Haut lieu de la piété provençale, Cotignac attire un important pèlerinage d’hommes au début du mois de juillet. Qu’est-ce qui attire les pères de familles dans ce village du Var ?

 

>>> Le 2 juillet de 10h30 à 12h sur France 2, la messe sera célébrée en direct du sanctuaire Notre-Dame-des-Grâces, à Cotignac, en présence des pèlerins.

 

Ils quittent dossiers, femme et enfants. Devenus pèlerins, près de deux mille hommes convergent à pied vers Cotignac, dans le Var. Le premier week-end de juillet, sous un lourd soleil de petits groupes progressent à travers le département, par les gorges du Verdon ou en provenance du massif de la Sainte Baume. À raison de trente kilomètres par jours, ces fraternités masculines convergent vers une destination emblématique. Cotignac est un lieu unique au monde : en pleine montagne provençale, la Vierge et saint Joseph y sont apparus tour à tour. Le pèlerinage a été plus ou moins important, mais depuis quarante ans, Cotignac est devenu la destination de ceux qui veulent apporter leurs intentions d’hommes à un modèle de père, Joseph, le père nourricier de Jésus.

>>> Découvrez la bande-annonce du documentaire que nous proposons ce dimanche 2 juillet :” Tous frères de Joseph”.

Se dépouiller du monde

« Les premières fois, j’ai vécu cela comme une aventure personnelle », raconte Philippe C. « Et puis j’y suis resté attaché. » Le Lorrain emporte le strict nécessaire « pour trois jours d’autonomie dans une ambiance ‘trail nature’ entre hommes ». « L’idée c’est de se détacher, de se dépouiller du monde. On dort à la belle étoile. On se recentre les uns sur les autres », continue Sébastien de La V. Avec un gros contingent de Nantais, ce jeune homme de trente-huit ans prend pour la cinquième fois le chemin de Cotignac, « un lieu où saint Joseph est apparu et a parlé ». Au programme, deux ou trois jours de marche à travers le département par groupes avant de fusionner sur la colline du Bessillon. Quand les cigales se taisent, au clair de lune, la pinède s’embrase pour une nuit d’adoration silencieuse au sanctuaire de saint Joseph. Le lendemain, les mille sept cents pèlerins concluront leur démarche par la messe solennelle présidée par Mgr Dominique Rey dans l’abbatiale Notre-Dame-de-Grâces sur le mont Verdaille, trois kilomètres plus loin.

Deux apparitions, une même source

Deux monts, deux apparitions. Noyé dans la garigue, Cotignac est une terre d’élection visée par une double apparition qui remonte au xviie siècle. En effet, après que la Vierge Marie est apparue en 1519, sur le mont Verdaille, à un bûcheron, Jean de la Baume, saint Joseph, son époux, est apparu le 7 juin 1660 sur le mont Bessillon à un berger assoiffé, Gaspard Ricard, pour qui il fit jaillir une source, toujours vive aujourd’hui, symbole des grâces attachées à ce lieu. Très vite, les pèlerins se rendent en foule à cette source miraculeuse. Les villageois décident la construction d’une chapelle si rapidement trop petite qu’elle est remplacée dès 1661 par une église confiée aux Oratoriens. De l’histoire du miracle, dans laquelle le berger souleva un rocher plus lourd que lui pour accéder à la source, les hommes d’aujourd’hui aiment retenir l’invitation à « soulever tout ce qui obstrue la source de la grâce » en eux.

Un espace pour « l’échange au masculin »

Animé par la Communauté Saint-Jean, le sanctuaire de Cotignac voit donc arriver chaque premier week-end de juillet son pèlerinage le plus important de l’année. S’il est intitulé « pèlerinage des pères de famille », c’est avant tout un pèlerinage d’hommes. « La grâce vécue, c’est l’échange au masculin sur l’engagement dans la société, la réalisation au travail, la gestion des blessures d’enfance ou la croissance personnelle, explique Nicolas Bettini. Dans ce mouvement improvisé de laïcs, chaque groupe s’organise indépendamment et il n’y pas de participation financière. « On coupe avec le cadre quotidien. On sort de ses zones de confort », analyse le coordinateur marseillais. « On partage la même gourde et on porte le sac du copain qui n’en peut plus. C’est pour nous, les hommes ! » Beaucoup d’hommes reçoivent quelque chose à Cotignac. Au Bessillon, il y a une source au propre et au figuré.

Marta Delsol