Peintre et créateur de tapisseries, dom Robert (1907-1997) était moine bénédictin. Depuis l’abbaye d’En Calcat où il a passé l’essentiel de sa vie religieuse, il a rayonné par son art. Sophie Guérin-Gasc, docteur en histoire de l’art et responsable des collections au musée dom Robert et de la tapisserie du XXe siècle, revient sur l’itinéraire artistique et personnel de l’artiste-moine.


Avant d’être moine, qui était dom Robert ?

Sophie Guérin-Gasc. — Guy de Chaunac-Lanzac est né en 1907, dans un milieu aristocratique où la pratique du dessin et le fait d’avoir toujours à portée de main un carnet de croquis étaient habituels. Son père lui a appris très jeune les rudiments du dessin. Guy aimait notamment croquer les chevaux sur le vif. Après une éducation chez les jésuites de Poitiers dont il a beaucoup souffert, le jeune homme a voulu faire les Beaux-Arts à Paris, mais son père le contraint à intégrer l’école des Arts décoratifs.
Dans le Paris des Années folles, le jeune dandy, en quête d’identité, rencontre Jacques Maritain grâce à Jean Cocteau. Cela se sait peu mais le philosophe et le poète et cinéaste français étaient amis. Guy intègre ainsi le cercle d’artistes, d’intellectuels et de théologiens qui gravitent autour de Jacques et Raïssa Maritain à Meudon.
En 1931, le jeune Guy assiste à l’entrée en religion de Jacqueline Rivière, dix-huit ans, la nièce d’Alain-Fournier, l’auteur du Grand Meaulnes. La prise d’habit a lieu à l’abbaye Sainte-Scholastique de Dourgne, jumelle d’En Calcat. Là, le jeune homme a un coup de foudre pour le paysage et la lumière contrastée et pure du Tarn et de la Montagne Noire. Ayant retrouvé la foi, il va demander peu de temps après à entrer comme novice à En Calcat.

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Qu’est-ce qui distingue l’œuvre de dom Robert ?

Dom Robert s’inscrit dans la grande tradition de la « tapisserie aux mille-fleurs », en vogue aux XVe et XVIe siècles en France et caractérisé par un fond fait d’une multitude de petites plantes et fleurs. La dame à la licorne en est l’exemple le plus connu.
Quel que soit le public qui se trouve face à elles, enfants ou créateurs d’art contemporain, les compositions de dom Robert provoquent à chaque fois l’émerveillement. Son style atypique, sa façon émerveillée de contempler la nature, d’y faire apparaître des animaux, de ne pas respecter les échelles sont porteurs de joie. Et son travail traverse le temps.
Ce qui est très étonnant dans l’œuvre de dom Robert, ce sont ses animaux. Il y a très souvent un animal qui vous regarde, qui se retourne vers vous. L’artiste nous interpelle à travers eux, veut nous dire que nous faisons partie de la même Création.

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Propos recueillis par Augustin Chenevier
Crédit photo : Plein champ, tapisserie de dom Robert (1907-1997), 1970, tissage atelier Goubely-La Beauze, Aubusson, 2003.

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#230 juin-juillet 2022
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