Le 12 février, la messe télévisée est diffusée depuis Lambesc, dans les Bouches-du-Rhône. Étape dans une cité provençale de caractère surplombée par une église paroissiale aux dimensions surprenantes.

À l’horizon, la chaîne vallonnée des Costes. Plus loin, les Alpilles. Dans un paysage méditerranéen planté d’oliviers et de cyprès, Lambesc jouit d’une situation privilégiée. Et hérite d’un riche passé politique. En bordure d’une ancienne voie royale, la petite cité ceinturée de remparts fut un lieu de passage, une véritable aire d’autoroute avant l’heure, avec ses quarante-six auberges. Au XVIIe siècle, la ville étape eut son heure de gloire. Tous les étés, le parlement de Provence désertait Aix-en-Provence pour venir siéger ici. Ce rendez-vous politique fit de Lambesc l’autre capitale de la Provence, « une sorte de petit Versailles », à vingt kilomètres d’Aix.

C’est à cette même époque que la marquise de Sévigné séjourne à Lambesc ; l’épistolière vient y rendre visite à sa fille, la comtesse de Grignan. Le comte de Grignan est, en effet, affecté à l’organisation des fameuses assemblées parlementaires. Mais ces quelques lettres de noblesse n’épuisent pas la riche et longue histoire de cette bourgade déjà remarquable dans l’Antiquité.

« On connaît Saint-Rémy ou Avignon, mais il faut venir à Lambesc, c’est un bijou de la Provence ! » insiste le père Jean-Luc Michel avec faconde. Ce Vosgien est curé des lieux depuis quinze ans. Sans l’accent du Midi, mais avec la fougue du mistral, le prêtre s’est pris de passion pour son église et ses grandes orgues. « Je me bats depuis quatorze ans pour sa restauration. Nos orgues sont les dernières de France à avoir été restaurées. On a un vrai “stradivarius” dans le buffet. On doit ce jeu unique au facteur Isnard, un grand nom de la facture instrumentale du XVIIIe siècle. »

Au-dessus des tuiles de Lambesc, le dôme octogonal de Notre-Dame-de-l’Assomption a belle allure. D’un baroque affirmé, l’édifice abrite une dizaine de chapelles, toutes décorées d’autels, de retables en bois doré et sculpté. Une toile peinte en 1636 par Nicolas Mignard fait partie des joyaux à voir dans cette géante voulue par les Lambescains, car l’ancienne église du XIIIe siècle sur l’emplacement de laquelle fut édifié ce grandiose vaisseau étant jugée trop petite. Le chantier de sa construction débute en 1700. « L’argent des paroissiens », comme souligne l’actuel curé, finance une première tranche jusqu’en 1741 sur des plans de Jean Vallon, architecte aixois de grande réputation. Mais l’édifice ne sera achevé que cent soixante-cinq ans plus tard, en 1865. Pour la statuaire et la décoration, on a fait appel à Pascal Liotard, un élève du célèbre David d’Angers. On doit à cet enfant de Lambesc l’Assomption sculptée sur le fronton classique de la façade.

Aujourd’hui encore, on est saisi par l’immensité de Notre-Dame-de-l’Assomption. Au coeur de cette cité de caractère qu’est Lambesc, à quelques pas du « jacquemart», le beffroi coiffé d’un campanile en fer forgé, les habitants conservent, sans exagération, « un bijou de la Provence ».

Marta DELSOL