Le jour du seigneur

Témoignage d’un frère hospitalier : “Par les corps aux âmes”

Interview

Témoignage d’un des frères hospitaliers au centre médico-social de l’ordre hospitalier de Saint-Jean-de-Dieu à Paris, là où a lieu la messe télévisée de ce dimanche 11 février. Il s’agit du frère Jérôme Gravereau. Il  se confie sur la genèse de sa vocation, sur comment il concilie sa vie de religieux et son engagement de soignant. Il met en pratique la devise des frères de saint Jean de Dieu : “Par les corps aux âmes”.

 

Après une journée passée auprès des frères, j’ai trouvé ma vocation. J’ai su que c’était auprès des personnes malades, handicapées que je désirais servir le Christ.

 

Le Jour du Seigneur – Comment est née  votre vocation ?

Frère Jean Gravereau – Devenir frère hospitalier dans l’ordre hospitalier de Saint Jean de Dieu  fut un long cheminement. Sans doute grâce à  ma mère, qui était Dame de la Charité de Saint Vincent de Paul, j’ai côtoyé très jeune des personnes malades, des personnes âgées dépendantes physiquement, psychiquement et souvent matériellement. Très tôt dans ma vie, j’ai fait l’expérience des hôpitaux, de la maladie et de la souffrance. Certaines expériences me laissèrent même perplexe quant à la manière dont étaient traités les patients avec un manque d’attention de considération voire même de soins.

Un jour, une personne, me parlant de ma vocation, me dit que Le Seigneur m’avait choisi  parce que j’avais fait l’expérience de la maladie et des hôpitaux, et que je pouvais apporter un autre regard sur le monde de la santé et des malades. J’en suis persuadé. J’étais alors en classe de première. Et un jour tout a basculé. J’ai ouvert en grand la porte de ma vie au Seigneur. Et là, il m’a conduit vers les frères de Saint Jean de Dieu, vers cet ordre hospitalier. Après une journée passée auprès des frères, j’ai trouvé ma vocation. J’ai su que c’était auprès des personnes malades, handicapées que je désirais servir le Christ.

Comment conciliez-vous votre vie de religieux au service des malades et vos compétences d’infirmier.

«Tu peux toujours apprendre à faire une piqûre sans douleur, mais si tu ne sais pas entrer  dans la chambre d’un malade, tu ne seras jamais un bon infirmier.»

Le frère de Saint Jean de Dieu est un soignant. C’est sa vocation. Elle est fondée sur la spiritualité de la miséricorde divine. A ce titre, elle possède deux aspects. Le premier est que le frère de Saint Jean de Dieu suit le Christ qui soigne et réconforte ceux qui souffrent. Le second aspect est celui qui nous fait voir en chacune des personnes soignées, le Christ souffrant. On dit souvent, que le métier d’infirmier et de soignant en général, est une « vocation ». Je constate que consacrer sa vie à soigner les autres, n’est pas facile. Il faut, bien sûr, des compétences techniques et professionnelles, mais il faut aussi des qualités humaines, d’écoute, d’empathie et plus encore, de compassion.

Quand je suis rentré au noviciat, un frère âgé m’a dit : «Tu peux toujours apprendre à faire une piqûre sans douleur, mais si tu ne sais pas entrer  dans la chambre d’un malade,  tu ne seras jamais un bon infirmier.»  L’infirmier doit dépasser ses compétences techniques et voir, dans celui qu’il soigne, autre chose qu’une pathologie ou un numéro de chambre. L’infirmier soigne une personne qui est sujet de sa propre histoire. Le soignant doit dépasser le cadre de sa propre histoire pour consacrer son attention à soulager la souffrance de l’autre.

Par ma vocation de religieux-infirmier je cherche à redonner à la personne malade ou handicapée sa dignité d’homme. En tout homme, il y a une part de spiritualité quel que soit le nom qu’on lui donne. Il y a quelqu’un, ou au moins quelque chose pour certains, qui transcende l’homme. Par mon attention, par mes soins corporels, je cherche à transmettre cette dimension à la personne souffrante. Lui faire comprendre qu’au-delà de mes soins, elle est avant tout une personne et qu’au-delà d’elle et de moi, elle est aimée plus que tout. Je mets en pratique la devise des frères de saint Jean de Dieu : « Par les corps aux âmes ».

 Comment ces personnes ayant un handicap au centre médico-social de Paris vous évangélisent ?

Je ne suis pas un prédicateur, mais,  par mon engagement d’infirmier, de religieux, par ma vie mes attitudes, mes attentions aux uns et aux autres, mon écoute, je témoigne simplement de cette foi qui m’habite, de mon amour pour Dieu. Je témoigne de la « Bonne Novelle », en mot : j’évangélise. La source de ma vocation, je la puise dans mon apostolat auprès des personnes en situation de handicap. Ces personnes, fragilisées dans leur vie, sont l’image du Christ souffrant.

Par le soin donné à ces personnes, je vis l’Evangile de la Miséricorde au quotidien. En prenant soin des personnes qui me sont confiées, j’apprends l’humilité, la simplicité. Elles m’apprennent à relativiser. Elles me donnent souvent des leçons de courage et de joie de vivre. C’est auprès d’elles que ma vie de religieux hospitalier prend sens. Elles m’évangélisent parce qu’elles sont l’image de Dieu.

A l’occasion de ce dimanche 11 février, quel est l’espérance que vous allez célébrer ?

La maladie, le handicap sont un mystère. J’entends souvent cette question : « Pourquoi je suis handicapé ? » Et je n’ai pas de réponse. A cette question s’ajoute souvent celle d’un profond désarroi devant lequel même certains, qui sont chrétiens pratiquants réguliers, finissent par perdre pied : « J’ai prié, j’ai demandé la guérison, je suis allé à Lourdes et je suis toujours dans un fauteuil roulant… Je ne crois plus en Dieu ! » Que répondre ? Les mots sont souvent vains. Alors, seule l’Espérance peut prendre une signification. Pour cela il faut accompagner la personne et lui redonner déjà, une raison d’être. Il faut lui donner toute sa place dans la communauté et la société. Là il y a encore beaucoup de travail à faire. Il faut déjà changer son regard sur la personne handicapée.

Même dans nos communautés paroissiales il y a souvent une défiance, ou plutôt un manque d’information et de formation vis-à-vis de la personne handicapée. Je pense à cette personne handicapée mentale qui s’est vue refuser la première communion sous prétexte qu’elle ne pouvait prononcer le mot « Amen ». Et pourtant il y a souvent chez ces personnes une sensibilité, une spiritualité qui dépasse notre propre spiritualité. Pourquoi ? Parce qu’elles sont justement plus proches de Dieu que nous, personnes valides. Elles sont les enfants que Dieu chérit.

Propos recueillis par François Le Roux

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