’homme libre. Il a fait tuer le veau gras. Un vrai repas de Terre promise ! Je n’y aurais jamais cru. »

Quand nous croyons avoir perdu toute dignité, Dieu réussit encore à nous en trouver une. Ce n’est donc pas notre obéissance, notre conformité à sa loi qu’il aime, mais nous-mêmes. Oui, tout simplement nous-mêmes. Or ce fils, aux yeux des autres, n’était plus considéré comme un être humain. Il n’avait même pas droit à la nourriture des cochons. Le père, lui, tuera le veau gras. Et pourtant son retour était intéressé. « Je n’ai plus à manger. Il faudra bien que je revienne… » L’amour de Dieu est aveugle !

Le père prodigue

C’est le père qui est le plus prodigue ! Il gaspille son amour et son pardon… Jésus nous présente un Dieu qui n’est pas le comptable que les scribes et les pharisiens auraient pu croire, mais celui qui nous attend lors de nos retours, qui n’est jamais aussi heureux que lorsque nous sommes dans sa maison à faire la fête, que nous soyons le prodigue ou le frère aîné, d’ailleurs. Un Dieu qui est capable de comprendre le chemin de celui qui s’en va, mais aussi d’écouter celui qui est prisonnier de ses principes. Personne n’est autant père que Dieu, disait Tertullien. Être père, c’est espérer en ses enfants. Dieu espère toujours en nous, sans jamais nous contraindre. Il nous laisse même partir, préférant nous voir libres… Dieu serait-il aussi le Dieu des vagabonds et des fêtards ?

Dans la parabole, le père a deux fils : celui qui est parti et celui qui ne veut pas rentrer dans la maison. L’un a trébuché dans le désordre, l’autre, dans un excès d’ordre. Mais il aime les deux ! Au frère aîné qui parle, avec dédain, de son frère – « ton fils », dit-il – le père répond : « Toi, mon enfant… » Lui aussi est aimé, non pas pour ses bons services, mais parce que c’est lui.

Le père a perdu un fils, mais il l’a retrouvé. Retrouvera-t-il aussi le second, l’aîné ? Jésus s’adresse ici aux pharisiens et aux scribes qui, drapés dans leurs principes, récriminaient parce qu’il faisait bon accueil aux pécheurs. Il voudrait tant qu’ils entrent, car le fils vagabond y est déjà, lui ! Il y a parfois tellement de ressentiments chez les gens vertueux que nous croyons être, tellement de jugements, de condamnations, de préjugés parmi ceux qui se veulent fidèles. Un service sans amour…

Alors, faut-il ressembler au cadet volage ? Non, bien sûr, mais au Père lui-même. C’est lui le modèle dans la parabole, comme dans tout l’Évangile. « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait », disait-il. Et encore : « Votre Père fait lever son soleil sur les bons comme sur les méchants. » Si Jésus raconte cette parabole, c’est parce qu’il a l’audace de croire que nous sommes capables de ressembler à Dieu, de pardonner comme lui.

L’engagement de Jésus

Cette parabole traduit l’engagement de Jésus, lui qui faisait bon accueil aux pécheurs. Telle est bien sa mission : partir à la recherche de ceux et celles qui sont perdus. Il est le berger qui recherche la brebis perdue et se retrouve couronné des épines dans lesquelles elle était prisonnière. Entendez saint Paul: « Celui qui n’a pas connu le péché, Dieu l’a pour nous identifié au péché des hommes », afin que nous trouvions la vie grâce à lui. Le Christ rejoint l’homme pécheur dans sa détresse de pécheur. Le Christ, me confiait Mgr Léonard, est tombé si bas, que, si bas que nous tombions, nous tomberons encore en lui.

Ce jour-là, dans l’obscurité du confessionnal, un pécheur. Il avoue sa faute, qui n’était pas petite, et le prêtre, impressionné, l’envoya en pénitence, sans lui donner l’absolution. « Revenez la semaine suivante ! » Ce que le pénitent fit, pour s’entendre redire la même chose. Mais lorsque le prêtre quitta le confessionnal, il vit le Christ lui apparaître: « On voit bien que toi, tu n’es pas mort pour lui ! » Merci, Seigneur, pour tant d’amour !

Références bibliques : Jos, 5, 10-12; Ps. 33; 2 Co 5, 17-21; Lc 15, 1-3.11-32

Référence des chants :