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Le festival In aime à programmer des spectacles « jeunes publics », à destination des enfants, où évidemment les adultes auraient tort à ne pas s’y considérer conviés. Cette année, Le petit chaperon rouge a habité ces jours derniers la Chapelle des pénitents blancs en lui offrant son conte avec une puissance onirique décuplée et une interprétation renouvelée. Une merveille !

Peut-être, gardez-vous en mémoire de ce conte. comme nous, l’histoire terrifiante de ce grand méchant loup qui dévora une grand-mère un peu sourde et aveugle suivie de sa petite-fille naïve et  imprudente ? Sans doute, avez-vous un souvenir assez vague que leur salut viendra d’un chasseur valeureux? Cette lecture, qui se révèle subitement très genrée et datée, ne sera pas le chemin emprunté par la création. Signe de notre époque, signe que toute lecture est toujours interprétation, le parti-pris de la compagnie Das Plateau, sans tordre le conte, offre un autre point de vue, une autre manière de regarder l’histoire, en redonnant notamment du relief à la seconde partie souvent oubliée du conte. Le courage, la résistance et l’ingéniosité est du côté du féminin, et les rôles s’inversent jusqu’au chasseur en une véritable sage-femme, sortant du ventre du loup le petit chaperon rouge et sa grand-mère !

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Pour nous faire avancer dans l’histoire, il faut souligner le travail scénographique fort bien pensé et construit. Le jeu de miroirs très étudié, et les choix iconographiques sur le mur du lointain, au fond du plateau, donne un effet de perspectives et d’image 3D mouvante éblouissant : Que le petit chaperon rouge soit en forêt sur le bord du chemin ou s’enfonçant dans la forêt profonde, qu’il soit encore dans la maison de sa grand-mère, le dispositif fonctionne à merveille, nous introduisant à ses côtés. Dans le même esprit, le choix de l’orgue comme seul instrument de musique donne un heureux écho au lieu de La Chapelle et une autre façon d’entrer dans la profondeur de l’histoire et du temps.
"Grand-mère, pourquoi as-tu de si grands yeux ?" demanda le petit chaperon rouge. "Pour mieux te voir, mon enfant !" répondit le Loup. Sur le banc des spectateurs, les enfants avaient bien, eux aussi, les yeux grand ouverts. Et les oreilles aussi. Mais les dents n’avaient pas besoin d’être longues pour dévorer. Car il s’agissait de découvrir et d’apprendre le chemin du respect et de la confiance.

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Frère Thierry Hubert