Par Julia Itel – Publié le 11/05/2023

Ambroise de Milan est l’un des Docteurs de l’Église les plus importants du christianisme. Né dans la première moitié du IVe siècle, il a contribué significativement à l’éveil théologique et littéraire de l’Occident latin à une époque où la partie occidentale et celle orientale de l’Empire romain deviennent deux aires culturelles distinctes. 

Qui est Ambroise de Milan ?

Jeunesse

Ambroise naît à Trèves, dans le nord de la Gaule, vers 339 au sein d’une famille patricienne de trois enfants. Son père y a été envoyé par l’empereur Constantin en tant qu’administrateur de la préfecture des Gaules, qui comprennent la France, l’Espagne, le Portugal et la Bretagne. 

Ambroise grandit dans une famille chrétienne et pieuse qui compte parmi ses ancêtres la martyre Soteris, morte sous Dioclétien. Sa sœur Marcellina choisit, à peine âgée d’une vingtaine d’années, de consacrer sa virginité à Dieu en 353. Autour d’elle se formera une petite communauté de vierges. Ambroise, quant à lui, n’est baptisé que plus tard, en 374, comme c'était souvent le cas à l’époque où l’on attendait d’atteindre l’âge de raison pour embrasser la foi chrétienne. 

À la mort (prématurée) du père, la famille rentre à Rome. Ambroise reçoit une éducation classique, typique d’un jeune homme de bonne famille. Il est d’abord formé par un pédagogue, puis par un grammairien qui le familiarise aux œuvres de Virgile, Sénèque, Homère, Cicéron et Platon, et enfin par un rhéteur. 


Carrière administrative

Après sa formation classique terminée, Ambroise s’oriente vers des études de droit et devient avocat. Vers 370, le préfet Probus auprès duquel il travaille le nomme consularis, c'est-à-dire gouverneur de la province d’Émilie-Ligurie dont le siège est à Milan. En le désignant ainsi, Probus aurait dit à Ambroise : « Va et comporte-toi non comme un juge mais comme un évêque. » Sans doute la phrase est-elle prophétique car c'est bien ce qui l’attend à Milan…


Ambroise, évêque de Milan

Élection

Ambroise devient donc gouverneur de Milan de 370 à 374. Son poste lui permet de se rapprocher du peuple et de ses préoccupations, ce qui lui confère une certaine notoriété. Mais un événement inattendu va changer le cours de sa vie.

En 374, l’évêque de Milan, nommé Auxence, meurt. Opposé au credo de Nicée, Auxence est arien et a été jugé par le pape Damase Ier comme hérétique en 372. Sa succession n’est donc pas simple car des tensions s’érigent entre les pro-ariens, soutenus par le clergé local, et les orthodoxes, appuyés par les évêques alentours. Pour apaiser les discordes et garantir l’ordre public, comme l’implique sa fonction de gouverneur, Ambroise s’adresse un jour à l’assemblée réunie à l’église. C'est alors que, d’après la tradition, un enfant s’écrie soudain « Ambroise évêque ! », ce qui est vite repris par la foule qui acclame Ambroise.

Découvrez quelles sont les origines de l’arianisme

D’abord réticent à endosser le rôle d’évêque, Ambroise est contraint d’accepter sous la pression de l’empereur Valentinien. Encore catéchumène, il est ainsi baptisé puis ordonné évêque huit jours plus tard. Ses premières actions en tant qu’évêque sont de distribuer ses biens aux pauvres et à l’Église, puis de se mettre à l’étude des Écritures, des grands théologiens et exégètes grecs, comme Origène


L’Église avant tout

Ambroise est connu pour avoir combattu les doctrines hérétiques et pour s’être positionné comme un protecteur du peuple contre les abus et la violence des souverains qui, selon Ambroise, doivent se plier au pouvoir spirituel de l’Église. 

Plusieurs anecdotes permettent de comprendre l’influence de l’évêque de Milan. Contre les hérésies, Ambroise a réussi à convaincre l’empereur Gratien d’étouffer l’arianisme. Ce Le souverain, fervent défenseur de l’orthodoxie, a donc promulgué en 380 l’édit de Thessalonique, établissant le christianisme nicéen comme la seule forme de christianisme autorisée, et en 383 une loi contre l’apostasie. 

Ambroise n’hésite pas non plus à s’insurger contre Justine, la mère de l’empereur Valentinien II, qui souhaite récupérer la basilique porcienne pour en faire un lieu de culte arien (elle-même étant arienne). L’évêque refuse et encourage les fidèles à occuper la basilique pour empêcher les autorités impériales de la saisir.

Il ose même refuser à l’empereur Théodose, à l’origine du massacre de milliers de personnes à Thessalonique, les sacrements et l’oblige à faire pénitence. 


Saint Ambroise, Père et Docteur de l’Église

Ambroise le théologien

Ambroise découvre donc les Écritures et les écrits des théologiens lors de son ordination épiscopale. Il est l’auteur de nombreuses œuvres exégétiques et doctrinales ce qui lui permet de développer un triple sens des Écritures, à la fois littéral, moral et allégorique. Comme Jérôme, son exégèse (allégorique) est fortement influencée par Origène comme en témoigne son Commentaire sur l’Évangile de saint Luc ; son Hexameron, qui célèbre la beauté de la création, est quant à lui marqué par une exégèse plus littérale.

Ambroise a également écrit un certain nombre d’ouvrages doctrinaux comme ses traités destinés aux femmes chrétiennes Sur les vierges (écrit pour sa sœur Marcelline) et Sur les veuves, ainsi que celui destiné au clergé Sur les devoirs des ministres, ou bien ceux rédigés pour achever la formation théologique de l’empereur Gratien, Sur la foi, Sur l’Esprit Saint et Sur l’Incarnation.

Enfin, De mysteriis et De sacramentis sont deux traités catéchétiques destinés aux catéchumènes et aux nouveaux baptisés sur les sacrements de l’initiation chrétienne, évoquant l’aspect symbolique de ces rites et de l’Écriture. 


Pasteur et prédicateur

Mais Ambroise est avant tout un pasteur ayant le souci de christianiser sa communauté. Pour cela, il rédige de nombreux sermons qui révèlent les multiples dimensions de son orientation théologique : pastorale, sociale, politique et spirituelle. Dans ses homélies, par exemple, il s’inspire des personnages de l’Ancien Testament pour répondre aux questions sensibles de son temps comme les hérésies ou les vices à combattre. Ce sont d’ailleurs ces mêmes homélies qui ont incité saint Augustin à se convertir au christianisme.

Voir « Augustin, le choix du baptême »

Ambroise a également rédigé plusieurs méditations sur la mort, comme l’oraison funèbre pour son frère Satyrus dans laquelle il laisse son chagrin pleinement s’exprimer, et les deux traités La mort est un bienfait et Vie bienheureuse.

Sensible à la condition des moins fortunés, il plaide enfin leur cause et défend la juste répartition des biens dans Histoire de Naboth, qui fait bien entendu référence au passage sur la vigne de Naboth dans le Livre des Rois (21) : « La terre a été établie pour l’usage commun de tous, riches et pauvres ; pourquoi, vous les riches, vous attribuez-vous un droit personnel sur le sol ? La nature ne connaît pas les riches, elle qui nous met tous au monde pauvres. »


Fondateur de l’hymnologie liturgique

Ambroise de Milan est surtout connu pour avoir fondé l’hymnologie liturgique en Occident. Il compose des hymnes qu’il ajoute au chant alterné des psaumes, ce qu’il emprunte à la tradition grecque. Ses hymnes sont, dans leur forme, relativement simples ce qui permet aux fidèles de les mémoriser plus facilement. Toutefois, leur contenu est riche et mélange des prières, des actions de grâce et des éléments dogmatiques de l’Église. 

Qu’est-ce qu’un chant liturgique ? Réponse ici

Voici quelques exemples d’hymnes écrits par saint Ambroise : 
« Aeterne rerum conditor » (« Éternel créateur du monde ») est une prière chantée à l’office des Matines

Éternel créateur du monde, 
toi qui gouvernes les nuits et les jours 
fais succéder les temps aux temps 
pour alléger la lassitude 

Le hérault du jour déjà sonne 
le veilleur de la nuit profonde, 
clarté nocturne aux voyageurs, 
séparant la nuit de la nuit. 

Par lui réveillé, Astre porteur de lumière 
Délivre le ciel des ténèbres, 
par lui tout le chœur des rôdeurs 
abandonne les voies du mal. 

Par lui le marin reprend force 
et la houle des flots s’apaise ; 
La Pierre même de l’Église 
à son chant a lavé sa faute. 

Levons-nous donc avec courage ; 
le coq éveille ceux qui gisent, 
invective les somnolents ; 
le coq confond les renégats 

Au chant du coq, l’espoir renaît, 
la santé revient aux malades, 
l’arme du bandit se rengaine, 
la foi s’en retourne aux pécheurs. 

Jésus, regarde qui chancelle 
et par ta vue corrige-nous 
sous ton regard, nos faux pas cessent, 
nos pleurs effacent notre faute. 

Reprends ton éclat dans nos âmes, 
dissipe le sommeil du cœur ; 
pour toi d’abord, que nos voix sonnent : 
acquittons nos vœux envers toi. 

« J’ai un chant magique à la Sainte Trinité »

« J'ai un chant magique plus puissant que nul autre. Y-a-t-il quelque chose de plus fort que la profession de foi en la Sainte Trinité entonnée chaque jour par la voix de tout un peuple ? Tous à l'envi s'animent pour confesser leur croyance. Car tous ont appris à célébrer dans la langue des vers : le Père, le Fils et le Saint Esprit. En vérité, c'est à peine s'ils croyaient pouvoir apprendre, et voici que tous mes élèves sont déjà passés maîtres. Amen. » 


Décès

Ambroise meurt le 4 avril 397. Il est fêté le 7 décembre, le jour de la translation de ses reliques. À la fin du XIIIe siècle, le pape Boniface VIII le proclame Docteur de l’Église, en même temps qu’Augustin, Jérôme et Grégoire. 

L'influence de saint Ambroise est encore très présente dans le diocèse de Milan, notamment du point de vue de la liturgie puisque c'est le rite ambrosien (distinct de celui romain) qui y est toujours en vigueur. 


Saint Ambroise dans l'art

Une mosaïque située dans la basilique Saint-Ambroise de Milan restitue un portrait de ce Père de l'Église latin tel qu'il aurait vraiment été. On peut y voir un homme assez petit, presque chétif, mais dont la tête penchée sur le côté nous questionne et invite à la réflexion et à la méditation. Son expression de visage engage traduit l'autorité naturelle dont Ambroise de Milan devait jouir. 

D'autre part, l'iconographie de saint Ambroise place régulièrement à ses côtés un essaim d'abeilles. Cela renvoie à une légende entourant son enfance : on raconte qu'un jour, alors que le jeune Ambroise était assoupi, un essaim d'abeilles se posa sur sa figure. Celles-ci entraient et sortaient de sa bouche puis, après y avoir laissé un peu de miel, s'envolèrent et partirent. Le père d'Ambroise, ayant assisté au spectacle, aurait ainsi dit : "Si ce petit enfant vit, ce sera quelque chose de grand". Cette légende aurait ainsi pu expliquer l'éloquence naturelle qu'Ambroise détenait. C'est pour cela qu'il est considéré saint patron des abeilles et des apiculteurs.