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Cet aveugle que Jésus croise, n’est-ce pas moi ? N’est-ce pas aussi vous, frères et sœurs ? Car tout le récit laisse penser que ce ne sont pas seulement les yeux du corps qu’il fallait guérir. N’est-ce pas aussi notre confiance engourdie, les peurs qui nous paralysent, le péché qui nous fait mal, le sentiment que la vie est une impasse ? L’Évangile, aujourd’hui, nous invite à regarder Jésus et à suivre l’aveugle pour apprendre à chasser la nuit de nos yeux et de nos cœurs !

Dès le début, il est dit de Jésus qu’il « vit sur son passage un aveugle de naissance ». La phrase semble banale ! Mais elle dit que Jésus passe parmi nous. Il est proche des réalités de notre vie. En passant, il voit un aveugle. Jésus est attentif. Il voit des gens et des situations que souvent nous ne remarquons pas nous-mêmes. Ou que nous préférons éviter. La misère des autres, leur péché, leur souffrance, comme les nôtres, nous préférons parfois ne pas les voir. Alors, dans le regard de Jésus, nous apprenons à regarder. Quand vous lisez l’Évangile, demandez-vous ce que Jésus regarde !

Ensuite, curieusement, Jésus laisse un aveugle nous conduire ! Il va retrouver la vue, mais surtout la foi ! Et à nous qui pensons peut-être avoir une foi en béton, ou au contraire être submergés par le doute, grâce à l’aveugle, l’Évangile vient nous révéler que la foi est un cheminement.

Ce cheminement passe d’abord par un apprentissage auprès de ceux qui m’ont précédé. Ils m’ont parlé de Jésus et de ce qu’ils en connaissent. L’aveugle ne savait pas le nommer, mais il a appris que celui qui l’a guéri, c’est « l’homme qu’on appelle Jésus ». Notre foi vient d’une tradition que nous recevons des autres dans l’Église.

Ce cheminement se poursuit alors dans une recherche avec les autres chrétiens, même s’ils ont d’autres visions que nous. Pour l’aveugle, un dialogue s’engage avec les pharisiens : « Y a-t-il un lien entre ce Jésus et Dieu ? » Notre foi grandit quand nous essayons de comprendre : groupes bibliques par exemple, lectures spirituelles ou encore la réflexion de foi qu’aident parfois Internet et les médias.

Et vient alors ce moment où nous devenons capables de témoigner de notre foi. Dans l’Évangile, on voit naître des tensions fortes entre les pharisiens et l’aveugle, mais celui-ci ose à présent affirmer ce qu’il croit : « Jésus vient de Dieu » et ce qu’il a fait en lui a changé sa vie. C’est ici que nous quittons nos peurs de témoigner. Enfin, nous parlons directement à Dieu, comme nous le faisons dans la prière et avec de simples mots d’amour tout au long de notre journée. Voyez l’aveugle, il finit par rencontrer Jésus et lui dit : « Je crois, Seigneur ». Notre foi devient vraiment notre vie lorsque, par exemple, dans les sacrements, nous rencontrons le Christ ou lorsque nous savons lui dire que nous l’aimons.

Apprendre avec ce que d’autres nous transmettent, chercher avec les autres, témoigner et parler à Dieu : voilà les quatre étapes du cheminement qui nous est proposé en suivant l’aveugle.

La foi reçue à notre baptême passe évidemment par des hauts et des bas. Mais, dit l’Évangile, ne laissez pas la désolation vous gagner ! Ne restez pas à vous regarder vous-même ; regardez le Christ et côtoyez cet aveugle qui apprend à ouvrir plus grands les yeux de sa foi. Fortifiés par le Christ tout au long de ce Carême, la foi, en nous, ce sera : « plus qu’hier et bien moins que demain ! » Et vous, chères Sœurs, qui nous accueillez aujourd’hui, merci de nous en être un témoignage. Amen.

Références bibliques : 1 S 16, 1.6-7.10-13a ; Ps.22 ; Ep 5, 8-14 ; Jn 9, 1-41

Référence des chants : Liste des chants de la messe à Thiais 30 mars 2014