Jésus, tu en as de la chance, toi qui entends cette parole venue des cieux et qui t’est adressée : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie » ! Nous en serions presque jaloux ! En effet, qui d’entre nous n’a pas été comblé de bonheur en recevant cette parole de la part de son père, de sa mère : « Tu es mon enfant bien-aimé ! » ? Qui d’entre nous ne souhaiterait pas être appelé ainsi, surtout si cela vient de Dieu lui-même ? Et combien de vies abimées, cabossées, parfois dès l’enfance, auraient pu être évitées si une parole de tendresse, de confiance, d’encouragements avait été adressée à ces filles et à ces garçons en quête de reconnaissance et d’amour et qui se retrouvent trop souvent captifs de leurs prisons, que ce soient des cellules carcérales ou des dépendances destructrices ?

Mais en fait Jésus, qu’as-tu donc fait pour susciter cette merveilleuse parole ? Car, soyons honnêtes, jusqu’à présent tu es resté très discret. Dans l’Evangile de Matthieu, à peine cette première phrase adressée à Jean-Baptiste : « il convient que nous accomplissions ainsi toute justice » et un geste somme toute anonyme : te mettre dans la file des pécheurs pour recevoir le baptême de conversion ! Rien d’autre !

Et si cette phrase et ce geste, au début de ton ministère public, exprimaient ton projet de vie que tu vas réaliser parmi nous ?

Accomplir la justice consiste en effet à s’ajuster à la volonté du Père, à la laisser faire sans obstacle de notre part, à consentir fidèlement et librement à sa volonté d’amour. Et toi, tu ne feras pas dans la demi-mesure ; tu ne fléchiras pas, tu vivras la volonté du Père à la perfection et jusqu’au bout, sur la croix, en assumant la condition de serviteur ! Toute ta vie a consisté à mettre pleinement en oeuvre la volonté du Père céleste et tu nous y associes puisque tu nous appelles tes frères et sœurs lorsque nous faisons sa volonté.

De plus, malgré la réticence de Jean-Baptiste à te baptiser et bien qu’innocent de tout péché, tu te mets dans la file avec ceux qui veulent se convertir, c’est-à-dire ceux qui veulent renoncer au péché pour revenir au Seigneur Dieu. Bien que ce baptême dans le Jourdain ne te concerne pas puisque tu es sans péché, tu te montres solidaire des pécheurs, sans les menacer de la colère divine, sans les prendre de haut, sans briser le roseau qui fléchit, ni éteindre la mèche qui faiblit, comme si tu voulais prendre sur toi les péchés des hommes. Il faut dire que dès ta naissance, avec les bergers vivant en marge de la cité, tu étais déjà en cette belle compagnie ! Par la suite, à l’occasion de tes rencontres, comme celle de l’appel de Matthieu à te suivre, comme celle lors de laquelle tu as demandé l’hospitalité à Zachée, comme celle quand tu as accordé le pardon à la femme condamnée à la lapidation et comme celles avec tant d’autres personnes peu fréquentables, tu t’es fait l’Ami des pécheurs ; quel titre magnifique !

Et si cette déclaration divine que nous envions était la reconnaissance céleste de ton projet, la confirmation divine de ta mission, la manière pour le Père de donner son aval aux choix que tu fais ? Comme si Dieu disait : « Je me réjouis de toi, je t’aime follement en raison de ton style de vie pleinement conforme à ma volonté ». Et par la même occasion, Il te donne la force de l’Esprit Saint pour accomplir ton projet.

Mais Jésus, par notre baptême, n’est-il pas vrai que nous sommes façonnés à ton image, toi la lumière des nations, et que par notre confirmation, nous recevons l’onction du même Esprit prophétique qui nous saisit par la main ? Aussi, ce qui est dit de toi, d’une certaine manière, peut s’appliquer à chacun de nous. Oui, chacun de nous devrait espérer que la voix céleste dise cela de nous : je suis son enfant très aimé, je suis source de joie divine. Cependant, en raison de notre vie toujours à convertir, notre vie trop souvent dans les ténèbres, nous hésitons à entendre cela et pourtant nous devrions en être convaincus : nous sommes accueillis, appréciés et aimés du Père. Ce sont les paroles que Dieu veut nous dire et qu’il nous dira si nous espérons en Lui et non en nous, si nous espérons en sa miséricorde et non en nos mérites.  

Cet amour, nous avons à l’accueillir pour nous-mêmes en réalisant davantage la demande du Notre Père : « Que ta volonté soit faite ». Cet amour, nous avons à le faire découvrir à celui que nous rencontrons, particulièrement l’exclu, le blessé de la vie, d’abord en faisant le bien là où nous passons, à la manière de Jésus, bien plus en rendant vivante cette parole par notre présence respectueuse, nos gestes, nos attentions, notre bienveillance, notre pardon. Nous l’aiderons ainsi à entendre cette parole : tel qu’il est, il est accueilli, apprécié et aimé de Dieu. C’est ainsi que nous contribuerons à « ouvrir les yeux des aveugles, à faire sortir les captifs de leur prison, et de leur cachot, ceux qui habitent les ténèbres ».

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