À l’heure où de plus en plus de jeunes adultes demandent le baptême, le parcours d’Alexia, devenue catéchumène après trois jours de retraite au monastère, nous éclaire sur la manière dont Dieu rejoint chacun. Récit d’une expérience inattendue pour vivre notre carême.
Combien y a-t-il de chemins vers Dieu ? « Autant qu’il y a d’êtres humains », avançait le cardinal Joseph Ratzinger. Patient et délicat, ingénieux et créatif, le Seigneur prépare un à un les canaux dans lesquels sa grâce sera le plus à même de se frayer un passage jusque dans nos cœurs fermés. Cet étonnant « talent d’impresario » que Paul Claudel lui reconnaissait, j’en ai fait moi aussi l’expérience, aussi inattendue que fulgurante. Une expérience qui dure encore.
Avant la foi : indifférente à Dieu, mais en quête de silence
À vingt ans, alors étudiante à Sciences Po, j’étais le parfait enfant de mon siècle, pur produit de l’esprit du monde. De mon horizon, j’avais écarté toute religion et toute spiritualité, toute recherche de sens. Je n’étais pas athée, seulement indifférente aux choses de Dieu. En revanche, j’avais un besoin conscient, vital et viscéral de silence. De fuir le tumulte de la capitale et m’affranchir, ne serait-ce qu’un moment, de la drogue dure qu’est le bruit. Un soir, deux bonnes amies de lycée – des catholiques pétillantes – m’ont soumis une idée qui m’a semblé d’abord incongrue : partir seule quelques jours dans un monastère en Haute-Savoie. Mes réticences ont toutefois vite été balayées, mes copines me présentant cette virée monastique comme un « bon-plan-vacances-à-la-montagne », en m’assurant que la messe n’était pas obligatoire. Et puis, malgré mon inculture religieuse, je pressentais qu’un tel lieu pourrait m’offrir cet espace de respiration, de détente dont j’avais besoin.
Retraite au monastère : trois jours en Haute-Savoie qui bouleversent une vie
Une poignée de semaines plus tard, le 12 février 2008, je frappais à la porte du monastère. Trois jours. Il n’en a pas fallu plus à Dieu pour me retourner comme un gant ! Il me savait en nécessité de trouver un peu de tranquillité et de repos : il m’a attirée au désert, le blanc désert d’une haute montagne où le silence est Présence. Dieu me savait sensible au beau : il a déployé à mes pieds les merveilles de la chaîne du Mont Blanc, et à mes oreilles, celles de la liturgie. Dieu me savait vulnérable aux manifestations d’amour gratuit : il a mis sur ma route des petites sœurs pleines d’attention et de délicatesse. Dieu me savait tenaillée par une soif d’absolu inassouvie : il m’a fait rencontrer des témoins authentiques de sa charité.
La Trinité et l’amour de Dieu : le déclic d’une conversion
Le soir du troisième jour, une jeune moniale m’a emmenée dans le sanctuaire où règne en maître une fresque de la Trinité inspirée de la célèbre icône d’Andreï Roublev. Tandis qu’elle priait et chantait à mes côtés, je gardais les yeux fixés sur les trois anges, qui m’attiraient mystérieusement. Je me sentais comme invitée à les rejoindre. Soudain, je me suis exclamée : « Ce quelque chose que je pressentais, c’est Quelqu’un. Et ce Quelqu’un, c’est Dieu qui m’aime, moi, Alexia, de toute éternité ! » Dans le regard de miséricorde des Trois, je me découvrais infiniment aimée et aimable, objet d’un amour unique, singulier et personnel. Découverte saisissante, désarmante. Nouvelle naissance.
De retour dans ma cellule, j’ai ouvert Deus caritas est, la première encyclique de Benoît XVI que les sœurs m’avaient donné. Et, ô surprise, j’y ai lu ce que j’étais en train de vivre : « Nous avons cru à l’amour de Dieu : c’est ainsi que le chrétien peut exprimer le choix fondamental de sa vie. À l’origine du fait d’être chrétien, il n’y a pas une décision éthique ou une grande idée, mais la rencontre avec un évènement, avec une Personne, qui donne à la vie un nouvel horizon et par là son orientation décisive. » Le pape me révélait chrétienne, tout simplement !
Demander le baptême : du catéchuménat à l’engagement
Dès le lendemain, j’ai demandé le baptême, poussée par le désir de m’engager dans une relation sérieuse avec cette Personne dont j’étais tombée amoureuse. Quand je l’ai reçu, le 6 septembre de la même année, j’avais conscience de me lancer dans une aventure de toute une vie, de me jeter sur un chemin d’épines plus que de roses. Le bon combat de la foi commençait seulement. L’enjeu ? Passer de l’enthousiasme naïf à l’amour vrai, de l’ivresse à la fidélité.
Le 12 février prochain, j’atteindrai ma « majorité chrétienne » pour ainsi dire, puisque je fêterai mes dix-huit ans de conversion. Deviendrai-je pour autant une adulte dans la foi ? Rien n’est moins sûr, sauf à considérer qu’une foi absolument nue, dépouillée de tout idéal spirituel hors-sol et de toute illusion, soit une foi mûre… Quoi qu’il en soit, je préfère l’inquiétude à la satisfaction, la recherche au confort. Cet écart entre ce que je suis et ce que je suis appelée à devenir m’est douloureux, mais cette douleur même me maintient réveillée et en mouvement. Elle me retient de m’installer dans mes habitudes et certitudes, de céder aux sirènes de la tiédeur dont la Bible dit que Dieu l’a en horreur. Comme saint Paul, mon compagnon de route depuis mes premiers pas à la suite du Christ, je poursuis ainsi ma course, bon an, mal an, pour tâcher de saisir Celui qui déjà m’a saisie. Tendue de tout mon être, je cours vers le but, vers l’Amour qui est Dieu. Lui seul est fidèle et ne cesse jamais l’œuvre de ses mains ; telle est mon espérance.
Alexia Vidot
Journaliste à La Vie, Alexia Vidot est l’auteure notamment de Comme des cœurs brûlants. L’extraordinaire témoignage des convertis (Artège, 2021), Cher Benoît XVI (Éditions Emmanuel, 2023) et Éloge spirituel de l’imperfection (Artège, 2023).