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L’amour, frères et sœurs, ça ne s’achète pas, ça ne se monnaye pas, parce que l’amour, c’est tout simplement gratuit !

Comme Amos, simple bouvier choisi derrière son troupeau et comme les Apôtres, simples pécheurs des bords du lac de Galilée, nous avons été choisis gratuitement ! Comme nous le rappelait aussi St Paul dans l’épître aux Ephésiens , ce n’est pas en raison de nos mérites que nous avons été choisis, mais simplement, parce que « Dieu nous a choisis dans le Christ » et ce, par grâce, c’est-à-dire gratuitement. Pourtant, il faut bien le reconnaître, si l’amour nous est donné gratuitement, il n’est pas facile de se laisser choisir gratuitement : on préférerait, en effet, être aimé parce que nous avons telle ou telle qualité, telle ou telle compétence, tel ou tel tempérament. Au fond, nous pensons que si l’autre nous aime, c’est parce que nous le méritons bien ! Oui, il faut bien se l’avouer, nous avons bien du mal, frères et sœurs, à consentir, à ce que l’autre nous aime gratuitement, simplement parce que chacun d’entre nous est digne d’être aimé ! C’est pourtant ce à quoi consentent les Apôtres dès les premiers mots de l’évangile que nous venons d’entendre : « Jésus appela les Douze » dit le texte, mais Jésus ne dit pas pourquoi il les choisit. Simplement, il les appelle, gratuitement. Dès que je dis « je t’aime, parce que… », je monnaye l’amour et je passe à côté de la gratuité de l’amour. Ici, le choix de Jésus respire la gratuité du « parce que c’est toi, parce que c’est moi ». L’amour n’a pas d’autre raison que lui-même, il ne se mérite jamais, parce qu’il est pure gratuité !

 

Si les Apôtres ont reçu gratuitement, ils auront aussi à donner gratuitement : « pas de pièces de monnaie dans vos ceintures » leur dit Jésus. S’il n’est déjà pas si facile de se laisser choisir

gratuitement, il n’est pas plus facile de donner gratuitement, on préfère souvent en rester au donnant-donnant. Sans monnaie pour acheter ou vendre, les Apôtres ne pourront pas monnayer l’évangile pour recevoir le gîte et le couvert, mais simplement l’annoncer sans compter : en libérant des esprits mauvais, en pratiquant des onctions d’huile et en guérissant de nombreux malades, les Apôtres apprendront à donner gratuitement, ce qu’ils ont eux-mêmes reçu gratuitement !

 

Car si les Apôtres ont été choisis gratuitement, ils n’auront d’autre mission apostolique que de révéler à tout homme qu’il a été lui-même choisi de Dieu, gratuitement ! Pour suivre le Christ, en effet, il ne suffit pas d’être bardé de diplômes, d’argent ou de toute autre chose qui risquerait d’alourdir nos pas, mais il ne faut rien ! Et c’est cela qui est difficile tant nous sommes tentés d’accumuler. Si Jésus prescrit à ses Apôtres un style de vie mendiant, sans sac, sans pain, ni tunique de rechange, c’est pour qu’ils demeurent des mendiants de l’amour aux mains vides et ouvertes, prêtes à recevoir autant qu’à donner !

 

Chers amis, en cheminant ensemble, à la manière des Apôtres, le bâton à la main, pendant votre synode diocésain, vous ne cheminez pas d’abord pour produire des actes synodaux, mais simplement pour redécouvrir la douceur d’un chemin partagé gratuitement en frères. Votre synode n’aura pas été fécond, parce qu’il aura pris de grandes décisions pastorales, mais d’abord, parce qu’il aura été un temps de gratuité offert pour cheminer en frères !

Alors, en chemin de synode, comme sur les routes d’un repos bien mérité, que ce temps de l’été soit pour chacun d’entre nous l’occasion de redécouvrir qu’il a été choisi gratuitement pour donner gratuitement !