Mes amis,
Je vais commencer cette homélie par une grande confession… théologique. Il y a quelques jours, je méditais très sérieusement les lectures de ce dimanche.
Ambiance recueillie, Bible ouverte, esprit profond… presque l’auréole qui se dessinait doucement.
Et puis — soyons honnêtes — j’avais aussi préparé un petit plat. Un bon plat mijoté. Parce que la vie spirituelle, c’est important… mais le déjeuner aussi.
Je me dis : “Parfait. Lecture, repas… et petite sieste bien méritée.” Un programme très équilibré : corps, âme… et oreiller. Je vois mes voisins sur le palier et je sors les saluer… et là — drame pascal, version domestique : la porte claque. Les clés sont à l’intérieur. Le téléphone aussi.
Et moi… à l’extérieur. Avec, soudain, beaucoup moins de profondeur spirituelle.
Pourquoi est-ce que je vous raconte ça ?
Parce que, ce jour-là, j’ai compris… physiquement… l’Évangile : Jésus dit : « Je suis la porte des brebis. »
Sans la porte… impossible d’entrer.
Et sans le Christ… impossible d’entrer vraiment dans la vie. On peut tourner autour, faire des projets, réfléchir… mais il manque l’essentiel : le passage.
Sans lui, la Parole reste… sur la table. Comme mon livre ouvert. Très beau. Très profond. Mais… inaccessible.
Et voilà Pierre, dans les Actes, rempli de l’Esprit, qui ouvre la porte du sens : « Ils furent touchés au cœur. » La foi
commence quand quelque chose s’ouvre en nous. Pas seulement une idée… mais une porte intérieure.
Sans lui… la faim demeure. Le psaume disait : « Tu prépares la table pour moi. » Moi, ce jour-là… la table était prête. Le repas aussi. Mais moi, j’étais dehors … Et c’est peut-être une image de nos vies : nous avons parfois beaucoup de choses… mais pas toujours la paix, pas toujours la joie, pas toujours cette nourriture intérieure.
Sans lui… on est seul. Plus de téléphone. Plus de contact. Et là, tout devient très concret.
Alors que Pierre annonce : « Trois mille personnes furent baptisées. » Trois mille ! Moi, j’étais seul sur mon palier… et je peux vous dire que la communion fraternelle me manquait soudain beaucoup.
Et puis, sans lui… on panique un peu. Parce que, sans smartphone… impossible d’appeler un serrurier !
Et là, le psaume devient presque une expérience : « Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal… »
Bon… c’était un petit ravin de palier… mais quand même. On réfléchit vite à sa condition humaine dans ces moments-là.
Et surtout… sans lui, il n’y a pas de repos. Saint Augustin l’a dit magnifiquement : « Notre cœur est sans repos tant qu’il ne demeure en toi. »
Et moi, ce jour-là… pas de sieste. Pas de repos.
Juste une longue méditation… imposée par la porte.
Alors vous voyez… tout cela peut sembler anecdotique. Mais c’est très profond.
Sans le Christ, nous restons à la porte de nous-mêmes
Sans lui, nous tournons autour de la vie
Sans lui, nous cherchons… sans entrer
Et Jésus nous dit aujourd’hui : « Je suis la porte. »
Pas une porte compliquée. Pas une porte avec un code à six chiffres qu’on oublie toujours au mauvais moment.
Une porte ouverte. Une porte qui ne sélectionne pas à l’entrée. Une porte qui accueille.
Et il ajoute : « Je suis venu pour que les brebis aient la vie… en abondance. » Pas une petite vie. Pas une vie coincée. Une vie large. Une vie respirante. Une vie qui circule.
Et en ce dimanche de prière pour les vocations, il y a une dernière clé — sans jeu de mot. Pierre dit : « Il vous a laissé un modèle afin que vous suiviez ses traces. » On pourrait croire que cela concerne seulement les prêtres, les religieux… Mais non. Cela concerne chacun de nous. Parce que, par le baptême, nous avons été configurés au Christ. Nous portons déjà quelque chose de lui. Pas encore parfaitement…
Heureusement — sinon cette homélie serait très intimidante, mais réellement.
La vocation, ce n’est pas d’abord faire des choses extraordinaires. C’est entrer dans la vie du Christ et laisser cette vie passer en nous. Dans nos paroles. Dans nos gestes. Dans nos relations. Alors aujourd’hui, peut-
être simplement cela : si vous avez l’impression d’être un peu… dehors, un peu à côté, un peu bloqués devant certaines situations… rassurez-vous : Dieu n’a pas changé la serrure. La porte est toujours là. Et mieux encore : elle n’est pas fermée. Et si jamais vous oubliez vos clés… bonne nouvelle : Lui… est déjà dedans. Et il ne cesse de dire : « Entre… la maison est à toi. »
Christ est ressuscité, il est vraiment ressuscité, Amen, Alléluia !
