Le dialogue entre Jésus et la Samaritaine est évidemment marqué depuis toujours par cette petite réflexion qui nous rejoint nous-mêmes aujourd’hui.

Au cours d’une année consacrée à la famille, cette journée du troisième dimanche de Carême est orientée, à cette messe télévisée, vers les relations entre grands-parents et petits-enfants.

Or, cette petite phrase de Jésus, correspond de façon très suggestive à la transmission qui peut se faire entre les premiers et les seconds. Et le moins qu’on puisse dire est qu’elle n’est pas sans importance.

Le sens de Dieu peut être communiqué très tôt par les parents eux-mêmes à un enfant qui sentira très vite chez eux une référence à plus grand qu’eux ; et l’on est parfois très touché par la capacité de recueillement qui existe chez certains tout-petits. Mais les conditions de la vie pratique, au quotidien, sont telles que, comme la Samaritaine surtout préoccupée de l’eau à devoir aller chercher au puits, les parents n’auront pas toujours l’attitude qui peut ouvrir un enfant à l’aspect plus mystérieux de l’existence.

Nous sommes ici dans une maison qui regroupe un certain nombre de grands-pères et de grands-mères tous orientés vers la vie spirituelle, avec des personnes qui, elles, sont consacrées ou restées de toute façon célibataires. Et comme il s’agit d’un ancien monastère de la Visitation fondé à l’époque de saint François de Sales et sainte Jeanne de Chantal, les lieux sont particulièrement favorables au sens de la présence de Dieu et des enfants du catéchisme y viennent d’ailleurs quelquefois pour y apprendre à prier, ou à se confesser.

On imagine ce que peut ressentir un jeune garçon ou une fillette venant ici voir sa grand-mère et recevant d’elle le témoignage d’une vie marquée par la recherche  de l’union au Seigneur.

Mais il n’est évidemment pas nécessaire d’habiter une maison de ce genre pour faire sentir à un de ses petits-enfants, lors de sa visite ou de son séjour, la perspective ouverte par la parole du Christ que nous méditons aujourd’hui tous ensemble : « Si tu savais le don de Dieu.. »

Car le désir de connaître, de découvrir la réalité toute entière habite un enfant d’une manière très naturelle, surtout à partir de cet âge qu’on appelle à juste titre l’âge de raison. Et, pour le coup, il est extraordinairement précieux de lui faire sentir qu’il peut s’ouvrir à un aspect plus mystérieux de l’existence qui, pour lui, est déjà parfaitement perceptible. Le sens spirituel de certains écoliers de sept ou huit ans est même quelquefois très impressionnant.

« Dieu est esprit », dit finalement Jésus à la Samaritaine, et ceux qui l’adorent, « c’est en esprit et vérité qu’ils doivent l’adorer ». Or, cet espace du surnaturel, un enfant est capable d’y entrer de façon très intuitive sans pour autant pouvoir encore s’engager dans une recherche proprement philosophique ou théologique un peu plus exigeante.

Et s’il est confronté, hélas, assez jeune encore, à des difficultés de l’existence qui peuvent compromettre en lui, comme en tout un chacun, le sens de Dieu, il pourra même recevoir de ceux et celles qui ont une longue expérience de la vie humaine et de ses épreuves si redoutables, le témoignage qui est donné par les samaritains à la fin de notre évangile, à propos de Jésus lui-même : « Nous l’avons entendu et nous savons que c’est vraiment lui le sauveur du monde. »

Et finalement, un enfant sera amené à vérifier lui-même la valeur du témoignage reçu de ses grands-parents, en vivant ce que dit saint Paul dans l’épître aux Romains que nous avons entendue aujourd’hui : « L’espérance ne trompe pas, puisque l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné. »

Cette fois-ci, nous sommes tous concernés, frères et sœurs, par tout ce que nous apporte aujourd’hui cette liturgie de la Parole de Dieu. Car, bien sûr, il ne s’agit pas seulement du don de Dieu tel qu’un enfant peut le découvrir à travers un témoignage familial, mais de cette vie selon l’Esprit Saint qui est, au fond, ce que Jésus fait découvrir à la Samaritaine. Comme il le précise lui-même, l’importance des lieux de contact avec la Présence de Dieu est secondaire : « ce n’est ni sur cette montagne, ni sur cette autre… » Non. Il s’agit de découvrir, tous, au cœur de chacun de nous, à quel point l’Esprit Saint transforme notre vie dans son identité la plus profonde.

Certes, la base de la vie familiale est infiniment précieuse. Mais se découvrir fils ou fille de Dieu engage notre être à un tout autre plan d’existence, celui de l’amour même de Dieu que nous sommes invités à vivre comme Jésus lui-même l’a vécu au sein de la communion trinitaire, cette famille qu’est Dieu : Père, Fils, Esprit.

Que cela ait été possible au bord d’un puits par une femme dont la vie n’était certes pas un modèle de qualité dans le domaine de la famille, cela nous encourage à prendre de plus en plus au sérieux notre rencontre personnelle avec le Christ, pour nous entendre dire d’une façon qui rende notre espérance inaltérable.

« Si tu savais le don de Dieu.. »

Références bibliques : Ex 17, 3-7 ; Ps. 94 ; Rm 5, 1-2.5-8 ; Jn 4, 5-42

Référence des chants :