L’éloquence du geste
Qui de nous ne souhaiterait pas avoir une vie savoureuse et lumineuse ?
Dans nos rêves les plus fous se dessinent, j’imagine, le désir d’éclats et de frissons pour jalonner une existence qu’on ne veut ni monotone ni insipide.
Après le discours des Béatitudes, Jésus précise ce qui doit donner du goût et de la clarté à la vie.
Avec la foi, les chrétiens reçoivent en eux un bien précieux. Elle doit révéler la saveur de ce qu’on vit. Elle vient éclairer le chemin que l’on parcourt. Elle donne de la luminosité pour avancer dans la brume que forment en nous la maladie, le désespoir ou le doute.
Le poids des ans et parfois les soucis de santé pèsent sur les épaules et conduisent à un certain isolement. Combien nécessaire se révèle alors le besoin d’une parole et d’une présence qui permettent de garder espérance et foi.
Dans son récent message pour la journée du malade, le Pape Léon XIV met cela en exergue : « Nous vivons immergés dans une culture de l’instantanéité, de l’immédiateté, de la précipitation, mais aussi du rejet et de l’indifférence qui nous empêche de nous approcher et de nous arrêter en chemin pour regarder les besoins et les souffrances autour de nous ».
Au sein de nos familles, de nos communautés, et plus encore dans les EHPAD, maisons de retraite et hôpitaux, on mesure bien l’importance du geste gratuit et délicat, du mot affectueux qui vient calmer une angoisse et apaiser une douleur. A côté des familles, les soignants jouent un rôle essentiel qui doit être sauvegardé et respecté.
Le message de Lourdes et l’expérience du pèlerinage en ce sanctuaire marial, en particulier par les personnes les plus fragiles, appellent à une prise de conscience. La foi que nous proclamons s’exprime dans des gestes concrets afin qu’elle éclate à la vue de tous :
« Que votre lumière brille devant les hommes : alors en voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux » (Mt 5, 16).
Je me souviens d’une expérience unique un 15 août lors du Pèlerinage National. Une alerte à la bombe avait conduit à vider entièrement le sanctuaire. Les pèlerins étaient retenus dans les rues et bâtiments adjacents. Dans l’impossibilité de gagner la grotte pour le chapelet et la prière pour la France, j’ai rejoint les centaines de personnes malades et les hospitaliers en cet accueil Saint-Frai et nous avons prié ensemble. Le grand hall avec son puit de lumière a constitué un magnifique lieu de communion. Les chants montaient du bas grâce à l’animation de la route chantante. Puis de chaque balcon, les voix entonnaient chants et prière du chapelet.
Pareillement, nos regards se tournaient vers le haut car la lumière venait du ciel dont nous percevions l’éclat à travers le toit de verre.
Belle symbolique de voir en ce lieu réunis tant de jeunes en pleine forme et dynamiques à côté des personnes malades et âgées qui portaient le poids de leur souffrance et de leur angoisse. Tout devenait plus léger. La joie d’une prière commune et d’une foi partagée donnait du baume au cœur pour ne pas voir seulement le danger d’une bombe faussement annoncée mais pour ressentir réellement un apaisement.
En cet accueil Saint-Frai comme dans tout le sanctuaire marial, se manifeste la cohérence entre la foi et la charité qui l’exprime bien concrètement. Les hospitaliers à l’égal du bon samaritain sont confrontés aux besoins de personnes malades qu’ils n’ont pas choisies. Ils les reçoivent comme leurs prochains. Il ne s’agit pas toujours de faire des gestes extraordinaires mais de donner du sens à tous les gestes ordinaires. Et cela aide à la conversion des cœurs. En effet, « l’amour n’est pas passif, il va à la rencontre de l’autre ; être prochain ne dépend pas de la proximité physique ou sociale, mais de la décision d’aimer » (Pape Léon XIV, Message pour la journée du malade). Et nous savons que décider d’aimer n’est pas toujours spontané !
A Lourdes l’amour passe par la compassion, la prise en considération de la souffrance.
« Si tu combles les désirs du malheureux, ta lumière se lèvera dans les ténèbres » (Is 58, 10)
C’est la leçon la plus éloquente que nous entendons et qui doit résonner aujourd’hui afin de changer notre regard grâce à la lumière de Dieu. Gardons le goût de la vie, respectons-la à chacune de ses étapes et ne cessons de laisser Dieu illuminer nos relations par notre charité et notre compassion.