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Nous voici en train de célébrer Noël dans l’un des quartiers les plus sinistrés de la ville après l’explosion de l’usine AZF le 21 septembre.
 À ceux qui s’associent à cette messe devant leur poste de télévision, je dis : ne vous attendez pas à de grands déploiements esthétiques. On vous l’a dit, l’église où se rassemblent habituellement les fidèles de cette paroisse a subi le même sort que la plupart de leurs maisons. L’architecte vous a averti, Père : " cette église, c’est pour dans deux heures ou dans deux mois, mais de toutes façons elle va s’écrouler ! La voûte est fendue. "
 À vous qui habitez ce quartier je dis ma joie de vous voir ici ce matin, résolus à fêter la naissance du Christ avec les moyens qui vous restent plutôt que recroquevillés dans vos malheurs

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La question que l’on se pose aujourd’hui dans cette ville blessée est celle-ci : " qu’est-ce que Noël va bien pouvoir changer dans nos vies ? " Dans la vie de ce père de famille dont les tympans sont crevés ? Pour cette femme âgée dont l’appartement est dévasté et qui après deux mois continue de se sentir " toute perdue ". Pour cette jeune fille traumatisée qu’un secouriste bénévole âgé de 75 ans a mis trois jours à convaincre qu’elle pouvait sortir de chez elle et qui l’a progressivement amenée à dépasser son hébétude : son histoire a fait le tour de la ville !
 Qu’est-ce que Noël peut bien apporter qui soit plus qu’un peu d’euphorie sans lendemain ?

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Je ne voudrais pas répondre trop vite à cette question, par crainte de paraître oublier l’amertume des plus touchés, les rancoeurs, toutes sortes de révoltes, … ni les problèmes immédiats. Je voudrais que personne ne puisse me dire : " je n’ai pas le coeur à écouter votre discours d’espérance, j’ai trop à faire avec ma toiture et mes fenêtres à réparer, avec ma détresse. "
 Il est bien certain que la priorité, pour moi comme pour les autres, c’est d’écouter ceux qui souffrent et faire tout le possible pour les soutenir.
 Cependant je ne peux pas différer l’annonce de la merveilleuse nouvelle que l’Église accueille à chaque fête de Noël, depuis vingt siècles… et maintenant un peu plus. Un beau matin le monde s’est réveillé avec un nouveau-né dont l’existence allait marquer à jamais l’histoire humaine. Un nouveau-né en qui l’on pourrait reconnaître le rayonnement de la splendeur de Dieu et qui ne serait autre que le Fils de Dieu lui-même en notre humanité. Un nouveau-né dont le nom, mystérieusement révélé – Jésus – signifie " Dieu sauve ".
 Naissance à première vue ordinaire, début d’une existence soumise aux aléas de l’histoire, et qui aurait dû passer inaperçue… On allait découvrir jour après jour qu’elle était unique et d’une portée inouïe. Naissance qui a pris la dimension d’un événement par rapport auquel il y eut vraiment " un avant " et " un après ". Jamais rien ne serait plus comme avant.

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Ce que la naissance de Jésus peut changer dans nos vies ?
 Elle nous persuade que les dégâts humains d’une explosion – pas plus que les horreurs de toutes les guerres, même la mort – ne sont le dernier mot de Dieu sur l’homme : le Fils de Dieu est venu en notre chair pour nous sauver ; elle nous apprend, cette naissance, que tous les gestes de solidarité dont nous avons été, dont nous sommes encore les témoins s’inscrivent dans la mémoire de Dieu où ils brilleront pour l’éternité. Et Dieu sait qu’ils furent nombreux, depuis le dévouement des sauveteurs jusqu’aux visites que font aux petits toulousains sinistrés les enfants de plusieurs villes ou villages éloignés ; elle nous assure, cette naissance, que l’existence humaine mérite d’être vécue, puisque Dieu lui-même est venu la partager, mettant sa vie dans la nôtre pour nous faire partager la sienne.

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Frères et soeurs chrétiens qui êtes de partout et vous qui êtes d’ici, je vous invite à donner ce témoignage : les malheurs et les incertitudes de ce temps ne nous détournent pas de fêter la naissance du Christ Jésus. Nous y trouvons un puissant courage de vivre. Et j’ose l’affirmer, la joie. Même si c’est à travers des larmes, Noël est source d’une joie que tous les malheurs du monde ne pourront jamais éteindre.

Références bibliques :

Référence des chants :