Jeune étudiant à Paris, suite à sa terrible épreuve de la foi, François de Sales avait pris la résolution d’entendre chaque jour la messe, et de communier au moins une fois tous les mois. Quelques années plus tard, missionnaire en Chablais, vu l’interdiction qui lui était faite de célébrer la Messe en terre non catholique, il parcourait chaque jour des kilomètres pour célébrer l’Eucharistie.

« Soleil des exercices spirituels », « centre de la religion chrétienne » et « cœur de la vie spirituelle », selon ses propres termes, l’Eucharistie demeurera le centre de sa vie et de son ministère. Il vivait de l’Eucharistie. Elle unifiait sa vie de pasteur et d’accompagnateur spirituel : « Ce Seigneur étant en nous, il nous donne la clarté car il est la Lumière ».

Dès sa petite enfance, Jeanne de Chantal affirmait avec conviction sa foi en la présence du Christ dans l’Eucharistie. Elle était toute préparée pour partager avec son père spirituel le même amour de l’Eucharistie. Et nous savons la place que tiennent la célébration et l’adoration eucharistiques dans les monastères de la Visitation.

« Vous nous avez tout communiqué en ce monde dans le très saint sacrement », « Mystère ineffable qui comprend l’abîme de la charité divine », écrivait François de Sales. « La sainte Eucharistie contient tout le trésor spirituel de l’Eglise, c’est-à-dire le Christ lui-même, lui notre Pâque… », dira le concile Vatican II.

Si pour François de Sales l’Eucharistie est bien l’actualisation du sacrifice du Christ, il en parle volontiers dans le prolongement de l’Incarnation, le Fils de Dieu « jetant sa propre Divinité en l’homme en sorte que l’homme fût Dieu » : « Il s’est anéanti lui-même pour venir à notre humanité nous remplir de sa Divinité, nous combler de sa bonté… ». Avec une certaine audace même, plagiant l’apôtre Paul, il prête au Christ cette affirmation surprenante: « Je vis moi-même, non plus moi-même mais l’homme vit en moi ; ma vie, c’est l’homme (…) ; ma vie est cachée avec l’homme en Dieu ».

Il n’a pas de mot assez fort pour exprimer cette intime et profonde union qui se réalise entre le Christ et le croyant, dans ce sacrement où « Jésus Christ lui-même » « se joint à nous d’une façon merveilleuse et toute pleine d’amour ». Il vient à nous et nous tire à lui. Une transformation progressive de tout l’être s’opère chez celui qui mange avec foi le Corps du Seigneur qui « se fait nourriture pour s’unir au cœur et au corps de ses fidèles ». « Croyez-moi, écrit-il à Philotée, (dans nos montagnes, l’hiver) les lièvres deviennent blancs parce qu’ils ne voient et ne mangent que de la neige ; vous, à force d’adorer et de manger la beauté, la bonté et la pureté même de ce divin Sacrement, vous deviendrez toute belle, toute bonne et toute pure ».
Bien loin de clore sur elle-même, l’Eucharistie nourrit notre présence et notre action au cœur de ce monde. Elle est toujours « Eucharistie pour le monde » et célébrée « pour la multitude ». Nous recevons le même Seigneur. Cela doit se manifester dans l’engagement envers le prochain. « Ce sacrement ne nous unit pas seulement avec Notre Seigneur mais avec nos prochains, avec lesquels, participant à une même nourriture, nous sommes rendus une même chose. Et l’un de ses principaux fruits c’est la charité mutuelle et la douceur de cœur les uns envers les autres. Car nous nous tenons tous à un même Seigneur, et en lui nous nous devons entretenir cœur à cœur les uns avec les autres ».

Lorsque nous vivons ainsi de l’Eucharistie nous gardons vivante la mémoire du Seigneur, obéissant à la consigne qu’il nous a laissée : « Vous ferez cela en mémoire de moi ».

Références bibliques : Gn 14, 18-20; Ps. 109; 1 Co 11, 23-26; Lc 9, 11b-17

Référence des chants :