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Ceux des téléspectateurs qui étaient déjà à l’écoute du Jour du Seigneur avant cette messe ont pu voir un magazine intitulé : "Deviens ce que tu es." Des garçons et des filles entre quinze et dix-huit ans y ont discuté sur leur vocation, vocation de chrétiens, mais aussi vocations d’hommes et de femmes destinés à s’insérer bientôt dans la société des adultes. Ils ont estimé que chacun a une vocation personnelle, une vocation à laquelle on devrait essayer de répondre pour devenir pleinement soi-même.

Nous le savons bien, beaucoup de gens sont inquiets et affronté au non-sens du chômage et même de l’exclusion. Et cependant des jeunes chrétiens ont osé dire : "Ce que Dieu veut, c’est rendre les gens heureux, alors nous aussi nous pouvons être heureux et partager avec d’autres ce qui nous rend heureux. Il faut aimer ce que l’on fait, comme un musicien qui devient un véritable artiste trouve son bonheur dans sa musique et du même coup il rend heureux ceux qui l’écoutent."

Le journaliste animateur de la rencontre leur a proposé d’écouter un extrait d’un chanteur connu. Il exprimait sa déception : "J’aurais voulu être un artiste et j’ai seulement fait de l’argent". Comme cet homme désabusé, les jeunes ont reconnu que l’argent peut contenir un piège, ils savaient tous qu’il faut faire face à la difficulté de vivre, et qu’aller jusqu’au bout d’une vocation d’homme ne demande pas seulement de l’enthousiasme : un de leurs éducateurs, un religieux plus âgé qu’eux, en répondant à leurs questions sur sa propre vocation, leur a dit : "J’ai réfléchi, j’ai pris du temps, j’ai mûri, et je me suis accroché."

Frères et Soeurs, pourquoi est-ce que je vous rapporte ces réflexions d’adolescents ? Parce qu’elles me semblent en consonance avec la page d’évangile que nous venons d’entendre. La parabole du grain semé en terre pour qu’il devienne une belle moisson, et celle de la minuscule graine qui devient un grand arbre contiennent des appels à la confiance en Dieu, à la foi, à la patience, à l’espérance. Devant la graine nue, le semeur peut dire aussi : "Deviens ce que tu es !" ou si vous voulez : "Deviens ce pour quoi tu as vocation, deviens l’épi gonflé de blé ou la plante aux grandes branches, mais aussi, jeune homme, jeune fille, deviens ce que tu es dans le rêve de Dieu sur toi, deviens fils de Dieu, deviens disciple du Christ, deviens toi aussi artisan de bonheur, de justice et de paix." Les béatitudes de Jésus ne peuvent-elles se traduire : "Soyez heureux vous qui partagez votre pauvreté, soyez heureux vous qui luttez pour la justice et la paix, soyez heureux vous qui annoncez la bonne nouvelle que tous les hommes sont frères."

Soyez heureux ! Cependant le bonheur demande pour être vrai et durable du temps, de la patience, de l’effort. C’est vrai de tout bonheur humain, c’est vrai de toute réponse aux appels du Christ. Il y faut l’endurance propre aux lentes germinations. En définitive il s’agit toujours d’aimer en acte et en vérité et Saint Paul dit : l’amour est patient, l’amour excuse tout, croit tout, espère tout, supporte tout.

Nous voici ce matin avec un groupe d’enfant invités à fêter leur rencontre du Christ. Jésus ne disait-il pas : "Laissez les enfants venir à moi." Ces enfants sont comme le blé qui n’est pas tout à fait mûr pour la moisson et qui a encore besoin du semeur. Dans les paraboles, le semeur représente le Christ lui-même. Mais il n’a pas agi seul : il s’est entouré de disciples qui ont partagé sa tâche. Devant un enfant qui accède à la foi, il serait vain de se demander qui a le rôle principal : Dieu ou ses parents, ses catéchistes, ses éducateurs, ou même tel ou tel de ses copains. Un film ancien était intitulé : "Dieu a besoin des hommes" et c’est vrai. Nos enfants ont besoin des adultes et aussi besoin de témoins de leur âge pour découvrir et laisser mûrir leur vocation d’enfant de Dieu. On ne devient jamais chrétien tout seul.

On se préoccupe beaucoup de la catéchèse des enfants dans les diocèses, les paroisses, les écoles et c’est tant mieux. les enfants ont besoin de leurs parents, et aussi de prêtres, d’éducateurs, de catéchistes, d’animateurs, non seulement de bonne volonté, mais formés et compétents et cela demande un vrai travail et du temps donné largement. La tache n’est pas facile mais l’enjeu est d’importance. Si nous voulons que le grain semé en cette terre fragile de l’enfance s’épanouisse un beau matin chargé d’espérance et de bonheur partagé, il faut prendre au sérieux les semailles.

Tous les enfants qui sont ici ce matin sont un vivant signe d’espérance. Et nous pouvons nous réjouir en nous souvenant aussi qu’autour de nous, tous ceux que nous croisons, les jeunes et les moins jeunes, ont besoin de témoins prêts à partager du bonheur, en définitive, de témoins de l’amour. La devise de nos adolescents : " Deviens ce que tu es", cela pourrait peut-être se traduire pour chacun de nous : "Apprends à aimer car tu es fait pour aimer."

Références bibliques :

Référence des chants :