Frères et sœurs,
Les textes de ce jour commencent dans un jardin et s’achèvent dans un désert. Pour nous faire entrer dans un chemin catéchuménal pour vivre notre baptême.
Deux lieux opposés, mais reliés par un même cri : la faim de l’homme et son désir de Dieu.
Au jardin d’Éden, tout est don. L’homme est dans la beauté, la paix, la confiance.
L’homme y marche avec son Dieu.
Au centre du jardin se dressent deux arbres :
l’un donne la vie,
l’autre promet la connaissance du bien et du mal.
Ce deuxième arbre n’est pas le fruit d’une rébellion, mais celui d’un désir.
Adam ne veut pas défier Dieu ; il veut goûter la vie de Dieu.
Mais il s’approprie ce fruit dans le but de devenir plus semblable à Celui qui l’a créé. 
La confiance se brise alors, la peur entre dans le monde.
Il ne sait pas encore que la ressemblance avec Dieu ne se prend pas : elle se reçoit.
Nous portons tous cette faim au creux du cœur.
Une faim de savoir, de vivre, d’aimer plus fort que nos limites.
Mais comme Adam, parfois, nous confondons liberté et indépendance, maturité et rupture.
Nous voulons faire seuls ce que Dieu rêvait de faire avec nous.
C’est là le véritable fruit du mensonge :
penser que Dieu limite notre humanité, alors qu’il en est la source.
Que fait Dieu, alors ? 
Il ne ferme pas le jardin. 
Il change le lieu du rendez-vous.
C’est Lui qui vient marcher dans nos déserts, là où la honte et la peur ont remplacé la confiance.
Un autre arbre y est planté, celui de la croix.
Un arbre blessé, d’où mûrit un fruit inattendu.
Et celui qui ose y goûter retrouve la saveur du premier jardin :
non plus celle l’innocence, mais celle de la miséricorde.
Saint Paul l’affirme :
« Par un seul homme, le péché est entré dans le monde, et par le péché, la mort ;
mais par l’obéissance d’un seul, tous seront rendus justes. »
Là où le premier Adam voulait saisir, le Nouvel Adam -le Christ- choisit de recevoir.
Là où la peur avait fermé le cœur de l’homme, l’amour du Christ l’ouvre à Dieu.
Là où le fruit défendu n’était qu’un interdit, le Christ révèle le vrai désir de l’homme.
Là où Adam s’éloignait de Dieu pour grandir, Dieu vient se rendre proche et augmente notre liberté.
Quand l’homme se cache, Dieu ne se retire pas, il l’appelle : « Où es-tu ? » … Viens, suis-moi.
Ce cri traverse nos existences. Un appel chargé de la tendresse d’un Père qui cherche son enfant jusque dans ses égarements, jusque dans ses déserts.
Et voici Jésus.
Conduit par l’Esprit, il se tient dans ce désert, seul, affamé.
Le Tentateur lui murmure : « Si tu es le Fils de Dieu… »
La même voix qu’au jardin d’Eden : « Prends. Sois libre par toi-même. Vis sans Dieu. »
Mais le Fils répond :
« L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. »
Adam s’était caché, Jésus s’expose, vulnérable, confiant.
Adam voulait s’affranchir seul, le Fils consent à tout recevoir.
Pour que le désert redevienne un jardin.
Frères et sœurs, si nos vies alternent entre jardins de paix, de gratitude, et ces déserts d’épreuve, de doute, c’est dans ces déserts que Dieu nous apprend à aimer sans posséder, à désirer sans dévorer.
C’est là que nos manques peuvent devenir des lieux de rencontre avec Lui, et entre nous.
Dans ce désert se dresse l’arbre nouveau : le bois de la croix, l’arbre de vie. 
Là, tout s’éclaire.
Il n’y a plus de fruit défendu,
mais le Fruit livré -le Christ- offert pour que nous vivions.
Le désert devient un jardin intérieur.
L’arbre de mort devient arbre de vie.
La chute devient relèvement - autre mot pour dire résurrection.
Le paradis perdu s’ouvre à nouveau : « Aujourd’hui, tu seras avec moi au paradis ! »
C’est là que nos frères et sœurs catéchumènes nous invitent à vivre bien notre baptême.
Dieu ne nous interdit pas de désirer ; il nous apprend à aimer plus librement.
Le fruit défendu devient pain partagé.
Il presse nos fruits tombés, il en fait un vin de vie.
Et ce vin, c’est son Fils offert, pour que nous comprenions enfin que la vraie liberté est de recevoir.
Frères et sœurs, avec les nombreux catéchumènes qui seront baptisés à Pâques, n’ayons plus peur de nos déserts.
Ne fuyons ni nos doutes ni nos manques.
C’est là que le Christ nous précède et nous attend.
Offrons lui notre faim, laissons sa Parole nous nourrir et nos déserts deviendront des jardins.

« Viens, suis-moi ».
Dieu a faim de nous pour que nous avons faim de Lui.
Dans cette faim réciproque, le monde peut commencer à guérir.

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