Nous sommes à Saint Paul de Vence connu comme "le village des artistes", à deux pas de la Fondation Maeght. En lisant l’Évangile, il est donc impossible de ne pas avoir devant les yeux les nombreuses représentations de la Nativité dans l’histoire de l’art : des plus simples paléo-chrétiennes, comme celles des catacombes de la Via Appia Antica, près de ma paroisse à Rome, aux plus riches représentations baroques dans les basiliques, en passant par les superbes œuvres médiévales ou de la Renaissance.

La Nativité, proprement dite, rassemble Marie, Joseph, et l’Enfant Jésus… le tableau en ces jours de fêtes s’est peu à peu développé. La misérable grotte qui ne rassemble que peu de personnages s’enrichit d’anges, de bergers, et enfin de mages… Tous en contemplation.

"Il y a un mystère", ne se lassait pas de répéter le Cardinal Jean Daniélou : "Il y a un contenu caché dans l’histoire… Le mystère est celui des œuvres de Dieu, qui constituent dans le temps la réalité authentique, cachée derrière les apparences…
Mais cette histoire que Dieu réalise pour l’homme, il ne la réalise pas sans lui. S’arrêter pour contempler les "grandes choses" de Dieu signifierait ne voir qu’un aspect des choses. Face à celles-ci se trouve la réponse des hommes." Ne nous arrêtons pas, ne restons pas figés dans la contemplation comme les personnages de nos tableaux mais perçons le mystère, cherchons ce "contenu caché".

Les bergers représentent qui est pauvre, sans instruction, faible, le malade cloué sur son lit d’hôpital, le prisonnier enfermé dans sa cellule, le rejeté, l’indigent, le réfugié qui humblement, discrètement, peut-être de façon misérable adore l’enfant-Dieu.
Les mages scrutaient les étoiles, ils sont riches, intelligents, éduqués, puissants, instruits ; c’est l’homme bardé de diplômes, sûr de sa science, de sa carrière. Il est ingénieur, médecin, architecte, ministre, journaliste, il construit le monde et le défait, et flamboyant il adore l’enfant-Dieu.
Riche ou pauvre, misérable ou flamboyant tous sont là en contemplation, pourquoi ? Parce ce que derrière l’apparence, l’homme a le même cœur, le même besoin, la même inquiétude. Il recherche le sens de sa vie, de ce monde qui l’entoure, de ses relations. Il ne se contente pas de ce qu’il a ou n’a pas, mais de ce qu’il est. Pourquoi ai-je été créé ? Qui est l’homme ? Y-a-t-il un Dieu ? Une vérité ?

Ces hommes et ces femmes figés dans nos tableaux ne veulent pas tout savoir ou tout avoir mais cherchent l’essentiel qu’il trouve dans l’enfant-Dieu.
Chacun d’entre nous est appelé à devenir un chercheur de Dieu, voici "la réponse des hommes" qu’appelait de ses vœux le cardinal Danielou.

Comme les bergers et les mages, je dois avoir l’humilité de reconnaître que je ne suis pas la réponse à mes questions : que ma liberté va bien au-delà de la maladie qui me paralyse ou des barres de ma cellule, que la vérité n’est pas celle qui s’accommode le mieux à mon mode de vie ou à la pensée dominante, que l’amour n’est pas un supplétif à mes besoins affectifs ou hormonaux et donc, il me faut du courage pour entreprendre cette recherche.

Pour les mages et les bergers, ce pèlerinage qui les conduits à Dieu est d’abord un cheminement intérieur que chacun d’entre nous doit entreprendre avec courage et humilité.

Et si nous avons trouvé la réponse, si nous sommes agenouillés devant Dieu qui s’est fait homme, alors devenons l’étoile qui conduit d’autres hommes au cœur inquiet, d’autres chercheurs de Dieu, qui ont besoin de l’indication qui les mènera à Lui. Soyons les astres qui brillent dans l’obscurité de notre temps, qui illuminent le chemin vers la vraie lumière, car, comme dans un tableau de Caravage, nos vies ne s’illuminent qu’en présence de l’enfant Dieu.

Reprenons à notre compte cette affirmation de la première lecture: "Debout, resplendis ! Elle est venue, ta lumière, et la gloire du Seigneur s’est levée sur toi". Amen.

Références bibliques : Is 60, 1-6 ; Ps. 71, 1-2, 7-8, 10-11, 12-13 ; Ep 3, 2-3a.5-6 ; Mt 2, 1-12

Référence des chants :