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Chers frères et sœurs,

Ce qui frappe quand on écoute dans les Actes des Apôtres ce récit de la mise à mort du premier martyr, Étienne c’est sa similitude profonde avec la passion du Christ. Certes, Étienne n’est pas Jésus. Il est lapidé et non pas crucifié. Mais, comme Jésus, il est tué en dehors de la ville. Et surtout, on retrouve chez le disciple l’attitude profonde du Maître. Il remet à Dieu son esprit : « Seigneur Jésus, reçois mon esprit » et il pardonne à ses bourreaux : « Seigneur, ne leur compte pas ce péché.»

Ainsi, Étienne reproduit dans sa vie et dans sa mort quelque chose des traits de Jésus. Il en actualise le visage. Dans son combat et son témoignage, il signifie la présence de celui qui a dit à ses disciples : « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. » (Mt 28, 20) Étienne vient nous rappeler que tout chrétien doit donner à voir quelque chose du visage du Christ, doit traduire dans sa vie quelques-uns des sentiments du Seigneur lui-même. Saint Paul ne demande-t-il pas aux chrétiens de Philippes d’avoir entre eux « les dispositions que l’on doit avoir dans le Christ Jésus » (Phil. 2, 5), les invitant non seulement à suivre le Christ, mais à vivre avec lui – et mieux encore – en lui ?

Alors, posons-nous cette question : à travers notre vie, qu’avons-nous à donner à voir du Seigneur Jésus ? Je crois fondamentalement deux choses : sa passion pour le Père et sa passion pour tous les hommes.

Tout l’Évangile est traversé par la passion de Jésus pour son Père. Il est le Fils qui reçoit tout du Père, qui vit dans son intimité, qui met sa joie en lui et qui invite ses disciples à entrer dans sa propre communion d’amour avec le Père. Nous l’avons d’ailleurs entendu dans l’Évangile d’aujourd’hui : « Que tous, ils soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu’ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m’as envoyé. » (Jn 17, 21) Et on comprend que Jésus rappelle tout naturellement que le premier commandement est : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit » (Mt 22, 37). Tout disciple de Jésus doit être habité par cet amour du Père, par cette recherche de la communion avec Dieu qui faisait dire à saint Augustin : « Tu nous as fait pour toi, Seigneur et notre cœur est sans repos tant qu’il ne repose en toi. »

Mais les disciples du Christ doivent aussi témoigner de la passion de Jésus pour tous les hommes, de cette tendresse du Seigneur pour les enfants, les hommes, les femmes, les pauvres, les étrangers, les malades, les pécheurs et les exclus. Chaque être humain est unique, a du prix aux yeux de Dieu. Chacun doit être aimé, doit pouvoir avoir les moyens de vivre, de se nourrir, de se soigner, de travailler, d’être respecté dans sa dignité. On ne saurait réduire les êtres humains à des chiffres, des quotas, des statistiques. Dans un monde où la recherche de rentabilité financière rapide risque souvent de dicter les décisions et les stratégies économiques, il est important de rappeler qu’une société humaine ne peut survivre que si elle ne sacrifie pas les hommes. De nos jours, la difficulté d’un certain nombre de jeunes à trouver du travail est préoccupante. Comment pourront-ils entendre demain l’appel à la solidarité pour les retraites de la part d’une société qui semble aujourd’hui les exclure ? Oui, ce combat pour l’homme, si cher à l’Action catholique ouvrière, fait vraiment partie de cette passion du Christ pour la vie de l’homme. Le pape Benoît XVI l’a rappelé récemment dans sa dernière encyclique sur « L’amour dans la vérité », en appelant à un développement humain intégral.

Frères et sœurs, devant cet appel à être habités par cette passion du Père et cette passion de l’homme, peut-être sentons-nous notre fragilité, nos limites, nos résistances ? À certains jours, nous réalisons que nous portons ce trésor dans des vases d’argile. Tout cela peut paraître au- delà de nos forces. Et ça l’est, de fait, si nous ne comptons que sur nous. Heureusement que nous ne sommes pas seuls, mais que le Seigneur vient à nous et nous promet l’aide de son Esprit. Dans l’Apocalypse, il nous déclare : « Oui, je viens sans tarder ». Puissions-nous lui dire, nous aussi, confiants et joyeux : « Amen ! Viens, Seigneur Jésus ! ».

Références bibliques : Ac 7, 55-60; Ps. 96; Ap 22, 12-14.16-20; Jn 17, 20-26

Référence des chants :