Mohammed Nadim, musulman pratiquant, bouleversé par l’assassinat du Père Hamel, a décidé de témoigner en rédigeant sous forme de lettres sa réflexion sur la violence, le terrorisme, la religion. En une trentaine de lettres, celui qui a rédigé depuis le Sud algérien connait en partie le christianisme. Il cite saint Augustin et d’autres martyrs comme Mgr Romero “tué en pleine messe au Salvador” ou encore les sept moines cisterciens de Tibhrine. Ce qui est interpellant, c’est d’entendre le désarroi de Mohammed Nadim qui parle “du noir le plus total” dans lequel l’a plongé la mort tragique du Père Hamel. Il affirme son refus de reconnaitre qu’il a la même religion, la même définition de l’islam que l’assassin.

Dans la préface de son livre, Mgr Lebrun, archevêque de Rouen, le remercie pour son ouverture de cœur et lui redit comment, grâce au Père Hamel, ils sont très proches.

Requiem pour le père Jacques HamelLettres d’un musulman écrit par Mohammed Nadim, éditions Bayard, juin 2017.

Extrait :

“Je cherche mes mots mon père, pour dire non seulement ma compassion mais ma révulsion, non seulement ma solidarité mais mon indignation, et comme dans un labyrinthe où l’on cherche un chemin qui nous mène vers la sortie, je cherche dans ce tumulte, dans le noir le plus total, je cherche mes mots mon père, car depuis cet événement tragique, tant d’idées que  l’été enlace encore encore naissent dans mon esprit et prennent essor et que je tisonne en vain pour que le flux des mots soit plus ordonné, plus docile, car j’ai ce sentiment de révolte que je n’affectionne guère mais qui m’habite en même temps que cette crainte de ne pas faire le geste qu’il faut, de ne pas dire la phrase qu’il faut, de signer un mot maladroit, de proférer une banalité qui heurte ou qui blesse ou de ne pas trouver le mot qui convient. J’ai envie de vous demander pardon mon père, puis je me ressaisis et je me cloître dans le refus. Et pardonnez-moi mon père, ce n’est nullement du déni, encore moins de l’indifférence, vous le savez bien, mais je ne peux mon père et je ne veux en aucun cas m’excuser pour l’acte de l’être immonde qui se proclame de ma religion.”