Ce dimanche dit de la « Parole de Dieu » correspond, cette année, au dernier jour de la semaine de prière pour l’unité des chrétiens.
De toute évidence, il n’y aura pas d’unité sans que les chrétiens divisés se rassemblent et lisent, étudient, méditent la sainte Écriture : notre trésor commun. Celle-ci, lue à la lumière de l’Esprit-Saint, deviendra véritablement cette « Parole de Dieu » qui illumine nos cœurs et nos vies comme Isaïe nous le dit ce aujourd'hui : « Sur les habitants du pays de l’ombre, une lumière a resplendi ».
Alors, frères et sœurs, en ce dimanche ici à Clisson ; et vous fidèles téléspectateurs qui, dimanche dernier avez prié avec la liturgie arménienne de la prière œcuménique, écoutons ensemble cette Parole qui nous est adressée : que nous disent-ils de l’unité des chrétiens, de l’unité de l’Église ?
Le père supérieur de mon séminaire disait souvent : « on ne va pas à la pêche avec un filet déchiré »… Quel grand défi le Christ ne donne-t-il pas à Pierre et André ; Jacques et Jean ; d’être des pécheurs d’hommes ? Quel tâche immense, et même impossible.
Dans les milieux œcuméniques, on regarde avec envie l’époque d’avant la réforme protestante et le grand schisme d’Orient. On rêve un âge d’or pendant lequel l’unité aurait été parfaite. On se réfère aussi (non sans se culpabiliser au passage !) aux refrains des Actes des Apôtres : « ils n’avaient qu’un seul cœur et qu’une seule âme » (Ac 4,32).
Mais, dans la deuxième lecture, le tableau est tout différent : on rapporte à Saint Paul des rivalités entre chrétiens, à tel point qu’on s’oppose les uns les autres dans différents camps retranchés : celui de Paul, celui d’Apollos, celui de Pierre… Visiblement, l’unité n’était pas si simple aux tout premiers temps de l’Église !
Ces querelles de clochers ne sont guère des exemples et ressemblent fort aux nôtres, à celles de nos paroisses (excepté sans doute ici à Clisson ?!). On a l’impression que l’être humain ne peut pas se passer de se chamailler, de tirer la couverture à lui, de faire passer son ego avant l’unité et le bien commun et ce même dans une Église ! Même entre ceux qui se réclament du Dieu d’amour… Quelle bêtise ! Quel contre-témoignage !
La semaine de prière pour l’unité des chrétiens date de 1935 : il aurait sans doute fallu s’y prendre plus tôt !
Mais chers frères et sœurs, chers fidèles téléspectateurs, au risque de vous choquer… ces divisions au sein même de l’Église sont normales !... Il ne faut pas s’en étonner ! Il fallait même s’y attendre !
Que voulez-vous ? Le Christ a voulu rassembler les hommes entre eux… Il a pris ces pêcheurs du lac… confrères et concurrents ! Il en a intégré 8 autres d’horizons variés et parfois antagonistes : comment faire l’unité d’un tel groupe ?
Alors, vous pensez bien : une Église de toutes nations, langues et peuples… L’unité est-elle humainement réalisable ?
Au bord du lac, les deux groupes de pêcheurs font deux choses différentes : Pierre et André lancent leurs filets, Jacques et Jean réparent les leurs. C’est ça le métier de pêcheur.
Dans l’Église, c’est toujours ainsi : on part en mission, on revient un peu abîmé et il faut réparer les accrocs inévitablement provoqués dans l’apostolat.
« Répare mon Église » demandait le Christ à Saint François. Cette tâche est toujours à faire. C’est la tâche des apôtres et des saints : lancer les filets, les réparer. C’est notre tâche à chacun de nous frères et sœurs : être missionnaire, refaire l’unité. Partir et se blesser ; revenir et se soigner.
Toute la mission du Christ pourrait se résumer dans ce verbe : « rassembler ». C’est aussi la mission de l’Église : « rassembler » pour que nous ne fassions qu’Un avec le Christ, qu’Un en Dieu. Nous sommes sur ce chemin de l’unité : ne nous étonnons pas qu’il soit semé d’obstacles. Ne renonçons jamais à ce but, malgré nos échecs, malgré nos différences : c’est là notre pâte humaine… Mais n’oublions pas : « rien n’est impossible à Dieu ».