Ai-je bien entendu ?  Marc ne s’est-il pas trompé ?  Il ne faut pas être servi, mais servir, comme et à la suite de Jésus ?  Franchement, Jésus, tu exagères !

Pourtant, tout avait bien commencé : Jacques et Jean, que l’on surnomme à raison les fils du Tonnerre demandaient à être tout près de Jésus pour faire advenir le Royaume.  Depuis le début de sa vie publique, Jésus leur a parlé de son Royaume : un Royaume où les plus pauvres sont accueillis, où la just21ice règne, où l’amour a le premier et le dernier mot.  Les deux apôtres veulent s’engager dans la construction de ce monde nouveau. Et en bons fils du Tonnerre, ils n’y vont pas par quatre chemins pour en parler au Seigneur. Et c’est très bien.

Mes amis,

N’est-ce pas notre cas aussi ?  Si nous participons à l’eucharistie ce matin, c’est parce que, nous aussi, nous voulons participer activement à la réalisation du rêve de Dieu sur le Monde ; nous voulons collaborer à faire advenir un monde plus juste, plus humain, plus beau.  Oui, au travail, pas de temps à perdre.

Mais attention, nous dit Jésus.  La traduction liturgique traduit avec douceur : « Maître, ce que nous allons te demander, nous voudrions que tu le fasses pour nous. ».  En fait, le texte grec est beaucoup plus fort : « Nous voulons que tu fasses ce que nous demandons ».  « OK pour travailler avec toi, Seigneur, c’est mon désir le plus profond, mais crois-moi, je sais comment faire pour que cela fonctionne vite et bien.  Prends-moi comme adjoint immédiat et cela va aller.  Mes amis, voilà que Jacques et Jean prennent pratiquement la place de Jésus ou tout au moins, se mettent au même niveau que lui !

Et pourtant, Jésus écoute leur demande !  N’est-ce pas beau ?  Jésus sait ce que nous portons dans notre cœur, il sait que notre désir se doit d’être purifié, mais il nous laisse le lui demander.  Pas pour se moquer de nous, pas pour nous éloigner de lui, mais pour nous aider à comprendre, à aller plus loin, à nous rapprocher de lui, et à découvrir ce qu’est vraiment le service.  Il leur faudra du temps pour comprendre …  Il nous faudra du temps pour y arriver.  À la lumière de l’évangile, nous découvrons ce qu’est le service pour un chrétien.

Tout d’abord, il nous est impossible de servir sans regarder comment Jésus lui-même se met au service : Impossible de servir sans nous émerveiller d’abord de le voir à genoux laver les pieds de ses apôtres !  Notre service doit toujours être précédé par l’émerveillement devant Jésus Serviteur.  Cela doit passer avant l’action.

Ensuite, le service chrétien doit aller au-delà de la seule philanthropie : il doit être de l’amour.  Je ne sers pas l’autre, par pitié ou pour toutes sortes d’autres raisons, si légitimes et si belles soient-elles.  Non, je l’aime. C’est premier. Je l’aime et alors, automatiquement, je me mets à le servir.  Le service est une conséquence de l’amour.  « À ceci on reconnaîtra que vous êtes mes disciples : à l’amour que vous aurez les uns pour les autres » nous dit Jésus.

Et enfin.  Servir et souffrir commencent par la même lettre …  Et tous, nous en faisons la douloureuse expérience.  Voilà que je fais des choses pour faire grandir l’autre … et ça me retombe dessus.  C’est pas gai … mais c’est normal.  Jésus a passé trois années à annoncer l’Amour et il a fini sur une croix.  Si jamais, dans notre service, nous ne vivons la Passion, c’est peut-être que notre service n’est pas à l’image de celui de Jésus.

Mes amis,

Ce dimanche, toute l’Église se rappelle qu’elle est missionnaire.  Et François, notre Pape, nous le rappelle dans son message pour cette journée : « Chaque homme et chaque femme est une mission, et c’est la raison pour laquelle on vit sur la terre (…) Personne n’est si pauvre au point de ne pas pouvoir donner ce qu’il a, mais avant tout ce qu’il est. (…) Ne pense jamais que tu n’as rien à apporter, ou que tu ne manques à personne. Beaucoup de gens ont besoin de toi ; sache-le. Que tu le saches dans ton cœur : beaucoup de gens ont besoin de toi ».   Amen