À l’occasion de notre émission sur la lutte contre la pédophilie, diffusée le 18 novembre 2018, nous avons rencontré Sœur Véronique Margron, théologienne et présidente de la CORREF (Conférence des Religieux et Religieuses de France). Elle sera aussi sur notre plateau dimanche, accompagnée de Mgr de Moulins-Beaufort.

Les évêques de France l’ont annoncé lors de leur Assemblée plénière en novembre 2018 : une commission d’enquête indépendante sera créée, à l’initiative de l’Église et dirigée par Jean-Marc Sauvé, ancien vice-président du Conseil d’Etat. Une commission qui sera chargée de faire la lumière sur les scandales de pédocriminalité dans l’Église depuis les années 1950

Soeur Véronique Margron, également membre de “Des-espérances, de la sidération aux actes”, un groupe de réflexion sur la pédophilie dans l’Église rassemblant experts et victimes, connaît très bien le sujet de la pédocriminalité dans l’Église. Elle revient avec nous sur la lutte contre la pédophilie à l’étranger et ce qui fait la spécificité du contexte français.

L’Irlande, la première Église confrontée aux scandales

Si les États-Unis, l’Amérique latine et l’Australie ont été très secoués par les scandales de pédophilie et les commissions d’enquête qui les ont révélés, il est toutefois difficile de les comparer à la France, qui a un régime politique très particulier.

En Irlande, les affaires de pédophilie dans l’Église ont été divulguées très tôt, dès les années 1990. Depuis, cinq rapports ont montré que des milliers d’enfants avaient été violés ou maltraités physiquement  dans des écoles ou institutions contrôlées par l’Église.

Si le premier rapport sur les scandales irlandais a été publié il y a plus de vingt ans, pourquoi une telle commission d’enquête n’émerge donc que maintenant en France ? Déjà parce que l’Église irlandaise a longtemps disposé d’une place capitale dans la société : selon Soeur Véronique Margron, “plus de 80% de l’enseignement était alors confié à l’Église ou aux Églises“, ce qui a rendu possible la multiplication des abus et le silence de la hiérarchie ecclésiale.

Véronique Margron souligne aussi l’engagement de l’État irlandais dans des enquêtes décisives. On pense notamment au rapport Murphy, présidé par un juge et publié en 2009. Des commissions qui ont suscité de nombreuses condamnations, des démissions d’évêques mais surtout un vrai “changement de positionnement de l’Église“.

En France, une certaine vision de la laïcité

Outre la lenteur des institutions françaises, Véronique Margron explique la prudence de l’État français sur ces questions par un rapport très particulier avec les religions, hérité de la loi de 1905 sur la laïcité. “L’État ne veut pas risquer d’être accusé de partialité“, analyse-t-elle.

Selon la présidente de la CORREF, on a beaucoup à tirer des enseignements à l’étranger. “L’Église ne peut plus jamais se situer en surplomb“, note-elle. Elle espère “que cette tragédie, ce malheur, dont l’Église est responsable, soit une sorte d’alarme, de cri terrible, pour dire qu’il s’agit maintenant de réformer l’Église de l’intérieur, d’être beaucoup plus humbles, avant de prétendre faire la leçon au monde entier, si nous voulons pouvoir retrouver une crédibilité pour annoncer l’Évangile, ce qui est quand-même, par excellence, la mission de l’Évangile.”