« Je veux mon héritage ! » Jaloux de son aîné, un homme fend la foule pour réclamer son dû. Le point de départ de notre évangile n’a rien de très spirituel ! D’un côté, l’argent coule à flots chez ceux qui fourmillent d’initiatives pour amasser des biens. De l’autre, un goût d’amertume désespère ceux qui restent au bord du chemin. Les uns accumulent, les autres se brûlent les ailes. Nous entendons souvent ce type de lamentation : « Il pleut toujours sur les mêmes, pourquoi nous ? » Dans le dialogue qui s’installe avec la foule, Jésus n’évacue pas cette interpellation. Simplement, pour lui, la vraie richesse se situe ailleurs que dans les coffres-forts de l’épargne et du profit.

Mais où donc la trouver ? L’histoire biblique nous révèle bien des tourments à travers les désirs jaloux que cachent les secrets de famille ! Le meurtre d’Abel par son frère Caïn, les querelles entre Jacob et Esaü pour obtenir le droit d’aînesse, le rejet de Joseph par ses frères : chaque génération vient illustrer la difficulté de partager. Le triste tableau des divisions ne laisse pas grande place à l’optimisme !

Et pourtant… Nous vivons tous des moments d’une richesse inexprimable tandis que le bonheur se fait sentir dans sa légèreté. Nous nous découvrons alors libres pour modeler la Création, libres pour avancer dans nos choix de vie. Adam chassé du paradis reçoit comme une mission le travail de la terre. À partir de cette expérience fondatrice, nous pouvons comprendre le sens de l’effort, de la production de richesses. Mais si ces initiatives ne mènent qu’à la confiscation des biens, si elles servent uniquement à flatter notre désir insensé de toute puissance, alors nous voyons qu’il n’a plus de mesure. Et quand tombe le couperet : « aujourd’hui on te redemande la vie ! », tout part à l’abîme !

Où donc se trouve la vraie richesse ? Peut-être faudrait-il la chercher dans le don du 7e jour, qui libère l’homme de tant de chaînes ! Quand nous pouvons enfin appuyer sur la touche « pause » de nos emplois du temps bien garnis, quand l’efficacité laisse place à la convivialité, nous savons où trouver le trésor précieux de la vie ! La dictature de la montre s’efface enfin au profit d’une respiration nouvelle. Nous explorons ainsi le sens du mot « vacance », comme un vide bienvenu qui nous permet d’habiter autrement le temps de l’homme et le temps de Dieu.

Malgré notre désir jaloux de posséder ce qu’a l’autre, par-delà même des espaces de repos et de paix, Jésus nous appelle à accueillir une autre forme de richesse « en vue de Dieu ». Pour saisir le sens profond de ses paroles, rappelons-nous que nous sommes bien les héritiers d’un testament qui n’a rien de matériel. Et notre héritage c’est le Christ ! « Vous êtes mort avec lui et vous êtes ressuscités avec lui », rappelle saint Paul. La richesse de la foi s’éclaire par un cadeau inespéré : la resurrection-du-seigneur et, par lui, notre propre résurrection. Dans le grand plongeon de la mort, les biens de la terre viennent alourdir notre chute sans fin. Avec l’espérance de Pâques, nous ne perdons pas pied, quand bien même nous toucherions le fond !

Le Christ écrit pour nous un Évangile qui n’exclut pas la création de richesses, mais qui invite au partage effectif des biens de la terre pour nous mener au Père. « En vue de Dieu » : faites donc un jour l’expérience de fixer la mer jusqu’à l’espace où se confondent le ciel et l’eau. La ligne d’horizon vous donnera une petite idée de nos vies qui font parfois tant de vagues, mais aussi de l’infini au-devant de nous. Voilà une belle image pour accueillir l’héritage de la foi qui vient enrichir nos vies et leur donner le goût de Dieu.

Références bibliques : Qo 1, 2 ; 2, 21-23 ; Ps 89 ; Col 3, 1-5.9-11 ; Lc 12, 13-21

Référence des chants : Liste des chants de la messe du 4 août 2013 à Port Leucate

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