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Dans le cadre du treizième centenaire du Mont-Saint-Michel nous sommes venus nombreux dans cette magnifique abbatiale, célébrer la fête du saint archange dont beaucoup d’entre nous revendiquent le patronage puisque ont été conviés à cette eucharistie :
– les évêques de France portant le prénom de Michel,
– les recteurs des sanctuaires d’Europe sous le patronage de saint Michel,
– les délégués des paroisses ainsi que des collèges et lycées, également sous le patronage de saint Michel, dans les provinces de Rennes et de Rouen,
auxquels se sont joints, indépendamment de leur prénom, les fidèles qui sollicitent l’intercession de Saint Michel, sans oublier les innombrables personnes qui, en ce jour, sont en communion avec nous, par le biais des ondes, grâce au Jour du Seigneur.
En ce 26e dimanche du temps ordinaire de l’Église, qui commémore comme chaque dimanche la resurrection-du-seigneur Jésus, fondement de notre foi et de notre action de grâces à Dieu, nous anticipons donc la fête de Saint Michel que l’Église catholique célèbre le 29 septembre, en y associant les saints archanges Gabriel et Raphaël.
Notre Église reconnaît en effet l’existence des anges attestée d’ailleurs par la Bible.
Les anges, y apparaissent comme des créatures spirituelles que l’iconographie a représentées de manière anthropomorphique comme des hommes asexuées, souvent munis d’ailes, afin de souligner leur beauté, leur caractère immatériel et suggérer leur mission qui est d’être les messagers de Dieu.
Les anges sont en effet des envoyés de Dieu, d’où leur nom qui vient du grec anggelos. Parfois aussi, ils sont la manifestation de Dieu lui-même. De toute manière, ils expriment toujours la proximité de Dieu avec les hommes et son amour pour eux.
Jésus, Fils de Dieu, a lui-même attesté à maintes reprises l’existence des anges. Par exemple, en parlant des enfants, Il disait : « Gardez-vous de mépriser un seul de ces petits, car je vous le dis, aux cieux leurs anges se tiennent sans cesse en présence de mon Père qui est aux cieux. »(Mt 18,10)
À Nathanaël qui lui demandait : « D’où me connais-tu ? » Jésus répondait « En vérité, je vous le dis, vous verrez le ciel ouvert et les anges de Dieu monter et descendre au-dessus du Fils de l’homme. »
La Bible reconnaît aux anges une hiérarchie au sommet de laquelle se distinguent les archanges tels : Michel, Gabriel et Raphaël, le plus populaire des trois étant Michel. Depuis son apparition le 8 mai 492 sur le mont Gargano au royaume de Naples, sous le pontificat du pape Gélase premier, l’Église retenu comme date officielle de sa fête le jour de la dédicace solennelle, le 29 septembre 522, de l’église construite sur les lieux de son apparition trente ans plus tôt.
Ce serait, paraît-il, à la demande de l’archange Michel, lors d’une de ses apparitions, que saint Auber, évêque d’Avranches, aurait construit ici et consacré une église le 16 octobre 709, ce qui justifie le treizième centenaire que nous célébrons en ce moment, en venant parfois de bien loin, en pèlerinage sur ce rocher. C’est personnellement mon cas, puisque j’arrive de l’autre côté de l’océan Atlantique, de la Martinique dont je suis l’archevêque.

Pour les croyants un pèlerinage n’est jamais seulement touristique. Il est avant tout une démarche de foi qui rappelle d’ailleurs la longue marche du peuple de Dieu depuis les temps immémoriaux d’Abraham, le prototype des croyants.
Quitter les lieux où se déroule quotidiennement sa vie, avec ses occupations, ses obligations, ses joies et ses peines ; se mettre en marche par des routes diverses ; traverser des grèves ; rencontrer en chemin des hommes et des femmes jusqu’alors inconnus ; parvenir ensemble à ce rocher qui émerge des flots tel un index pointé vers le ciel… N’est-ce pas une manière de confirmer son identité chrétienne mais aussi une invitation à lever la tête vers Dieu, pour lui redonner toute sa place dans sa vie, en cherchant honnêtement à répondre à la question que saint Michel pose par la seule signification de son nom qui veut dire en hébreu : « Qui est comme Dieu ? »

Qui est Dieu ? Qui est comme Dieu ? C’étaient les grandes questions que se posaient autrefois les hommes dans un monde où le sacré rendait compte de tout ce qui était inexplicable. De nos jours la science, les techniques, le progrès ont convaincu qu’il n’y avait plus rien d’inexplicable et que Dieu n’était plus nécessairement la réponse ultime aux questions de l’homme. Les priorités des hommes sont devenues d’ailleurs la crise financière, le chômage, les risques écologiques, le réchauffement de la planète, la faim dans le monde, les guerres. Souvent elles ont amené les hommes à substituer des idoles au vrai Dieu. À la première place de ces idoles il y a l’argent.
Déjà le Seigneur Jésus lui-même mettait ses disciples en garde contre les dangers que comporte la richesse. La liturgie de la parole de ce dimanche nous fait entendre les admonestations que saint Jacques adresse à ceux qui mettent leur confiance dans les seules richesses : « Malheur à vous, vos richesses sont pourries, votre or et votre argent sont rouillés. Cette rouille vous accusera. » Ce n’est pas l’argent en soi qui est mauvais, mais sa divinisation et l’usage égoïste qu’on en fait.
Il en va de même du pouvoir, autre idole qui tel le Minotaure, dévore ceux qui l’utilisent pour leur seul profit et non pour servir les autres : ce faisant, ils deviennent des causes de rivalités, de division et d’exclusion.

L’Évangile de Marc en ce jour nous met en garde contre toute forme de sectarisme. Il nous invite à prouver notre appartenance au Christ par notre souci de faire le bien, ne fut-ce qu’à travers nos plus modestes actions quotidiennes en évitant par dessus tout le manque d’amour envers le prochain quel qu’il soit. C’est de ce scandale que les chrétiens doivent prioritairement se garder.
L’un des facteurs de désaffection de notre Église catholique, c’est le manque d’amour supposé ou constaté de ses membres.
Que saint Michel nous invite tous aujourd’hui à « être comme Dieu ». Nous sommes créés à l’image de Dieu et à sa ressemblance. En conséquence, nous avons la sublime mission de refléter son visage partout dans le monde et ce visage, c’est l’amour.
Que saint Michel que l’on représente souvent terrassant le démon intercède pour nous afin que nous ayons le courage de nous opposer à tous les démons qui divisent aujourd’hui le monde : ceux de la haine, de la violence, de l’égoïsme et du repli sur soi. Qu’il nous donne de défier les idoles de notre temps en leur disant par nos paroles et par nos actes : « Seul est comme Dieu qui s’efforce de suivre le Christ Jésus, son Fils, Chemin, Vérité et Vie. Pour ceux qui croient en lui. »
Que le Seigneur vous bénisse tous !
Amen

Références bibliques : Nb 11, 25-29; Ps. 18; Jc 5, 1-6; Mc 9, 38-43.45.47-48

Référence des chants :