Adresse
Place de l'Église, 38380 Saint-Pierre-de-Chartreuse Isère, Auvergne-Rhône-Alpes, France
L’église Saint-Hugues-de-Chartreuse n’a pas de communauté mais elle accueille les 111 œuvres d’un seul et même artiste, Arcabas. Le peintre, né Jean-Marie Pirot en Lorraine en 1926 et décédé non loin de l’église en 2018, était diplômé des Beaux-Arts de Paris. Plus de 6000 œuvres sont déclarées en son nom. Parmi les plus connues on peut évoquer les Pèlerins d’Emmaüs ou la série de onze tableaux sur l’Enfance du Christ. Il adopte le nom d’Arcabas dans les années 1970, marquant un moment charnière dans son œuvre.
Rapport de confiance
Jeune peintre, il est impressionné par l’Église Notre-Dame-de-toute-Grâce à Passy Mont-Blanc (Haute-Savoie). Ce haut-lieu de l’architecture religieuse et de l’art sacré du XXe siècle accueille des tableaux de Henri Matisse, Marc Chagall, Pierre Bonnard…, ainsi que des sculptures de Germaine Richier. À son tour, Jean-Marie Pirot sillonne la région afin de trouver un lieu dans lequel il pourrait s’exprimer. « Il obtient la confiance du prêtre de Saint-Hugues. Il va tout décorer : des dalles aux vitraux, en passant par les sculptures… en plusieurs phases, raconte François Gauthier, membre de l’Association des Amis de l’œuvre d’Arcabas. Le curé Raymond Truffot, séduit par l’homme et son travail, convainc le maire de lui confier l’édifice. Dans un rapport de confiance, l’artiste accepte de travailler gratuitement pour exprimer son art dans ce lieu. »
À hauteur d’homme
Jean-Marie Pirot intervient dans l’église en trois phases principales : « D’abord dans les années 1950, il peint de grandes œuvres sur toile de jute qui ceinturent l’église et réalise les vitraux, décrit François Gauthier. Dans les années 1970, il complète sa création avec des œuvres plus abstraites, le couronnement, inspiré du psaume 150. Et enfin, dans les années 1980, il ajoute 56 toiles -une prédelle - plus figurative, située à hauteur d’homme. Elle illustre un choix de textes des évangiles. »
Devenu en 2018 musée Arcabas, l’église Saint-Hugues-de-chartreuse abrite ainsi 111 œuvres. En hommage à ce peintre important pour le renouveau de l’art sacré, la messe du 28 juin célèbrera les artistes. « Avec l’association des Amis d’Arcabas, nous avons créé une messe aux artistes fixée le 4e dimanche du mois de juin de chaque année, souligne François Gauthier. Elle vise à rappeler le rôle des artistes et des créateurs de tous domaines (peinture, sculpture, littérature, poésie, musique …) au service de la beauté, par une louange à Dieu. C’est aussi la démarche d’Arcabas. »
Messe aux artistes
Pour cette 5e messe aux artistes et année anniversaire de la naissance d’Arcabas, elle sera plus particulièrement tournée vers le travail du peintre. « Tout au long de la messe télévisée, ses œuvres se dévoileront au public » La messe sera présidée par l’Évêque de Grenoble, Monseigneur Eychenne. À cette occasion, les proches, la famille d’Arcabas, les membres de l’association des Amis d’Arcabas, des artistes et des fidèles de toute la région feront le déplacement.
En 2026, le centenaire de sa naissance offre l’occasion de découvrir ou de redécouvrir l’œuvre d’Arcabas. Des événements vont permettre au public d’apprécier des pièces inédites venant de collections privées, un colloque sur sa peinture se tiendra début octobre au musée de Grenoble. « Ce sera une belle dynamique pour la mise en valeur et la conservation de son œuvre ».
Le succès d’Arcabas
Qu’est-ce qui fait le succès d’Arcabas ? Pour François Gauthier, il faut dire que c’est un artiste entier et généreux qui a toujours souhaité s’inventer et se réinventer. « Son art touche les gens. Ce grand coloriste a présenté des scènes des évangiles en les rapprochant de notre quotidien. Sa peinture est l’évocation de notre temps, de tous les temps, ainsi, elle place la Parole au centre de nos vies. »
Parmi ses autres grandes œuvres, citons l’Hommage à Bernanos qui se trouve au Couvent des Jacobins à Toulouse, Le cycle des pèlerins d’Emmaüs dans la Chapelle de la Résurrection à Bergame (Italie) ou l’Enfance du Christ au Palais archiépiscopal de Bruxelles-Malines (Belgique). Souvent reproduite dans tous types de publications catholiques, la peinture d’Arcabas est devenue familière au public, identifiable, presque iconique à l’instar de la Trinité d’Andreï Roublev, sans qu’elle lui soit toujours attribuée.
Laure Salamon
