A - Dieu !
L’expression n’aura, ne sera jamais aussi vraie : Jésus fait ses adieux et il s’en va à Dieu. Vers son Père !
Ses paroles sont les dernières. Ultimes. Ces mots derniers, essentiels ont le poids du testament. « Je suis avec vous ! - Allez ! » Une promesse, un envoi.
« Je suis avec vous ». L’absence ne sera pas abandon. Le départ signifiera seulement un changement de vitesse de croisière, un passage de témoin. Comme dans une course relais, l’essentiel, c’est la transmission. « Je suis avec vous », la promesse institue l’Eglise en « Christ continué ». Dans le déroulement du temps qui passe, l’Eglise sera la trace du Passeur de Pâques. L’Eglise née de l’Ascension est instituée en présence réelle du Témoin de Dieu. Eglise sacrement.
Ainsi donc lorsqu’elle s’attache à être la caisse de résonnance de la Parole de Dieu en annonçant dans des mots d’aujourd’hui, le Verbe du Père est présent dans ses balbutiements : la Bonne Nouvelle n’a d’autre lieu pour se donner à entendre que ces mots d’hommes maladroits !
Lorsqu’elle s’efforce de poser des gestes de compassion en ces temps d’inquiétude et d’incertitude, Christ est présent à cette sollicitude y compris dans ses insuffisances !
Lorsqu’elle confie sa prière à des invocations maladroites, l’Esprit filial du Fils unique l’oriente en vérité vers le Père.
« Je suis avec vous jusqu’à la fin des temps » ! L’Eglise donne chair à l’aujourd’hui de Dieu. Sa nature profonde ne peut se comprendre que dans la foi. Elle est le Corps que le Christ se donne sans cesse pour inviter les hommes à entrer dans la réalité du salut dont il est le Témoin et l’Artisan en sa résurrection.
Elle promeut et achève ce que Dieu a commencé, elle poursuit la réalisation du rêve de salut que Dieu fait pour tous les hommes et pour tous les âges.
« Je suis avec vous jusqu’à la fin des temps ! ». Promesse extraordinaire qui transfigure les maladresses, les hésitations et même les manquements de l’Eglise : elle est l’Epouse du Fils de Dieu, elle reste l’Epouse même dans ses infidélités.
Révélation de la dignité secrète de nos vies croyantes : leur aujourd’hui engage l’éternité de Dieu puisque Dieu, dans la promesse du Fils, se marie avec nos paroles, nos gestes, notre témoignage. Consécration de nos balbutiements : ils parlent Dieu, comme on parle une langue. Consécration de nos gestes de compassion ; ils donnent chair à la sollicitude de Dieu. Consécration de nos invocations : elles font respirer les désirs de Dieu. Révélation qui est une révolution dans la conception religieuse : Dieu se lie à nos vies croyantes, il se marie avec nous, nous sommes l’autre « moitié » de Dieu (comme le marié dit de son épouse qu’elle est sa moitié)
« Je suis avec vous ! » « Allez ! »
L’Eglise, Epouse bien-Aimée, ne serait pas l’Eglise sans cette promesse ; mais elle ne serait pas non plus l’Eglise sans cet ordre. Elle ne serait pas l’Eglise si elle n’était indissociablement liée à je l’époux fidèle mais elle n’existerait pas non plus si elle s’épousait le monde dans toutes ses dimensions : « Allez enseigner toutes les nations » !
« Allez vers… » L’Eglise tromperait son Epoux si elle se complaisait dans un cocooning avec son Seigneur. Elle mutilerait le Christ si elle ne faisait corps avec le monde, si elle n’accueillait pas en elle le monde qui vient au jour en ce temps, avec ses recherches, ses combats, ses réussites, ses échecs et même ses compromissions. Ce monde doit être évangélisé, sauvé et il ne peut l’être que si l’Eglise fait corps avec lui.
« Je suis avec vous… Allez ! ». La grâce de la dignité de l’Eglise est pour elle un appel et un devoir. Nous recevons la responsabilité d’offrir au monde des signes de la présence indéfectible de son Sauveur.
« Il est bon que je m’en aille… Allez ! » L’Epouse est désormais la Veuve qui s’écrie Viens ! », le cri qui clôt le Nouveau Testament. Veuille Dieu que dans ses traits il soit donné au monde d’entrevoir quelques traits de son Bien-Aimé : en cette fête de la Présence-Absence, l’Eglise ne peut se complaire dans la contemplation de sa dignité. Elle reçoit en ses mains l’avenir de son héritage, la régénération de l’humanité : nous devenons contagieux de la mutation divine du monde.
