À l’occasion de notre émission spéciale sur la pédophilie dans l’Église, nous avons rencontrée Véronique Garnier-Beauvier, victime de pédophilie. Elle était une des premières à avoir plaidé pour que les victimes soient reçues par les évêques français. Nous l’avons rencontrée après son intervention à l’Assemblée des évêques de France à Lourdes en novembre 2018.

Véronique Garnier-Beauvier, aujourd’hui mère de famille de 56 ans, a été abusée sexuellement par un curé, un ami de la famille. Elle avait alors un peu plus de 13 ans et vivait à Nancy. Aujourd’hui, elle a trouvé la force de sortir du silence pour que “cela n’arrive plus jamais”.

Épisode 1 : Un silence criminel

Le silence a énormément aggravé les choses parce que le silence a permis que cela dure beaucoup plus longtemps, que beaucoup plus d’enfants soient abusés et que les personnes soient enterrées vivantes dans leur passé. Donc j’ai compris que le contraire du silence, c’est de parler. J’ai envie de briser ce silence, et la meilleure façon, c’est de parler. Ce qui me pousse à parler, c’est que je souhaite tellement que ce qui m’est arrivé n’arrive pas à d’autres enfants.

Épisode 2 : Ensemble contre la pédocriminalité

Quelque chose m’a frappé par rapport à ce mot “ensemble” que je ne t’entendais pas avant. Peut-être qu’il y aura un avant et un après grâce au mot ensemble, parce que cela fait longtemps que je le dis à l’évêque Jacques Blaquart, qui à son tour, en effet, le reprend souvent, et là, j’ai entendu quelques autres évêques parler de ce ‘ensemble’. Oui, c’est ce que j’espère : tout faire ensemble pour que ça n’arrive plus. Mon souhait profond est peut-être que ensemble, on arrive à dire : c’est fini, plus jamais des prêtres n’abuseront des enfants, des jeunes, des personnes fragiles en toute impunité dans l’Église, et plus jamais l’Église ne dissimulera ces crimes. De la même façon qu’à quinze ans, j’ai trouvé la force de dire : c’est fini plus jamais vous ne me toucherez, au prêtre qui me touchait. Je souhaite qu’ensemble on ait la force, tous, baptisés, de dire : plus jamais cela dans l’Église.

Épisode 3 : Tous les jours sont un troisième jour

“Pour moi, déjà rien que le fait d’être ici, à Lourdes, cela fait un peu partie du troisième jour, c’est-à-dire des choses mortes en moi qui peuvent revivre. Par exemple, pendant quarante ans, je ne pouvais pas revenir ici, impossible. Et là, c’est devenu possible. Ce relèvement dont je parle dans mon livre, qui s’appelle “Au troisième jour”, fait écho à la résurrection. Pour moi, être venue à Lourdes, ici, c’est comme un petit signe de plus de résurrection, de relèvement parce que quelque chose qui ne m’a pas été possible pendant quarante ans est redevenu possible. C’est concret pour moi.”