Les catholiques ne sont pas restés à l’écart de mai 68. Ce livre de témoignages avec dix personnalités catholiques montrent qu’on a pu sous-estimer leur rôle. Prêtres, aumôniers, théologiens, évêques engagés et ancienne ministre apportent chacun un témoignage inédit vécu de l’intérieur. Certains ont trouvé dans ces événements de Mai 68 un écho aux interrogations d’un époque marquée par le Concile Vatican II qui s’est terminé deux ans plus tôt en décembre 1965. Chaque intervenant explique comment il a été touché dans sa foi et notamment dans sa relation à l’Eglise en tant qu’institution.

 

Mai 68 raconté par des catholiques, éditions Temps présent, avril 2018

 

Ce livre de témoignages mélange souvenirs et réflexions avec le même constat pour chacun ! Mai 68 a changé leur manière d’être chrétiens. Nous avons interviewé l’un d’entre eux, François Soulage, 74 ans, ancien président du Secours Catholique, président du collectif Alerte qui rassemble 40 associations de lutte contre l’exclusion ( Emmaüs, Médecins du Monde, ATD Quart-Monde …). Il avait 24 ans en 1968.

“Je retrouvais dans cette contestation de Mai 68 le souffle de changement que je trouve dans les Evangiles.” François Soulage

Le Jour du Seigneur – Quelle influence a exercé Mai 68 dans votre engagement chrétien ?

François Soulage – Mai 68 m’a conduit à m’interroger sur ce que signifie être chrétien et vivre sa foi lorsque l’on est confronté à la remise en cause de beaucoup de règles que l’on croyait immuables. Les rapports à l’autorité, aux parents, aux institutions ont été revisités et, pour moi ce fut l’occasion de réfléchir à ce que signifiait, alors que j’étais responsable d’un groupe de jeunes dans la paroisse, le rapport à l’autorité, la soumission à des règles contraignantes et incompréhensibles dans l’Eglise. Je peux dire que Mais 68, et les changements qu’elle a provoqué y compris au sein de l’Eglise, après les réformes introduites par Vatican II, m’ont permis de me sentir plus à l’aise au sein de l’Eglise. Je retrouvais dans cette contestation de Mai 68 le souffle de changement que je trouve dans les Evangiles.

50 ans après Mai 68, que reste-t-il d’essentiel pour vous ?

Ce qui reste essentiel de la libération des idées est l’affirmation que chacun doit pouvoir jouer un rôle dans la construction d’une société plus juste et surtout plus fraternelle. Mai 68 a été un grand moment de fraternité. Et c’est cette fraternité qui a permis l’ouverture de la parole.