Voir le monde dans la lumière de Dieu


Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? Mt 11, 3 On comprend bien la question de Jean-Baptiste : on a tous un désir au fond de nous, une soif ardente, une attente, au moins celle d’exister en plénitude, celle de vivre.

Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ?

Allez annoncer à Jean ce que vous voyez Mt 11, 4 répond Jésus : les aveugles retrouvent la vue, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés… Mt 11, 5. Tout ça, ok. Mais nous, que voyons-nous aujourd’hui ?

« Il faut toujours – et c’est difficile disait Charles Péguy – il faut toujours voir ce qu’on voit ». C’est même tellement difficile que parfois, c’est nécessaire d’être aidés : par une paire de jumelles ou par une longue vue pour voir les oiseaux au loin, par une loupe ou par des lunettes pour voir les mots de près quand les yeux faiblissent. L’enjeu, comme pour les chasseurs, c’est d’être attentifs à la vue d’ensemble tout autant qu’au détail. Nous, que voyons-nous aujourd’hui là où nous sommes ?

Le gouvernement de la France est suspendu à un fil, on parle de la reprise d’essais nucléaires dans plusieurs pays… et puis des amours continuent de casser, et puis on continue de mourir parfois sans être prêt… et puis on continue de chercher ce qu’on attend au plus profond de nous-mêmes, parfois avec un certain malaise. Il n’est pas toujours si facile de vivre.

Mais encore ? Que voyons-nous encore aujourd’hui là où nous sommes ?

- Agnès et Etienne qui se sont mariés il y a juste quelques semaines, un peu tremblant devant l’autel et devant la magnificence de l’instant, si rayonnants qu’on en est saisi par l’amour vécu,

- des collègues, après une tuile un peu dure reçue par l’un d’eux, qui organisent un afterwork au bistrot pour lui changer les idées et du coup le décentrer,

- Michel, apiculteur amateur dans une petite vallée, qui ne comptait pas son temps cet automne dans la lutte contre les frelons asiatiques, en lien constant avec les pompiers si dévoués, participant ainsi à protéger une biodiversité tellement malmenée…

Allez annoncer à Jean ce que vous voyez.

« Je te vois » disent les Na’vi de Pandora que certains vont retrouver cette semaine au cinéma dans le nouvel « Avatar » à l’affiche. C’est d’ailleurs ce que Dieu pourrait dire à chacun d’entre nous :

« Je te vois », tel que tu es tout au fond de toi, là où réside ton âme, accueillant tout de toi.

« Je te vois », c’est ma façon de t’accueillir sans condition, et en faisant cela, je te permets à toi aussi de te voir et de t’accueillir tel que tu es.

« Il faut voir ce qu’on voit », les autres et la Création. Et parce qu’on voit tellement mieux dans la lumière, le compagnonnage avec le Christ change tout.

Parce qu’avec lui, on se rend compte que l’essentiel n’est pas ce qu’on attend au plus profond de nous-mêmes. Avec lui, on se rend compte au contraire que c’est nous qui sommes attendus. Avec lui, nous découvrons qu’en réalité, c’est Dieu qui nous espère.

Nous sommes dans le temps de l’Avent. Si c’est le temps de creuser en nous l’attente de la venue de Dieu à Noël, l’Avent est surtout le temps pour se découvrir attendus et espérés de Lui. L’Avent est ainsi le temps de devenir des glaneurs de l’unique Grâce de Dieu – son Amour manifesté au quotidien par tant de moyens différents. L’Avent est le temps pour « voir » toute la bonté de Dieu et découvrir ainsi à quel point nous sommes attendus et espérés de Lui.

Dieu nous espère, pas d’abord pour nous sauver, pas d’abord pour nous pardonner. Bien sûr, c’est notre espérance. Mais d’une certaine manière, Dieu ne par-donne pas, puisqu’il ne fait que donner son amour. Il ne fait que se donner, c’est sa nature. D’une certaine manière, il n’a donc jamais rien à nous par-donner puisque nous ne sommes jamais séparés de son amour. Dieu nous espère simplement parce qu’il nous aime. Et de fait, un vrai regard d’amour est celui qui nous espère. C’est ce que les moines cisterciens chantent le matin avec cet hymne :

« Guetteur de l’aube, à l’affût de Dieu, sais-tu qu’il guette au plus noir de toi une aurore ?

Chercheur d’eau vive, pèlerin de Dieu, sais-tu qu’il cherche au plus dur de toi une source ? »

Allez annoncer à Jean ce que vous voyez. Pour devenir des glaneurs de la Grâce et « voir », mieux que la loupe et les jumelles, nous avons aujourd’hui la lumière de la Paix de Bethléem ramenée par les scouts autrichiens à Linz, puis jusqu’à nous par les scouts et guides de France et les Éclaireuses et Éclaireurs Unionistes de France. C’est cette lumière qui éclaire tout et qui permet de « voir » dans la nuit :

C’est cette lumière qui rend visible tout ce qu’il y a déjà de bon et de beau dans ce monde.

C’est elle qui rend visible ce que Dieu rêve pour ce monde et qui est encore à venir.

C’est elle qui rend visible la beauté d’aujourd’hui et celle en germe en chacun de nous et dans toute la Création.

Vraiment, un grand merci, les scouts et les guides ! Aujourd’hui, inutile qu’on se parle de Dieu les uns aux autres, il suffit juste de regarder le monde dans Sa lumière. Et ça suffira pour saisir au moins un bout de la splendeur de la Vie, autant dans le détail que dans la vue d’ensemble. Et ça suffira pour « voir » à quel point Dieu nous espère.

Allez annoncer à Jean ce que vous voyez.

« Voir », et découvrir ce monde si magnifique grâce à la lumière de la Paix de Bethléem qui nous arrive ce matin.

« Voir », et se connecter profondément les uns aux autres.

« Voir », et communier à cette Eucharistie, à ce Dieu qui nous attend et qui se donne, toujours donné.

« Voir », et nous laisser attirer par le Vivant, le Seigneur de la Vie, Celui qui attire tout à lui en nous arrachant à la nuit.

« Voir », et vivre. Et faire vivre.

Il nous attend. Aujourd’hui.

Désormais disponible en podcast, votre homélie vous accompagne sur toutes les plateformes d’écoute.

Vidéos liées

Recevez chaque
semaine vos newsletters :

Les différentes newsletters